Fahenheid a Schon
Cet ami et correspondant de Schon il) lui raconte ses conversations avec des officiers français. Ils ont maintenant, comme il dit. le ton modeste, l'esprit humble, cl le malheur a évidemment rabaissé leur orgueil. Chambarlhiac et son aide de camp sont d"avis que le blocus continental est une fanUiisie, eine Fajilasie, une absurdité, Unsinn. L'aide de camp ajoute qu'il n'v a plus à chercher honneur et fortune dans le militauT. Notons encore un mot de Davout et le cri patriotique de Farenheid qui }>ense à la revanche prochaine de la Prusse et recommande de « forger le fer ».
Sans indication de lieu, ni date, mais sûrement des derniers jours de iSia.
J ai parlé à Ûarkehmen avec plusieurs g-énéraux intelligents. Lun d'eux, le général Ghambarlhiac, chef du corps du génie, nommé maintenant commandant de Stettin, me dit : « La France sera très reconnaissante à la Prusse de la fidélité de son alliance et je souhaite qu'elle intervienne comme médiateur. » — « Napoléon, lui répondis-je, choisira plutôt l'Autriche comme intermédiaire ; mais comment tomber d'accord, puisque la Russie insistera sur la suppres-
(i) Stacemam:*, Briefe, i, p. 255. Frédéric-Henri-Jean de Farcneid-Angerapp, né en 1760, mort en iSiig à Steinort.
sion du système continental et que Napoléon voudra le conserver? » — « L'Autriche, répliqua Ghambarlhiac, n'est pas propre à ce rôle de médiateur ; la cour de Pétersbourg n'a en elle aucune confiance, et d'ailleurs le système continental est une fantaisie à laquelle on renoncera. »
Il avait pour aide de camp un homme très instruit qui me fit une exacte description de la campagne de Moscou. Cet aide de camp me dit : « Tout le système continental est un non-sens ; tout au plus, Napoléon aurait-il pu l'introduire pour peu de temps » , et, en présence de tous, il ajouta : « Nous étions tous aussi fous que l'Empereur qui, par sa pompe et ses éclatantes victoires, nous faisait croire que nous étions destinés à être les organisateurs du monde et qu'il n'y avait à obtenir dans le militaire qu'honneur et fortune. Mais nous sommes guéris de cette folie ; nous avons perdu et l'honneur et la fortune, et nous revoilà de pauvres diables , et bien éloignés du but de notre destinée ! »
Ainsi s'expriment des Français instruits.
Le prince d'Eckmûhl fît appeler auprès de lui le maire de Darkehmen et, après lui avoir demandé plusieurs renseignements, lui dit très modestement : « A proprement parler, nous ne sommes pas battus ; mais la misère nous a détruits. »
Je pourrais vous raconter une foule d'autres traits intéressants, Ah ! forgeons donc le fer avant que cet esprit d'humilité ne disparaisse !