LETTC.KS DE
II ti II (s fonctionna ires .
Ca-MBACéiiès, duc de Parme, archichancelier de l'Empire, se distingua par ses seniinieiits républicains et fut le premier, après la fin malheureuse de Louis XVI, à proposer de jurer une haine éternelle à la puissance royale. Homme d'esprit médiocre et à l'âme noire.
Lebrun, duc de Plaisance, architrésorier de l'Empire, s'est tait remarquer comme républicain et est un homme très méch^uit.
Talleyrand-Périgoiu', prince de Bénévent, vicearchichancelier de TEmpire, ancien évêque d'Autun, issu d'une vieille famille noble ; a assez d'esprit, mais point de cœur ; a acquis une fortune considérable par des moyens illégaux ; insigne accaparem\
FouCHÉ, duc d'Otrante, gouverneur de Rome, ancien ministre de la police ; homme ayant beaucoup de moyens mais un cœur corrompu, est tombé en disg-râce récemment auprès de Napoléon, pour n'avoir pas exécuté certains de ses ordres déraisonnaJjles et violents, notamment au sujet de l'arrestation du général Sarrazin.
Chami'AGny, duc de Cadore, ministre de l'intérieur, ancien lieutenant dans la marine ; homme aux connaissances très limitées.
Maret, duc de Bassano, secrétaire d'Etat, fils d'im
apothicaire très modeste ; homme au talent et au savoir médiocres.
Gaulaincgurt, duc de Vicence. grand-écuver. Issu d'une vieille famille noble. Digne et servile exécuteur des volontés de son maître.
DuROC, duc de Frioul, grand-maréchal de la Cour, homme supportable, quoique sans talents ; assez bien de sa personne et très en cour auprès de Joséphine.
Savary, duc de Rovigo, ministre de la police, grand scélérat et spadassin fameux ; c'est lui qui arrêta et enleva de vive force la famille rovale d'Espagne. Bonaparte l'utilisa pour tous ses assassinats secrets, par exemple, pour les meurtres du duc d'Enghien, du général Pichegru, du capitaine Wright, etc.
Maréchal Bessières, duc d'I strie, commandant de la garde impériale, issu d'une vieille famille française, a été jusqu'à la guerre d'Espagne un homme de bonne composition, mais maintenant il se règle sur le caractère de Bonaparte.
Maréchal Victor, duc de Bellune, a été tambour sous l'ancien régime et est prêt à n'importe quelle scélératesse pour complaire au Corse scélérat.
Maréchal Lefebvre, duc de Danzig, fut simple soldat sous l'ancien régime, puis devint un brigand accompli ; c'est im homme aux manières basses et grossières. La duchesse était auparavant blancliisseuse dans les casernes de Strasbourg où maints soldats ont pu apprécier son accueil facile.
Maréchal Kellermann, duc de Valmy, otïicier sous l'ancien régime, est considéré comme un militaire médiocre et un homme ordinaire.
Maréchal MarmOiNT, duc de Raguse, issu d'une très vieille famille noble, marié à la fille de M. Perregaux, célèbre banquier de Paris.
Maréchal Oudinot, duc de Reggio, débuta comme arlequin au théâtre de la foire que tenait son père sur le boulevard à Paris : c'est un homme violent et extrêmement cruel.
Maréchal Macdonald, d'origine écossaise, était avant la Révolution officier dans la légion d'Irlande.
Maréchal Pérignon, noble de vieille souche, était général sous l'ancien régime.
Brune, ancien maréchal de France, fut d'abord ouvrier typographe ; c'est un homme violent, qui en 1792 porta en montre à travers les rues de Paris la tête et le cœur de la princesse de Lamballe ; il est tombé en disgrâce près de Napoléon et a été mis en prison ; il est très probable qu'il a été tué depuis longtemps.
JouRDAN, ancien maréchal de France, tombé en disgrâce récemment et rayé de la liste des maréchaux par Bonaparte.
Général Jlmjt, duc d'Abrantès, ancien laquais, puis grenadier dans les gardes françaises ; l'homme le plus sanguinaire, le plus cruel et le plus violent qui soit au monde.
Général Sebastiam, comte de l'Empire, dorig-ine corse, apparenté aux Bonaparte, un des plus fidèles favoris de Napoléon, homme méchant et assoiffé de sang. Il est généralement employé pour les meurtres secrets.
Général Gudin, comte de l'Empire, gouverneur de Paris, a pris une part active à tous les massacres qui ont eu lieu dans cette ville sous la Révolution ; a été à diverses reprises convaincu d'escroquerie, de fabrication de fausse monnaie et d'autres malversations.
Général Baraguey d'Hilliers, comte de l'Empire, de famille noble, mais mauvais homme ; a été employé comme espion par Robespierre et par Bonaparte, et est à ce titre très en faveur auprès du Corse.
Général Loison, comte de l'Empire, gouverneur d'un château de Bonaparte, fils d'un homme de rien ; fut convaincu avant la Révolution de meurtres et de brigandages ; caractère abominable.
Général Rapp, comte de l'Empire, premier aide de camp de Napoléon, fut d'abord laquais, puis soldat ; homme d'un esprit médiocre.
Général Axdreossy, comte de l'Empire, issu d'une vieille famille ; homme de talents ordinaires.
Chefs militaires.
Maréchal Bekthier, prince de Neuchâtel et de Wagram, vice-connétable de France, général sous l'an-
cien régime, de famille noble, a quelques talents militaires ; il a toujours été le bras droit de Bonaparte ; on peut lui attribuer les vicloires du Corse et mettre à sa charge ses spoliations.
Maréchal Masséna, prince d'Essling, duc de Rivoli, fut autrefois sergent dans l'armée du roi de Sardaigne ; il déserta et fut condamné de ce fait. D un caractère insupportable, d'une avarice sordide et grand amateur de pillage.
Maréchal Davout. prince d'Eckmidil, duc d'Auerstaedt, homme d'un naturel très mauvais ; barbare à l'excès, sanguinaire, cupide et extrêmement violent ; en un mot, le portrait de son maître.
Maréchal Augereau, duc de Castiglione, d'une moralité abominable, a été fouetté publiquement deux fois, marqué au fer rouge sur l'épaule en guise d'attestation et envové aux galères, comme voleur et brigand avéré ; il a déserté de presque toutes les armées de l'Europe dans lesquelles il a servi ; il est colossalement riche et est considéré comme le plus grand pillard de tous les maréchaux de France, qui le sont tous.
Maréchal Moncey, duc de Coneghano, ancien laquais, a été condamné pour ];eaucoup de polissonneries ; c'est un homme ordinaire et sans talents militaires.
Maréchal Soult, duc de Dalmatie, est considéré comme un des oiliciers médiocres de l'armée fran-
^•aise. Fut d abord un voleur avéré, puis simple soldat; violent et impitoyable. La duchesse de Dalmatie, originaire de la Westphalie, était une femme de mau- A' aises mœurs.
Maréchal Moiitier, duc de Trévise, était commis chez un négociant de Dunkerque ; il fut nommé sergent de la garde nationale sous la Révolution et n'a aucunes qualités militaires, mais par sa surprenante férocité il a ruiné complètement le Hanovre. Sa femme, la duchesse de Trévise, était fdle d'auberge.
Maréchal Ney, duc d'Elchingen, ancien palefrenier dans une écurie publique à Paris, d'où il s'est enfui après avoir volé deux chevaux, n'est actuellement pas autre chose qu'un parfait brigand. La duchesse d'Elchingen, sa femme, est une ancienne maîtresse de Lucien Bonaparte et mène encore une existence désordonnée.
Général VA>nAMME, comte de 1 Empire, commandant le camp de Boulogne, est un scélérat Adolent et sanguinaire. Ayant commis des brigandages à»Cassel (heu de sa naissance), il fut envoyé aux galères, d'où il parvint à s'échapper. Exclu du service par le général ^loreau, à cause de sa mauvaise conduite, il a été réintégré par le Corse.
Générai Dupont, élevé à l'école de Brienne avec Bonaparte, est actuellement dégradé et emprisonné, parce qu'il s'est rendu aux Espagnols à Baylen, au mois de mai 1809.
12o. Réponse du général Dltaillis a M. i>e Phadt
Dans sa spirituelle et piquante, mais méchante, violente et très partiale Histoire de V ambassade dans le grandduché de Varsovie, M. de Pradt dit du mal de tout le monde et notamment du général Dutaillis, gouverneur de \'arsovie. Lorsque l'ouvrage parut — en 1815 — Dutaillis, indigné, jeta sur le papier cette réplique qui le justifie sur la plupart des points, sinon sur tous.
M. de Pradt, archevêque de Malines et ambassadeur à Varsovie dans le temps où j'y exerçais les fonctions de gouverneur, vient de faire paraître la relation de son ambassade et j'y ai vu avec indignation et la plus grande surprise qu'il m'y accuse de vexations et d'y avoir tenu une conduite qui, à l'en croire, serait A^éritablement condamnable.
Dans son ouvrage, l'archevêque de Malines' sue sang et eau pour prouver qu'il a mal servi celui qu'il avait divinisé. Quant à moi, je désire prouver que j'ai fait mon devoir et qu'à Varsovie, comme partout où j'ai été employé, tous mes soins ont été de faire respecter, aimer et surtout estimer le nom français.
Je vais mettre sous les yeux les principales inculpations et mes réponses (1).
i*' Le général Dutaillis était commandant militaire à VarsoAÙe. Cet officier, attaché à l'état-major du prince de Xeuchàtel, fort employé par lui, se distinguait par des fureurs ou des absurdités proférées dans un langage dégoûtant. Ayant à pourvoir, dans un pays ami, aux besoins des troupes, il ne parlait que des plus brutales violences. Il était le fléau du conseil des ministres.
On verra plus bas la lettre flatteuse que le président du conseil des ministres a bien voulu m' écrire au moment de mon départ de Varsovie.
2° Un jour, il écrivait qu'il ferait enlever les matelas dans les lits mêmes des habitants de A'arsovie.
J'aurais pu le faire si les soins à donner aux malades et blessés V avaient exigé ' mais je ne l'ai ni fait ni écrit.
3^ Le lendemain, qu'il ferait enlever le bétail qui paissait sous les murs de la ville.
« Voilà plusieurs fois que la distribution de viande manque ; il y a trois jours que les convalescents n'en ont reçu. Les représentations que j'ai faites à cet égard n ayant pu produire V effet que je devais en attendre,
(i) Le? repensas de Dutaillis sont en italique.
J ai donné l ordre de prendre des bœufs partout où il s en trouverait ; cette menace a produit V effet que je désirais, et la distribution a été faite le mê/ne Jour. Les campagnes sont couvertes de bestiaux et le manque de distribution ne peut provenir que d un vice dans V administration . » (Lettre au major général, en date du 11 août IN 12).
4° Une autre lois, il faisait brûler de son autorité privée une quantité de fourrages non vendus, correspondant à cinq mille rations, et cela dans la maison du propriétaire, sous préte:xte de prévenir qu'on ne fit une mauvaise fourniture des troupes.
« Chaque jour il meurt des chevaux et je reçois encore à ce moment les plaintes les plus amères de la part du commandant de la cavalerie saxonne. J'envoie ci-joint à Votre Excellence un procès-verbal qui vous fera connaître que non seulement le fourrage est en très petite quantité, mais même qu^il est de la plus mauvaise qualité » (Lettre au ministre de l'intérieur, le 12 septembre 1812).
(( Vous vous concerterez de suite avec le général Biganski, commandant polonais, pour c/ue le foin et la paille gâtés et pourris qui se distribuent au magasin de fourrages et qui peuvent se trouver dans les greniers de l'entrepreneur, soient brûlés sur le champ, (Ordre au commandant militaire français, en date du 12 septembre au matin).
No?i seulement on ne donne que 6 livres de foui^ mais encoj'e y en a-t-il la moitié de gâté ;je viens de le faire constater et de faire brûler six cent cinquante bottes de foin qui étaient prêtes à être distribuées et dont le foin était pourri. » (Lettre au major général, le 12 septembre au soir).
5" L'invasion des Russes dans le duché donna lieu à de singulières scènes à Varsovie. Là se déploya dans toute son étendue Tabsurde violence du caractère du général Dutaillis. Cette invasion était exécutée par 3.000 Cosaques aux ordres du colonel Tchernitchev que nous avons tous connu à Paris. Son objet était de détruire les magasins dans le duché pendant que l'armée filait en Lithuanie. On savait cette armée en marche ; on pouvait croire qu elle en voulait à Varsovie ; on ne voit jamais bien clair derrière le rideau que les Cosaques forment en avant et sur les ailes des armées rupses. La frayeur fut donc extrême à Varsovie ; on prépara tout pour un départ qui, cette fois, pouvait paraître indispensable. En mon particulier, je n'admis^ jamais la supposition de l'invasion de Varsovie même, croyant l'armée russe destinée à frapper un plus grand coup, celui de couper la retraite à l'armée française. A l'aspect de l'ennemi, le général Dutaillis rêva de défendre une ville immense, ouverte de toutes parts ; pour cela, il imagina de se servir de quinze à dix-huit cents cavaliers démontés qui se trouvaient à Varsovie. Comme ils manquaient de chevaux, il se-
mit à fouiller la ville en mettant en réquisition tous les chevaux qui s'y trouvaient. Pour mieux assurer le succès de cette grande mesure, il fit fermer les portes pendant trois jours : ce qui n'empêcha personne de sortir par les hrèches du nivellement de terre qui entoure la partie de la ville qui n'est pas située sur la "\ istule. Après trois jours de prison et de vexations, on parvint à se procurer 42 chevaux propres à la cavalerie ; il n'y avait ni selles ni brides ni bottes. Cette mince remonte ne compensait guère le mécontentement et l'exaspération qu'avaient portés dans tous les esprits la violence de cette mesure et la violence plus gTande encore avec laquelle elle avait été exécutée : ce qui arrive toujours dans le cas où la forme l'emporte sur le fond et achève de tout gâter.
« La terreur est plus grande que jamais à Varsovie. Des nuées de Cosaques sortis de la Volhynie ravagent tout le pays entre le Bug et la Vistule. Il me restait ici des cavaliers démontés ; // g avait quelques pièces de canon, mais satis être attelées, et le commissaire ordonnateur demandait les chevaux nécessaires pour le trésor et différentes évacuations. Je le chargeai, en conséquence, de faire une acquisition de cinq à six cents chevaux de cavalerie légère et deux ou trois cents chevaux de trait pour V artillerie. »
« La réquisition que j'ai faite pour avoir des chevaux ne s'opère pas, malgré les promesses multiples des mi-
jiisires, et comme l'approche de Venncmi et les pre'paratifs de départ du gouvernement faisaient fuir les Iiabitants de toutes les classes et que le commandant de la place vint m' avertir c^ue le lendemain il pourrait ne plus y avoir de chevaux dans la ville, j'ai pris le parti de faire fermer les portes Jusquà ce que la réquisition fut complétée. »
« La réquisition continue, les portes de la ville sont toujours fermées, et le ministre de l'intérieur me prie de les laisser encore fermées cette nuit pour compléter la réquisition. »
(Lettres au major général, en date des 15 et IG octobre.)
Copie de la lettre de S. K. le ministre de l'intérieur en date du 16 octobre, à 2 heures : Le pi'éfct et le président de la police viennent de niassui'cr solennellement qu'ils feraient tous leurs efforts pour avoir des chevaux de cavalerie pour demain matin et qu'ils en fourniraient autant que possible. Il semble donc que la fermeture des barrières doit continuer encore cette nuit, et qu'on doit donner des ordres très sévères pour qu'à l'exception des chevaux de paysans, aucun autre ne puisse s'échapper jusqu à demain. — Mastowski.
N. B. La réquisition de chevaux avait été faite par l'ordonnateur du gouvernement polonais et ce sont les ministres de l'intérieur et de la police qui ont donné
tous les ordres au préfet^ au uuiire^ au président de police, etc., pour en assurer V exécution. C'est le gouvernement polonais seul et ses agents qui ont procédé à la réquisition et aucun agent ni militaire français n^y a été employé. Toute personne à pied et les chevaux et charrettes de paysans et de provisions ont librement passé aux barrières et le passage ne leur en a pas été fermé un seul instant.
6" Dès que les portes de la ville se rouvrirent, la bonne compagnie disparut ; je ne l'ai plus revue. A cette occasion, je dois rapporter une proclamation que le général Dutaillis crut devoir faire pour relever ]es courages qu'il regardait comme abattus. « Polonais, l'ennemi est à vos portes ; les Tartares inondent la rive droite de la Vistule ; il faudrait vous armer et je ne vois qu'emballage. Le grand Napoléon vous contemple du haut des tours de Moscou (qui était brûlé depuis un mois). Aux armes, et méritez qu'il puisse dire de vous : Polonais, je suis content. » C'est dans ce style burlesque, avec des idées aussi baroques que ce Monsieur prétendait animer les Polonais et vraisemblablement aussi leur donner une idée du goût et de l'urbanité française.
Lettre du général de division gouverneur au Conseil des ministres : « Les Tartares s'avancent. Déjà ils bordent la rive droite de la Vistule et partout je ne vois que terreur, emballage et préparatifs de départ. On
veut abandonner celle capitale, le berceau des Jagellons et des Sobieski. J'entends ces héros qui vous crient vengeance. Aux armes ! est le cri de ralliement des braves Polonais. Qu^il se fasse entendre et marchons à Vennemi pour le combattre et Vanéantir. V Empereur Napoléon est là. Des tours de Moscou il vous observe. Prouvez-lui que vous saurez mériter le nom de Polonais quil vient de vous rendre (1). »
Lettre du président du Conseil des ministres : « Mon général, le Conseil partage bien vivement les sentiments que vous exprimez et, rempli des mêmes espérances que vous, se patte de vous revoir encore au milieu de nous dans le même poste où vous avez su concilier le zèle le plus actif pour le service de votre auguste souverain à la plus parfaite bienveillance pour les habitants de ce paijs-ci qui vous en seront à jamais reconnaissants. Pénétré de ces sentiments, je vous prie d'agréer V expression de nos regrets personnels et de ma haute considération ». — Potocki.
Lettre que j'ai reçue au moment de mon départ de Varsovie, du maire et président de la municipalité, commandant la garde de cette ville : « M. le général
(i) Ajoutons que Dutailljs était à bout de patience, que le Conseil de» ministres ne décidait rien, et qu'il écrivait alors au major général pour justifier cet appel : n J'ai crié aux armes et je vais donner une forte impulsion dans la grande Pologne. J'attends peu de résultats de ces moyens relativement aui baïonnettes qui pourront me servir. Mais l'effet moral est nécessaire et les Russes qui ont été souvent battus par nos paysans polonais y reg-'-rieront à deux fois pour passer la Vislule ».
3o6 LETTRES DE 1812
qouverneur, en apprenant la nouvelle du départ de y. E.je m'empresse de vous en témoigner tous mes regrets et j'ai l'honneur de pjrier M. le général gouverneur de bien vouloir agréer par mon organe les expressions de la plus vive reconnaissance de la part des habitants de cette ville qui se rappelleront toujours les bons offices que V. E. n'a cessé de leur rendre pendant la durée de son gouvernement en faisant impérieusement maintenir l'ordre et la discipline par les troupes et en rendant la plus prompte justice aux réclamations et soulageant l'infortune. J'ai l'honneur d'y ajouter particulièrement mes remercînients pour toutes vos bontés, monsieur le général gouverneur; je /l'oublierai jamais l'impartialité et la manière délicate avec laquelle vous avez daigné traiter chaque affaire et vous prie, monsieur le général gouverneur, de bien vouloir agréer l'expression de ma plus haute considération. — TJzGRZEcni »,
Î2G. Mémoire du capitaine Barbé
Nous avons quelque temps hésité à publier ce petit mémoire que le hasard a fait tomber entre nos mains. Il est lourdement écrit et il ne fait guère d'honneur à Julien Barbé qui l'a rédigé. Barbé qui écrit sous la Restauration, veut simplement prouver son royalisme et flatter les Bourbons. Il est d'ailleurs exagéré et, sur certains points, fort inexact ; il croit, par exemple, que Tchitchagov était à Malo-Iaroslavels et il assure qu'à Krasnoï les Russes avaient en face d'eux des squelettes sans armes. Mais il a fait la campagne et il insiste avec raison sur le ti'op long séjour des Français à Moscou. Quel était ce Barbé? Né à l'Ile de France eu 1790, élève à l'Ecole de Fontainebleau en 1808, sous-liculenant en 1809 aux voltigeurs de la garde, lieutenant eu 1811, aide-de-camp du général Nagle en 1812, capitaine en 181-i., chef de bataillon en 1831, commandant de place à La Fère, à La Rochelle, à Saint-Denis, à Charenton, il fut retraité à la fin de 1850.
Observations sur la campagne de Moscou.
Avec des armées accoiitumées à vaincre et des soldats formés pour les victoires, passer le Niémen, courir plutôt que marcher sur Moscou, ne s'arrêter que le temps nécessaire pour gagner des batailles et
pour ne pas perdre rhabitudc de vaincre, voilà en deux mots le précis de la première partie de cette mémorable campagne, assemblage gigantesque de grandes conceptions et d'inconcevables folies.
Ce fut sur cette étonnante rapidité dans nos succès et dans les revers qui leur succédèrent, que l'on a fondé la plus grande gloire de nos ennemis, en leur supposant le plan d'avoir attiré l'armée à Moscou, pour la détruire entièrement — plan qu'il ne faut attribuer qu'aux circonstances, car on ne peut les supposer assez fous et assez cruels pour croire que s'ils avaient pu nous arrêter, ils eussent sacrifié de gai té de cœur toutes les villes et villages qui se trouvaient sur une route de trois cents lieues, dans l'espoir, en nous laissant avancer, de nous ôter ensuite tout moyen de retraite, lorsqu'il nous eût été si facile de prendre une autre route pour nous retirer (ce que nous eussions fait sans difficulté, si, au lieu de nous endormii- pendant trente-cinq jours à Moscou, nous n'y fussions restés que la moitié de ce temps) .
Il est donc évident que c'est sans aucun fondement qu'on leur a attribué ce plan, et que, s'ils ont reculé avec tant de rapidité, c'est qu'ils ont senti l'impossibilité de résister à ime armée que rien ne pouvait arrêter et qui semblait prendre plus d'ardeur lorsqu'elle rencontrait quelque obstacle ; que, s'ils ont incendié leurs villes et leurs villages, c'était dans l'espoir de
nous arrêter par le manque de vivres ou que du moins cela, joint au grand nombre d'hommes que nous perdions dans les différents combats que nous étions obligés de livrer, donnerait les moyens à leur armée, — qui, au contraire, se recrutait à mesure qu'elle se retirait — de nous résister et de nous forcer même à nous retirer. Voilà le seul espoir raisonnable qu'ils pouvaient concevoir et le seul plan qu'ils aient eu.
En ell'et, à notre arrivée à Moscou, l'armée était réduite de plus de moitié, tant par les nombreuses batailles, combats ou escarmouches que nous avions livrées, que par le manque de vivres et les maladies. Pendant la marche, les chefs de corps avaient été obligés, après de très fortes journées, d'envoyer des fourrageurs à plusieurs lieues sur les côtés pour se procurer des vivres et des fourrages. Ces hommes, se trouvant ordinairement trop fatigués le lendemain pour pouvoir suivre les mouvements des corps, restaient en arrière, ne pouvaient ensuite les rattraper à cause de la rapidité de la marche de l'armée, et ils étaient pour la plupart assassinés par les habitants ou par les partis de Cosaques qui se tenaient sur les derrières.
Il était donc moralement impossible d'aller plus loin sans laisser aux soldats, dont un grand nombre étaient attaqués de la dysenterie, le temps de se reposer et aux corps celui de se réorganiser.
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C'est à notre arrivée dans la capitale de la Moscovie, dans la seconde ville de l'Empire, que les Russes conçurent et exécutèrent Taflreux projet de détruire une des plus grandes villes de l'Europe, pour nous priver des ressources que nous pouvions y trouver. Espérons, pour l'honneur de l'humanité, que ce cruel exemple ne sera pas suivi !
Malgré l'incendie de Moscou, nous y trouvâmes une grande quantité de vin et de farine. Nous avions des troupeuux considérables, et quinze jours de repos avaient suffi pour nous mettre en état de marcher sur Kalouga d'où nous eussions pu opérer facilement notre retraite par l'Ukraine ; car il fallait renoncer à passer Ihiver où nous étions et il nous était impossible de marcher sur Saint-Pétersbourg. Mais nous restâmes à Moscou vingt jours de plus et ces vingts jours furent cause de notre ruine et de notre entière destruc-^ tion.
Enfin, après un séjour de plus d'un mois, l'armée se mit en mouvement pour marcher sur Kalouga, lorsque son chef, trompe jusqu'alors par les fallacieuses propositions de l'ennemi j sembla se réveiller d'mi sommeil léthargique pendant lequel il avait été bercé par des songes trompeurs, en apprenant la brusque attaque et la destruction presque entière de la cavalerie qu'il avait placée en avant de Moscou.
Après cinq jours de marche, la 12*' division qui forîTiait l'avant-garde de l'armée à une journée en avant
et qui paraissait ne devoir rencontrer que des partis de Cosaques, éprouva une résistance très vive à Malolaroslavets, village qui se trouve dans une position que la nature a rendue très forte, et eut en opposition, pendant toute la journée, l'armée qui revenait des frontières de la Turquie. Cette division fit dans cette affaire des prodiges de valeur, qui ne peuvent étonner de la part des Français, mais qui inspireront une admiration bien méritée dans les fastes de l'histoire. Avec moins de 12.000 hommes le brave général Delzons s'empara plusieurs fois de la position défendue par près de 50.000 et tomba percé de coups en cherchant à s'en emparer une dernière fois. Aussi, de cette division qui, le matin, était de 12.000 hommes, il n'en restait plus le soir que 3.000.
Dès l'instant, on sentit qu'il ne fallait plus songer qu'à la retraite et, deux jours après, on la lit commencer. Mais, comme il semblait que nous eussions pris la triste habitude de faire des fautes sans nombre, on ne marcha pas à grandes journées sur Viasma, où l'armée russe arriva en même temps que nous et nous fît beaucoup souffrir, en nous prenant en liane. Ce qu'il nous eût été facile d'éviter en prenant sur elle deux ou trois jours d'avance, si l'arrière-garde ne s'était amusée à s'arrêter tous les jours deux ou trois heures pour se canonner avec une avant-garde de cavalerie qui nous poursuivait, et n'eût forcé ainsi le reste de l'armée à l'attendre. Retard qui a été cause en partie
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de notre destruction, puisque la même armée cjui nous a attaqués à Viasma, a continué à nous harceler le reste de la route.
Quelques jours après, les froids conmiencèrent et J'armée ne fut plus en retraite, mais bien dans une déroute complète. Les chevaux mouraient par centaines. Les hommes se débandaient et ceux (pii n'expiraient pas de froid, jetaient leurs armes pour éviter que leurs mains ne gelassent. Tout disparaissait avec une rapidité sans exemple. L'artillerie, les caissons furent abandonnés, sans que Ton prît même le temps ni de les enclouer ni de les brûler !
Cependant le fantôme de cette armée qui n'existait plus, inspira encore assez de crainte aux Russes pour qu'ils n'aient pas osé l'arrêter à Krasnoï, où ils se sont contentés de canonner des squelettes sans armes qid trouvaient im certain plaisir à se placer devant la bouche des canons qui devaient leur apporter la fin de leurs maux.
A dater de cette époque la victoire infidèle sembla, avoir abandonné les drapeaux d'une nation dont le chef paraissait être dans le délire et chaque succès fut acheté par plusieurs défaites.
Enfin, les Français, accablés par le nombre et la mauvaise fortune, ont été obligés de ployer sous le joug étranger. Mais qvie ces vainqueurs, fiers de les avoir terrassés, tremblent de les pousser à bout ! Gouvernés par un Roi qui est leur père, commandés par
des chefs sous lesquels ils ont déjà cueilli tant de lauriers, combattant pour une cause légitime, ils seront des lions en défendant leur pays et redeviendront ce qu'ils ont été longtemps, invincihles !
J. Barbé.