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Rapport du Conseil mumcipal de Digne

11 esL question, dans ce rapport, d'événements postérieurs à la marche de Napoléon ; mais il retrace cette marche et il a. par suite, sa place dans notre volume. La date du mémoire — 28 juillet — en marque assez l'esprit. C'est api'ès Waterloo qu'il a été rédigé. Le Conseil municipal assure donc que, sans le préfet, la garde nationale de Digne aurait poursuivi, arrêté Napoléon, ce « rebelle >■, ce « loup enragé » ; il gémit sur le triomphe passager du drapeau à « la couleur sanguinaire » ; il applaudit au retour du lys, « symbole de l'union et de la paix » ; il insiste sur l'allégresse qu'excita la nouvelle de la rentrée du roi.

Le Conseil mumcipal de la ville de Digne, département des Basses- A.lpes, voulant retracer et faire connaître au gouvernement, en exécution de la délibération de ce jour, les événements principaux qui se sont passés dans cette commune depuis le 4 mars dernier jusqu'à ce jour, expose les faits suivants.

Le 3 mars 1815, à 3 heures après midi, une lettre de M. le préfet du département du Var instruisit celui des Basses- Alpes que Bonaparte était débarqué au golfe Juan dans la journée du l*^'' mars avec une force de quinze cents honunes. Des courriers exjDédiés dans

la nuit du 3 confirment cette nouvelle et annoncent que Bonaparte a couché à Barréme et arrivera à Digne sur les 8 ou 10 heures.

Le préfet des Basses-Alpes appelle auprès de lui, vers les 4 heures du matin, M. le général Loverdo, commandant le département, et deux ou trois autres fonctionnaires, leur fait part de cet événement et parvient à leur persuader qu'on ne peut faire aucune résistance soit à cause du petit nombre et du mauvais esprit du lO'' bataillon stationné dans cette commune ou soit à cause du défaut de munitions.

Cependant la nouvelle du débarquement avait été portée à la connaissance du préfet assez à temps pour qu'il pût se procurer des munitions avant l'arrivée de Bonaparte à Digne, et la garde nationale, animée du meilleur esprit, était assez forte pour arrêter sa marche et lui couper la retraite dans les défilés par où il devait passer.

Vers les 5 heures du matin, AI. le préfet fait appeler chez lui M. le maire, lui annonce l'arrivée du rebelle, sous peu d'heures, avec mie force de trois mille hommes, lui défend d'opposer la moindre résistance, et lui ordonne de le recevoir et de lui fournir tout ce qu'il demandera.

A l'instant cette nouvelle devient publique. Des hommes totalement dévoués au service du lloi se présentent pour offrir leurs secours ; ils sont refusés. La troupe est écartée, ainsi (|uc les caisses publiques.

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Des vedettes sont placées sur la route ; elles arrêtent un espion que l'autorité supérieure fait relâcher et auquel on fournit les moyens de suivre plus promptement sa destination. Le département pouvait encore repousser cet ennemi de l'humanité et l'empêcher de pénétrer plus loin ; la forteresse de Sisteron et les passages de la Durance étaient une barrière insurmontable ; mais tout était prévu, la défense d'opposition était générale sur toute la ligne.

Bonaparte arrive à Digne à midi dans la journée du 4. Il veut chercher à gagner la confiance du peuple en prodiguant des saluts où se peignent son embarras et ses craintes. Mais il ne remarque partout qu'une même indignation, et partout un morne silence succède aux cris de Vive l'empereur que ne cessait de répéter son escorte. Quelques enfants, néanmoins, excités par l'appât de quelques pièces d'argent qu'on leur jette dans la rue, font entendre un faible cri de Vive r empereur. La ville gémit et paraît déserte.

Il part de Digne, dans la même journée, va coucher à Malijav et le 5, après s'être arrêté un instant à Sisteron, il va coucher hors du département.

C'est alors que l'on découvre la trahison. Les esprits s'agitent ; des gardes nationales arrivent de toutes parts pour donner la chasse à ce loup enragé. Vains efforts ! Tout était préparé ; on paralyse l'enthousiasme des gardes nationales, on les arrête à Sisteron, et, sous différents prétextes, on les fait rentrer dans

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leurs communes pour s'y organiser ; on les rappelle avant d'être organisées, on les renvoie encore et finalement, après les avoir agitées vainement jusqu'au 13 avril, époque où furent consommés le plus lâche abandon et la plus noire trahison, tout rentra sous le joug de l'usurpateur pour gémir sur les désastres qui étaient la suite nécessaire d'une défection aussi honteuse qu'ingrate. Le pavillon blanc, symbole de toutes les vertus et si cher à tous les fidèles sujets de Sa Majesté, cessa de briller à leurs yeux et le 17 avril il fut remplacé par ce pavillon dont la couleur sanguinaire rouvrait toutes les plaies.

A cette époque M. le maire, réélu par la saine partie de l'assemblée primaire, arrêta tout mouvement et résista aux vexations (jui furent la suite de ce changement de pouvoirs ; un préfet du coin fut nommé ; des généraux se succédèrent, disputèrent d'autorité ; des levées d'hommes et de denrées furent ordonnées : tout fut paralysé.

Un cadre du lO*' bataillon fut envoyé sur la place pour se compléter du produit de rap})el de la garde nationale. Un détachement est formé par suite de la violence. On en passe la revue vers la nuit. Joyeux de ce succès, ce cadre veut que ce jour soit marqué par une fête. 11 fait une farandole par la ville, mais ô horreur ! des pierres sont lancées par ces furibonds conti'e les fenêtres des habitants paisibles et tout est brisé. Ce jour marcjué au coin de la scélératesse lut

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suivi d'un ordre d'arborer le pavillon tricolore sur toutes les maisons. Le maire ne le fit point exécuter. Un désarmement fut ordonné ; il n'eut pas plus d'eflet.

Les autorités, se voyant alors compromises et sur le rapport que M. le maire leur fit que les habitants étaient dans la volonté bien prononcée d'opposer de la résistance et de tirer vengeance de l'insulte qu'ils avaient reçue, délibérèrent de se replier sur la place de Sisteron.

En ell'et, dès le 28 juin, elles firent leurs disposilions, enlevèrent toutes les armes et munitions qu'elles purent trouver, et le 29, à 11 heures du matin, soldats, officiers, généraux, préfet, sous-préfet et leurs satellites furent sur la route de Sisteron. A 11 heures et demie, M. le maire, ne consultant (jue son zèle et le désir des habitants, lit enlever le drapeau tricolore des lieux publics qu'il avait souillés et le fit remplacer par le Lys, symbole de l'union et de la paix ; bientôt toutes les fenêtres en furent pavoisées.

Rendus à la joie, les habitants de Digne s y livrèrent intérieurement et il fut pris des mesures de défense contre toute attaque. Une fédération s'établit avec les braves Alarseillais. Les gardes nationales, sous les ordres du lidèle Gravier et autorisées par le général Loverdo, vinrent à notre secours. Le sage Villeneuve, préfet par intérim, après le passage de l'usurpateur, vint reprendre ses fonctions. Bientôt les places fortes de Seyne et de Colmars secouèrent le joug des vils

commandants qui les gardaient. Une tentative, faite sur Seyne par les ordres du préfet de Sisteron, fut repoussée par la garde nationale de Digne jointe à celle de Seyne ; il y eut des coups de fusil tirés et quelques blessés du côté de l'ennemi. Enfin, malgré le défaut de communication directe avec la capitale et par suite de mesures qui étaient prises pour connaître la correspondance et le mouvement des ennemis qui nous entouraient de toutes parts, nous fûmes instruits de l'heureuse nouvelle de l'entrée des alliés dans Paris et, le 1 i juillet, de celle de notre Roi chéri. Alors il n'y eut plus de bornes à la joie commune. Les églises retentirent des chants d'allégresse et d'actions de grâces. Le buste de Louis le XVIII fut promené avec respect, dans toute la ville, aux acclamations réitérées de Vive le Roi. Un feu de joie fut brûlé avec solennité, au bruit du canon, et des farandoles, où étaient les premières autorités, se prolongèrent bien avant dans la nuit et se succédèrent journellement.

Digne, en Conseil municipal, le 28 juillet iSiT).

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