Troisième rapport du préfet des Basses- Alpes
AU MINISTRE DE l'InTÉP.IEUR
Dans sa lourde prose administrative, le préfet continue à renseigner le gouvernement : Napoléon est à Grenoble; le général Miollis arrête la marche des iroupes qui poursuivaient le « parjure » ; et puis, il pleut, il neige, et la garde nationale du Var, partie en hâte, mal chaussée, mal habillée, la pauvre ! s'est dispersée. N'importe. Le Midi bouge, fidèle à ses serments, et, si la France entière par tage les sentiments du Midi, Napoléon sera mis bientôt à la raison !
i3 mars i8i5.
Monseigneur,
Les dernières nouvelles, venant de Grenoble, annoncent que la troupe de l'île d'Elbe y est arrivée, sans résistance, le mardi 7, à 11 heures du soir, et que les autorités civiles et militaires, ne pouvant pas compter sur les moyens de défense à leur disposition, s'étaient repliées sur la route de Lyon.
Cette nouvelle paraît avoir déterminé M. le lieutenant général Miollis à faire arrêter la tète de la colonne de la troupe de ligne et de la garde nationale sur la route de Gap à Grenoble,
Cette position stationnaire dont j'ignore la cause et les motifs, jointe au dérang-ement de l'atmosphère et de la température qui, depuis le 7, a donné de la neige et de la pluie, a occasionné la dissolution des détachements de la garde nationale du département du Var, dont la plupart des hommes étaient partis à la hâte, sans chaussure en état de résister à la marche et sans vêtements pour se mettre à l'abri de la rigueur de la saison.
Craignant le même effet pour les détachements composés des cohortes urbaines et dés compagnies d'élite de mon département, je me suis concerté avec M. le maréchal de camp, comte de Gardane, inspecteur de la garde nationale, pour le plan d'organisation d'une légion en activité de la garde nationale, dont Votre Excellence trouvera le développement dans la circulaire, la proclamation, et l'arrêté ci-joint qui nomme M. de Roux de Beaucouse, commandant de cette légion.
Je pars demain pour me rendre à Sisteron auprès
de M. l'inspecteur et de M. le chef de la légion et
laissant à Digne M. Clément, le plus ancien conseiller
de préfecture auquel j'ai délégué mes pouvoirs pour
diriger la marche de l'administration pendant mon absence.
La circonstance extraordinaire où se trouve l'administration par l'interruption de la correspondance la mettant dans la nécessité de prendre des
mesures pour subvenir aux besoins du service, j'ai cru devoir adjoindre à M. Clément un Conseil composé des personnes jouissant de la considération et de la confiance publiques qui délibéreront sur l'urgence et la nécessité des dépenses et qui autoriseront mon délégua à tirer des mandats sur les caisses publiques jusqu'à concurrence des besoins, sauf à faire régulariser cette dépense, y comprise celle occasionnée par le mouvement de la garde nationale du Var et des Basses-Alpes qui, jusqu'à présent, s'est faite sans éprouver de difficulté par l'elfet seul de la confiance que les fournisseurs ont accordée à l'administration. Votre Excellence peut donner à Sa Majesté l'assurance que tout le Midi tient à ses serments et lui restera fidèle et que si toute la nation, comme je n'en doute pas, partage les sentiments de cette partie de son peuple, le parjure qui a voulu nous apporter le Uéau de la guerre civile, aura bientôt trouvé le terme de sa carrière politique et de son ambition. Agréez Ihommagc du respect et du dévouement sans bornes avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.