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E/iihrun, 7 mars, '< lieures dti malin.
J'ai reyu la lettre que vous m'avez iail riionueur de ni'écrire de La Mure. J'avais déjà rempli les dispositions qu'elle renferme lors(|UC mon aide-de-camp me l'a fait parvenir. Lavant-garde de Buonaparte est arrivée à Gap le o mars, à 9 heures du soir. 11 est arrivé en personne vers les 11 heures et n'est reparti qu hier, à 1 heure et demie après-midi. Son escorte n'est que de 300 hommes au plus, dont un bon nombre est éclopé. Malgré son apparente tranquillité, les questions qu'il a faites décèlent beaucoup d'inquiétude. Il ne paraît pas certain de la manière dont il .sera reyu à Grenoble par le comte Marchand. Il paraît qu'il s'est lait donner, par l'ing-énieur Janson, un plan de la route. On a annoncé pour le 0, au soir, à Gap, un bataillon de flanqueurs de la garde, fort, dit-on, de 300 hommes, tellement pillards que Napoléon a recommandé lui-même de les surveiller dans les maisons. J'attends d'être instruit de leur arrivée ce matin.
Les places et forts sous mes ordres sont à l'abri d'un coup de main ; l'on s'occupe journellement de leur armement, quoique sans artilleurs. J'ai fait observer les frontières par les douanes et j'ai pris les mesures nécessaires pour être exactement instruit des mouvements en Piémont.
Je marche aujourd'hui sur les derrières de Buonaparte avec le peu de troupes que je peux réunir, sans mettre cependant les places en danger et si, comme j'ai lieu de le croire, le lieutenant-général Marchand lui oppose une bonne résistance, il est impossible qu'il se retire de là ; il ne passera pas à Grenoble, et moi, si je suis secondé, comme je pense, des troupes sous mes ordres, je me fais fort de l'empêcher de rétrograder.
L'esprit des officiers supérieurs et des officiers subalternes du régiment est excellent ; les soldats sont bien tenus et bien disciplinés, ils aiment et respectent leurs chefs ; ce qui me fait présumer qu'ils leur obéiront dans toute circonstance. Mais je ne vous cache pas, mon général, qu'il faut peu de chose pour ébranler la fermeté d'aussi jeunes soldats que ceux que je commande. J'ai pris et je prends tous les moyens de les affermir dans l'attachement qu'ils ont et qu'ils doivent avoir pour le Roi. Si j'avais été certain de leur fidélité, Napoléon n'aurait pas passé à Gap ; mais je craignais, en allant ù sa rencontre, de recruter son armée. C'est ce qui a fait que je ne me suis occupé que de la conservation de mes places et des forts, ne connaissant pas la marche qu'il devait prendre ; mais maintenant que je la connais, je ne balance pas à le suivre, et demain je serai sur la route de Corps à Grenoble.