A KeR VER SEAU
Chorges, 7 mars.
Je viens de recevoir votre lettre datée d'aujourd'hui. Je m'empresse de vous annoncer que Buonapartc se dirige sur Grenoble et (|ue je marche sur ses derrières. Si Grenoble se défend, je lui coupe la retraite ; dans le cas contraire, nous serons obligés de rétrograder. Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage. Méiiez-vous des personnes qui viennent de Gap, car elles sont porteurs de beaucoup de proclamations tendant à soulever les troupes et les habitants. Observez aussi scrupuleusement vos frontières. Si vous apprenez quelque chose, ne perdez pas un instant pour m'en j)révenir, comme, de mon côté, je vous informerai, si je le peux, de tous l(\s évt'nements. Demain
matin je serai à Saint-Bonnet, sur la route de Grenoble.
27. Au MAJOR DUGEZ, COMMANDANT SUPÉRIEUR A EmBRUN EN REMPLACEMENT DE M. DaRIÈS
Chorges, 7 mars.
J'attends 150 hommes du 49^ régiment de ligne qui doivent me rejoindre ; vous les arrêterez à leur passage à Embrun jusqu'à nouvel ordre. Vous ferez porter la lettre pour le général Kerverseau jusqu'à la brigade de Saint-Clément, qui la fera suivre jusqu'à Briançon.
28. Au LIEUTENANT-GÉNÉRAL MiOLLIS, A SiSTERON Gap, 8 mars, 9 heures et demie du matin.
(Ecrit par Sonnet.)
J'ai l'honneur de vous prévenir que mon général marche avec ime colonne d'environ 600 hommes sur les derrières de Buonaparte et que, dans quelques heures, il doit être à Saint-Bonnet. Ayant eu avis de votre marche sur Gap, il m'y a envoyé pour vous en, prévenir afin que vous preniez les mesures que vous croirez nécessaires. Nous ne savons pas encore s'il a été reçu à Grenoble. S'il est rcpou»sé, il lui est de toute impossibilité d'échapper. Je ne vous cacherai
LETTRES DE 18tS 73
pas, mon général, que l'on a pris ce qu'il y avait de meilleurs soldats dans le 39*' rég-iment de ligne pour former cette colonne, mais que l'esprit n'est pas très bon. Cependant, ils sont bien disciplinés, aiment et respectent leurs chefs, et l'on doit croire qu'ils leur obéiront. Les places du département sont à l'abri de toute surprise. Mon général les a fait armer au premier avis qu'il a reçu du débarquement et de la direction que prenait Buonaparte. Il n'a pas une pièce d'artillerie et il marche avec une sécurité sans exemple. M. le maire doit avoir donné connaissance de la conduite qu'il a tenue dans cette ville, à son collègue de Sisteron qui vous l'aura communiquée.