CURIAL AU DUC DE FELTRE
Le général Curial était, en 1815, colonel des chasseurs royaux de France, naguère les chasseurs à pied de la vieille garde. Il voulait rester fidèle à Louis XVIII qui lavait nommé pair. Son régiment l'abandonna pour courir au-devant de Napoléon et les officiers lui disaient alovs qu'ils le reconnaissaient toujours comme leur colonel et qu'ils lui obéiraient... à condition qu'il les mènerait à la rencontre de l'Empereur. Aussi ne devait-il pas rester colonel des chasseurs à pied. Napoléon ne le tenait pas pour un homme « sûr et chaud « ; il lui donna d'abord le commandement de Lyon, puis le lui ôta pour l'employer du côté de Montpellier et de Marseille, puis lui donna une division à l'armée des Alpes. Dans la lettre suivante, datée de Paris et du 16 octobre 1815, Curial retrace sa conduite au duc de Feltre, ministre de la guerre, et lui expose, trop brièvement, à notre gré, « les faits tels qu'ils se sont passés »,
Commandant, lors du funeste débarquement de Bonaparte, les chasseurs royaux de France, je n'ai rien négligé pour les contenir dans le devoir et le sentier de l'honneur. Harangues, promesses, menaces, châtiments, j'ai tout employé infructueusement. Quelques officiers, et surtout une députation des gre-
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iiadiers à pied royaux, les avaient exaltés au point que le corps d'olïiciers réuni dans mon logement, à Chaumont, me déclara malgré mes nouvelles remontrances, mes reproches et même mes prières, que le régiment allait partir pour se rendre auprès de Napoléon. Je les prévins alors que je cessais de les commander; j'écrivis de suite à Votre Excellence pour lui rendre compte de cette défection ; je lui expédiai un aide de camp eu courrier et je me rendis en poste à Troyes où je vous priai, Monseigneur, de me faire passer vos ordres ; mais Votre Excellence n'a pas reçu ma lettre ; elle avait déjà quitté Paris lorsque mon officier y est arrivé.
Pendant ce laps de temps, j'avais été dénoncé à Bonaparte par deux officiers partis en poste de Chaumont, non seulement pour avoir dit ce que je pensais sur son compte, mais encore pour avoir cherché par tous les moyens possibles à arrêter la marche du régiment. De là mon renvoi de la garde, mon remplacemont à Lyon où j'avais reçu l'ordre daller, quoique j'eusse demandé ma retraite, et enfin un exil de vingtsix jours à Ghambéry.
Voulant éviter ensuite dans cette ville les vexations populaires, je pris le commandement d'une division de l'armée des Alpes, lorsque les hostilités furent commencées : commandement que je n'ai conservé que dix ou douze jours.