‹ Lettres de 1815Chapitre 65 sur 82 · Le capitaine Moura · texte numérisé non relu

Le capitaine Moura

Ail malin du 20 mars, Exelmans, à la tète d'ofîîciers à la demi-solde, occupe les Tuileries et fait arborer le drapeau tricolore. Le personnel de la cour impériale, grands et petits, réoccupe le palais, et dans la salle du Trône les belles dames arrachent du lapis les fleurs de lys pour faire reparaître les abeilles. A 9 heures du soir, l'Empereur arrive, et tiré de sa voiture, porté de bras en bras dans le vestibule ef sur l'escalier, il dit tout bas au capitaine d'Hauteroche qui lui tient une jambe et la serre un peu fort : « Là, là, mon enfant, doucement, doucement » (1).

Un aulrc capitaine se faisait remarquer dans cette foule cnlhousiaste. C'était Moura, Moura qui, le matin, avait fait flotter sur les Tuileries le drapeau tricolore, Moura qui, le soir, monta la garde, un fusil on main, à la porte de l'appartement impérial.

(( Le 20 mars 181.^, écrivait-il plus tard, jour de la rentrée de Napoléon, Moura se trouvait aux Tuileries à 9 heures du matin, au moment où le général Exelmans prit le commandement de ce palais. C'est Moura

(i) A. (^Iiuijiii'l, /•./i/.vo(/f.v ('/ i>orli\iil.i, I '" sri'ie, p. i.Sd.

qui, par ordre d'Exelmans, eut l'insigne honneur d'arborer le drapeau tricolore au pavillon de cet édilice. Et lorsque, le soir du même jour, l'Empereur fut rentré dans Paris, ce fut Moura qui. par suite des mêmes ordres, eut la faveur pluss^rande encore d'être, le premier, placé avec un fusil en sentinelle à la porte de l'appartement du grand homme, Exelmans, aujourd'hui maréchal, est là pour certifier ces deux faits si glorieux pour moi. »

Qui était ce Moura? Un Portugais.

Antoine-Joachim Moura, né le 10 février ITHO à Oporto, cadet en avril 1801 et second lieutenant en février 1809 au 4'- régiment d'artillerie portugais, fut blessé d'un coup de feu et fait prisonnier à l'attaque d'Oporto. Le général Fririon, chef d'état-major de Soult. l'engagea à prendre du service en France. Moura y consentit. Attaché en avril 1809, comme adjoint, à Tétat-major général de l'armée de Portugal, nommé le 20 mai 1811 capitaine adjoint par le duc de Raguse et employé pendant seize mois à la 4^ division que commandait le général Sarrut, envoyé à Grenoble en 1814 au dépôt de la légion portugaise, il fut définitivement promu capitaine de cavalerie le lo janvier 1815 sur la recommandation de Fririon, de Heudelet et de Marmont qui reconnaît qu'il avait servi avec zèle. Après le 20 mars, il appartint à l'état-major de la division Berthezène qui faisait partie du corps de Vandamme. Blessé à Fleurus et nommé provisoire-

ment chef d'escadron, rentré à Paris après le licenciement de l'armée de la Loire, mis à Nancy sous la surveillance de la police, il obtint des lettres de naturalité et, en vertu de l'ordonnance du 20 mai 1818, un traitement de non activité pendant dix ans, de 1818 à 1828. Il pouvait donc être rappelé au service et il avait droit à une pension de retraite. Mais en 1821 il donna sa démission pour rentrer en Portugal. On le trouve toutefois en 1852 à Toulouse. 11 avait en 1818 épousé la fille d'un avocat de Nancy, nommé Froment.

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