‹ Lettres de 1815Chapitre 68 sur 82 · Le capitaine Christ · texte numérisé non relu

Le capitaine Christ

Christ est un vieux capitaine alsacien, retiré du service, et la lettre qu'il envoie au général Bertrand, en un style naïf, et avec une foule de fautes d'orthographe dont nous l'avons charitablement débarrassée, dépeint bien l'enthousiasme et la joie que ressentirent la plupart des militaires lorsqu'ils apprirent le retour de Napoléon.

A Son Excellence le grand maréchal Bertrand^ majorgénéral de la Grande Armée de V Empire français^ à Paris.

Département du Haut-Rhin. Arrondittement de Belfort. Wattwiller, le a^ mars 1816.

M. le chevalier Christ (Bertin- Joseph), capitaine retiré du 2® régiment d'infanterie légère, à Monsieur le Grand-Maréchal, major général de la Grande Armée, Bertrand :

J'ai appris avec la plus vive joie la flatteuse nouvelle du retour de notre aiiguste souverain Napoléon, le grand empereur des Français. Dans cette contrée on nous a toujours laissé ignorer les nouvelles flatteuses avec la ■1 plus forte indignité contre Napoléon et de grandes menaces à ceux qui voudraient prendre parti pour

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notre auguste empereur. J'ai l'honneur de m'adresser à Votre Excellence pour m'offrir aux emplois de S. M. s'il y est possible. J'y remplirai toutes les fonctions avec la plus grande exactitude et fidélité. Mes infirmités ne m'apportent plus aucun obstacle ni gêne au service de S. M. Napoléon le grand empereur. Je suis un ancien militaire qui est au service depuis 1781 et a passé par tous les grades jusqu'à ce qu'il fût forcé de se retirer avec mes infirmités qui m ont fait jouir une pension. Je me suis remis au service en 1813 et me suis très bien acquitté au blocus de Schlestadt. L'information pour certifier mes services est M. Duzer, major du 36^ de ligne (1), qui a été notre major dans le régiment du Haut-Rhin, à Schlestadt.

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et dévouement votre très fidèle

Le chevalier Christ, capitaine.

(i) Loui» Duzer, dit Monck d'U«er 077^-1 84 al, major en «econd au 'iû' en i8i3, colonel en i8i5, maréchal de caïup eu iSj3 ; cf. A. ChlyuiT, L'Alsace *n iSl't, jj. i8(5 et V-'^.

61, L'Ardennais Jacquemart

La lettre de Jacquemart est vraiment drôle et bien ardennaise. Il dit nettement qu'il veut combatti'e, non seulement pour servir l'Empereur, mais pour se venger d'un grand vicaire qui lui aurait volé de l'argent, et il compte que Napoléon, de retour, fera rendre gorge à ce >< brigand » de Delvincourt. Ce qui semblera peut-être plus drôle encore, c'est que le mii^istre de la guerre — qui faisait flèche de tout bois — écrivit le 13 avril à Mézières, au lieutenant-général commandant la 2" division militaire : « Général, le sieur Jacquemart, domicilié à Charleville, a adressé à l'Empereur une demande à l'effet d'obtenir son admission dans un régiment de cavalerie, offrant de se monter à ses frais. Je vous engage à faire appeler auprès de vous le sieur Jacquemart et à autoriser son incorporation dans un des régiments à proximité, si vous le jugez susceptible de servir. Vous aurez soin, dans l'un ou l'autre cas, de m'informer de ce que vous aurez fait à son égai'd. »

Gharleville, la 39 mars 1816.

Enselme Jacquemart^ de Charlevillc, département des Ardennes, à Sa Majesté l Empereur des Français^ etc., etc.

Je désire me monter à mes frais, sacrifier ma fortune et ma vie pour servir mon auguste Empereur.

Voulez-vous bien accepter mes services? Je désire combattre pour me venger du vol qui m'a été fait par Delvincourt, grand vicaire, qui m'a volé 20.000 francs il y a neuf mois, mais que votre justice me fera remettre des mains de ce brigand-là. Votre très dévoué et très fidèle sujet.

Enselme Jacquemart.

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