‹ Lettres de 1815Chapitre 70 sur 82 · Morand a Davout · texte numérisé non relu

Morand a Davout

Tout se soumet ou semble se soumettre. Le général Morand, chargé d'une mission extraordinaire dans l'Ouest avec pleins pouvoirs, écrit de Nantes au ministre de la guerre que le duc de Bourbon qui projetait de soulever le pays, s'est embarqué aux Sables d'Olonne (et non, comme il dit, à Saint-Nazaire). Il souhaite que les préfets arrivent, et ce fut, comme on sait, un des malheurs de ce gouvernement, qu'il y eut trop de lenteurs dans le renouvellement de l'administration, que nombre de fonctionnaires ne purent que très tard entrer en fonctions, que le personnel de la Restauration resta jusqu'au 10 avril. Mais le général assure que la Vendée ne pense pas à s'insurger et il s'efforce par des paroles de bienveillance et des mesures de douceur d'apaiser les esprits.

Nantes, le 3i mar» i8i5.

Monseigneur, j'ai dirigé le bataillon du 26« de ligne que j'ai envoyé à Napoléon (1) à travers le département de la Vendée par Chemillé, etc. ; ce qui, je crois, servira à atl'ermir les citoyens qui veulent la paix et le repos.

A mon arrivée ici, j'ai envoyé un parti de dragons

(i) Napoléon- Vendée.

à l'embouchure de la Loire et sur les côtes ; il est commandé par le major d'artillerie Raindre que Votre Excellence connaît, qui a aussi la commission de visiter les batteries et d'examiner leur état.

Il paraît que le duc de Bourbon s'est embarqué à Saint-Nazaire à l'embouchure de la Loire, hier ou avant-hier. Le parti que j'envoie hâtera son embarquement ou arrêtera ce prince, s'il est encore sur le sol français.

Dans la Vendée, les prêtres, les propriétaires et les femmes se sont opposés à tout soulèvement. 11 n'y a que quelques jeunes gens qui courent encore le pays ; j'ai fait dire à leurs familles qui en paraissent affligées, de les faire rentrer, qu'ils n'avaient rien à craindre si, de suite, ils se retiraient paisiblement chez eux.

Je m'efforce de rassurer les esprits qui peuvent être elfrayés des opinions qu'ils ont manifestées. Je parle dans le sens des proclamations de l'Empereur. Notre victoire est si complète, le désir de la tranquillité si prononcé dans toutes les classes des citoyens que je pense qu'il faut bien se garder de pousser au désespoir par des actes d'une rigueur intempestive.

J'ai déclaré que l'on ne poursuivrait que les malfaiteurs et les hommes qui, depuis qu'ils ont pu savoir le retour de l'Empereur dans sa capitale, resteraient en armes.

Il est bien essentiel que les préfets arrivent le plus tôt possible : dans ouelques jours, tout sera entière-

ment dans l'ordre, et il n'y aura plus qu'eux et la gendarmerie qui auront à faire pour le maintenir.

Je crois qu'il est nécessaire de réorganiser les compagnies de garde-côtes et de réarmer les batteries principales ; j'ai pensé que Votre Excellence ne désapprouverait pas les mesures que je prends à cet égard et dont j'aurai l'honneur de lui rendre compte demain.

Je la prie d'agréer l'hommage de mon respect.

Le lieutenant général, comte MouAND.

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