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Lettre du général Si/non à Napoléon

Bnstia, il'i avril iSiT).

En acceptant le commandement provisoire de la 23 division militaire que les circonstances ont mis dans le cas de me donner, je n'ai écouté que mon zèle pour le service de Votre Majesté, et je me suis seulement prêté à la nécessité du moment. Mais les choses doivent changer dès que V. M. sera informée des événements ((ui ont eu lieu ici. En conséquence, j'ai l'honneur de la prier de vouloir bien envoyer le plus promptement possible un officier général auquel je pourrai remettre le commandement, heureux si la bonne volonté dont j'ai fait preuve peut avoir été agréable à V. M.

En attendant que V. M. me fasse connaître ses intentions à cet égard, je crois de mon devoir de lui représenter qu'il est infiniment urgent qu'EUe envoie aussi très promptement ou un gouverneur militaire revêtu de tous les pouvoirs ou un préfet qui sera chargé de toute l'administration, car je ne dissimulerai pas à V. M. que ses intérêts soulïriraient beaucoup de la longue existence de la junte.

Ce corps, trop nombreux, est loin d'être composé aussi bien (|ue A'. M. peut le penser, et je présume

qu'Elle a été mal informée lorsqu'elle en a désigné les membres. Je crains fort que la junte ne désorganise, au lieu d'organiser, dans un pays où les intrigues l'emportent quelquefois sur la justice. Parmi ceux qui la composent, quelques-uns joignent à un grand dévouement à V. M. les talents et les connaissances nécessaires pour bien remplir leur mission. Tels sont MM. Arrighi, ex-préfet ; Giubega, ex-préfet ; Pietri, ex-préfet ; Stefanini, sous-préfet ; Morati, conseiller de préfecture. D'autres, quoiqu'avec de la capacité, jouissent d'une réputation équivoque et sont accusés hautement d'intriguer et de servir tous les partis suivant leurs intérêts ; on assure même qu'ils ont coopéré à la révolution anglaise de l'année passée et au pillage des magasins. Ceux-là sont MM. Bartoli et Gatfori de Corte. Ils ont malheureusement beaucoup d'influence sur les autres membres de la junte qui sont nuls et insignifiants.

Tel est, Sire, le résultat des observations que j'ai faites et des informations que j'ai recueillies dans une course que je viens de faire à Corte. Je les communique à V. M. avec la franchise qui convient à un soldat et à un sujet dévoué et fidèle. Qu'Elle daigne les prendre en considération et jeter un moment les yeux sur le pays qui la vu naître. Que ceux que l'opinion publique réprouve soient éloignés de la junte, ou plutôt que la junte soit dissoute et remplacée par iiiu' administration régulière. C'est le moyen d'opiMcr

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promptement le bien et d'assurer la tranquillité de ce pays où les passions fermentent et où les partis s'agitent.

Dans tous les cas, je prie V. M. de ne voir dans la hardiesse que je prends de lui parler de cette manière, qu'une nouvelle preuve de mon zèle et de mon dévouement à sa personne et à ses intérêts.

75. — Rapport de la commission d'exam,en sur le général Simon.

Dans le courant de février 1815, le général Edouard Simon fut nommé adjoint à l'inspection d'armes de la 23® division militaire. En s'embarquant à Toulon, il apprit l'arrivée de Bonaparte sur les côtes de la Provence et porta cette nouvelle à Bastia où il arriva le 14 mars. Le chevalier de Bruslart commandait en chef la Corse ; il retint près de lui le général Simon qui devait se rendre à Ajaccio.

Mais les émissaires de Bonaparte débarquèrent en Corse et révolutionnèrent ce pays. Le chevalier de Bruslart qui voulait conserver l'île au Roi, agissait en sens opposé aux intentions des autres chefs militaires et civils. Un conseil général, composé de militaires et d'autorités locales, se forma à la mairie de

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Bastia, et dans ce conseil il fut résolu de retirer le commandement au chevalier de Bruslart et de le confier au général Simon. Celui-ci fut soupçonné d'avoir été l'instigateur de cette révolution. Ce qui paraît le prouver, c'est qu'il a accepté ledit commandement au détriment du générnl Delaunay, plus ancien que lui, et qu'aussitôt qu'il fut proclamé commandant en chef, il fit reconnaître l'autorité de l'usurpateur.

Par deux lettres du 16 avril, il s'adressa à Bonaparte pour lui rendre compte de la révolution qu'il venait d'opérer en sa faveur au pays qui lavait vu naître. Ce dernier lui en fit témoigner sa satisfaction par son ministre Davout et le créa, par son décret du 22 mai, lieutenant-général. L'une de ces deux lettres commence ainsi : « En acceptant le commandement provisoire de la 23^ division que les circonstances ont mis dans le cas de me donner, je n'ai écouté que mon zèle pour le service de V. M. et je me suis seulement prêté à la nécessité du moment : mais les choses doivent changer dès que V. M. sera informée des événements qui ont eu lieu ici. » 11 donne des détails sur la situation de l'île, il signale les généraux Delaunay et Bruny comme ne reconnaissant d'autre autorité que celle du roi. il demande le remplacement de plusieurs autorités et l'envoi d'un général revêtu de pleins pouvoirs .

Le général Arrighi. duc de Padoue. fut envoyé gouverneur en Corse ; le "général Simon fut maintenu

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commandant. La division et son commandement qui dura jusqu'au 30 juillet, fut signalé par une foule d'actes arbitraires.

A sa rentrée en France, le ministre lui ordonna de fixer son domicile ailleurs que dans la l'*' division militaire.

7fi. Lettre d'un colonel

La guerre est inévitable. La France aura sûrement à lutter, comme l'année précédente, contre l'Europe. De toutes parts se montrent des faiseurs de projets, et le 1-i avril le Journal, de V Empire insérait un communiqué, invitant « les bons citoyens à faire un noble usage de leurs loisirs en faisant parvenir la vérité à ceux qui environnent le monarque». Voici une lettre qu'un colonel adi-esse sans doute au ministre de la guerre ou à quelque très haut fonctionnaire. Dit-elle vrai? Les colonels étaientils despotes à ce point? Y avait-il une telle corruption dans l'armée? La lettre, en tout cas, est curieuse. L'auteur avait raison de soutenir que les officiers subalternes el les soldats avaient entraîné les chefs supérieurs à se déclarer contre les Bourbons et il donnait un avis salutaire que Napoléon aurait bien fait de suivre : rajeunir le corn mandement.

Le tk avril i8i5.

Au moment où nous allons engager peut-être une lutte sanglante avec toute l'Europe conjurée contre la liberté d'un seul peuple, permettez à un vrai Français, à un homme dont l'unique pensée fut toujours dirigée vers la gloire et la prospérité de sa patrie, de vous

soumettre quelques observations qu'il croit importantes au salut de l'Etat.

En général, les officiers supérieurs et les généraux sont usés et éteints, ils ne désirent que la paix et un repos honorable qui les laisse jouir des traitements qu'ils ont acquis par vingt-cinq années de combats et de travaux ; la paix leur paraît le souverain bien et peut-être consentiraient-ils volontiers à la cession de quelques provinces pour obtenir l'objet de leurs désirs. Il y a sans doute d'honorables exceptions, surtout parmi les plus jeunes. Mais je n'envisage ici que les masses ; et il n'est malheureusement que trop vrai que les grades supérieurs qui devraient donner l'exemple du dévouement à la patrie, sont bien loin d'avoir l'élan et la noble énergie des officiers subalternes et des soldats.

Ce sont ces derniers qui ont entraîné le mouvement de l'armée en faveur de l'empereur Napoléon, malgré la résistance des chefs qui se sont décidés au dernier moment et en obéissant à l'impulsion des événements. 11 est probable qu'ils obéiraient encore, sans résistance, à une impulsion contraire. Ce n'est pas qu'ils soient attachés aux Bourbons ; mais ils soupirent après le repos et l'Empereur leur paraît peu propre à le leur procurer.

Les grades supérieurs ne comptent donc plus que des êtres purement passifs qui ne s'occuperont que de saisir un des débris du vaisseau brisé par la tempête,

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afin de sauver leurs personnes et leurs fortunes, mais incapables de ces mesures vigoureuses qui pourraient le conduire dans le port et le préserver du naufrage. Cependémt les chefs de corps exercent le despotisme le plus aflreux dans leurs régiments. Ils sont les uniques dispensateurs des grâces et des punitions. Un officier qui a le malheur de leur déplaire est sûr de n'avoir jamais d'avancement. Dès lors, plus d'envie de bien faire, plus d'émulation. Les corps se peuplent de flatteurs et de complaisants. Un colonel au milieu de ses officiers, n'est plus qu'un souverain absolu entouré de sa cour. Chacun brigue sa faveur, sans rien faire pour le bien du service et de l'Etat. Depuis sept ou huit ans que ce despotisme militaire pèse sur l'armée française, il ne s'est pas élevé un seul homme qui promette de remplacer ces fiers enfants de la Révolution, ces illustres maréchaux qui nous ont si souvent conduits à la victoire.

Si je jette les yeux sur l'administration, je découvre (les abus plus criminels encore. Il est très peu de chefs de corps qui ne fassent de leur régiment une métairie qui leur rapporte dix, quinze et jusqu'à trente mille francs de rente, plus ou moins.

Les Conseils d'administration ne sont plus que les très humbles valets des colonels, et un membre qui s'opposerait aux mesures dictées par le chef serait un homme noyé. Aussi ce dévouement ne se rencontre plus, et tous les Conseils d'administration ne servent

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qu à donner une sorte de sanction aux mesures arbitraires et rapaces des chefs de corps.

Croyez-moi, la corruption est générale. Interz'oj^o/. secrètement tous les officiers des rég'iments, tous les quartiers-maîtres et vous saurez bientôt qu'en penser.

Il est temps de mettre un terme à ces scandales. Nous avons besoin de rendre à notre armée toute son énergie et de donner les grades aux talents et au courage et non pas à l'intrigue et aux basses complaisances. Il faut ôter aux colonels et chefs de corps le pouvoir absolu dont ils ont fait un si mauvais usage et laisser désigner par leurs égaux tous les sujets susceptibles d'avancement à un grade supérieur et faire réduire ce choix à trois candidats par l'assemblée des officiers déjà pourvus de ce grade supérieur. Ces trois candidats seront présentés à l'Empereur qui en désignera un pour remplir la place vacante. Un individu présenté trois fois de suite serait élu de droit. C'est-àdire qu'il faut remettre en vigueur la Loi du 14 germinal an S.

Je ne signe point cette lettre. Ce n'est pas (|uc je craigne que l'on me conteste la vérité et l'impartialité des observations qui y sont contenues. Mais je ne veux pas que l'on me soupçonne de chercher à déprécier mes chefs et mes égaux pour m' élever au-dessus d'eux. Je propose de remettre en vigueur une loi à laquelle je crois qu'est attaché le salut de la patrie. Si je puis

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éti^e utile a mon pays, ce sera ma plus douce récompense et la seule que j'ambitionne. Mais je le répète, cette mesure est des plus importantes et mérite toute l'attention de Sa Majesté.

Un colonel de l année française.

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