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vont du nord au sud, sont presque à pic, mais n’ont pas de pétrifications. Ces roches offrent par suite peu d'intérêt au point de vue géologique. Elles fournirent au docteur Almaqvist d'excellents matériaux pour l’étude de la flore mycologique, jusqu'alors totalement inconnue de cette région. Vu la saison avancée, la récolte en phanérogames terrestres fut insignifiante, et le docteur Kjellman dragua vainement dans la mer pour y trouver des algues. Le monde animal était pauvre: sur mer on ne vit qu'un morse et quelques veaux marins; à terre on ne découvrit pas un seul mammifère, mais bien des trous et des sentiers de lemmings croisant le sol dans toutes les directions. Parmi les oiseaux, les phalaropes étaient les plus nombreux. On ne voyait à ce moment aucune habitation au voisinage
du point où le Véga était amarré, mais on aperce-
vait de vieux emplacements de maisons sur plusieurs parties du rivage. À un endroit, à l’embouchure d’un ruisseau qui n’était pas encore totalement tari ou gelé, le docteur Stuxberg découvrit une foule de tombeaux avec des ossements brûlés. L'incinération avait été si complète, que le docteur Almqvist ne put reconnaître que deux des fragments comme ayant appartenu à des êtres humains. Après l’incinération, les fragments d’os et la cendre avaient été réunis dans le creux et recouverts premièrement de tourbe puis de petites pierres plates.
C'était la première fois qu’un navire touchait à cette côte, et la venue du Véga était évidemment un événement notable pour les indigènes, qui
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s’empressèrent sans nul doute d’en répandre partout la nouvelle. Quoiqu'il n’y eût pas de tentes sur le rivage, il arriva bientôt des visites incessantes. Un fait remarquable est la conformité qui existe entre les ustensiles de ménage des Tschoutsches et ceux des Groënlandais. Cette conformité se reproduit souvent jusque dansles plus petits détails, comme le montr ent jusqu’à l'évidence les armes et les ustensiles que l'expédition s’est procurés par échange. Nordenskiold n'ayant pu employer dans les années 1875 et 1876. (expéditions au lénisséi) la bimbloterie qu’il avait achetée en faisant des échanges avec les indigènes qui acceptaient par contre avec empressement même du papier-monnaie, n’en avait malheureusement pas emporté cette fois-ci depuis la Suède, mais bien de l'argent russe. Impossible de l’écouler. Les Tschoutsches appréciaient infiniment moins un billet de 25 roubles qu'une enveloppe de savon de toilette fortement décorée d’enjolivures, et une pièce d’or ou d'argent que des boutons d’étain ou de laiton. Il ne lui fut possible de « placer » quelques pièces de 50 ore de Suède (70 centimes) qu'après les avoir percées d’un trou afin de pouvoir les faire servir de pendants d'oreilles.
Nordenskiold indique par suite, à l'usage des voyageurs futurs, que les marchandises les plus recherchées sont de grosses aiguilles à coudre et à raccommoder, des couteaux, surtout de gros calibre, des haches, des scies, des poinçons et autres outils en fer, des chemises de toile et de iaine de couieurs voyantes, quoique les blanches
trouvent aussi des amateurs; enfin, des fichus et du tabac. Il faut naturellement ajouter l’eau-de-vie, monnaie que possédait Nordenskiold, mais qu'il se garda hien d'employer. Pour de l’eau-de-vie, les Tschouches sont prêts à tout donner. Ce sont à part cela des marchands rusés et bons cultivateurs, et ils ont été habitués à l'être depuis leur enfance par suite du commerce d'échange dont ils sont les intermédiaires entre l'Amérique et la Sibérie. Plus d’une peau de castor vendue à la foire d’Irbit (Sibérie) a appartenu à un animal tué en Amérique, et a ensuite passé de main en main entre les populations sauvages des deux continents jusqu'à ce qu’elle parvienne enfin aux marchands russes. Ce Commerce d'échange se fait à une espèce de foire sur l’île d’Ilir dans le détroit de Behring. Ilir n’est toutefois que l’une des stations intermédiaires. Le voyageur russe Dittmar raconte que sur la place de commerce d'échange la plus lointaine de l’Amérique polaire, une peau de castor ne se paye parfois qu’une feuille de tabac.
Le tabac est un article général de consommation, Tous les hommes (et même les femmes quand elles le peuvent) fument des pipes toutes particulières que les hommes portent toujours sur eux avec le briquet, la pierre à fusil, l’amadou et la Llugue. Ces pipes sont très petites. La matière employée est parfois du tabac, parfois un succédané dont Nordenskiold a apporté quelques échantillons. La pierre à fusil est une agate. Quant à l’amadou, il est d’une autre espèce que celle employée en Europe. Pour allumer le feu, on emporte ordinairement
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des tresses de fibres végétales obtenues par la mastication de brindilles d'arbres ou d’arbuste. On mâche également le tabac ou son Succédané. Lä « chique », dûment nastiquée, est ensuite placée derrière l'oreille pour y être séchée, puis employée comme tabac à fumer. Les Tschoutsches ne se S:rvent pas de sel, mais tous aiment beau- COUp le sucre. Le café ne leur plaît pas s’il n’est très fortement sucré. Ils prennent volontiers du thé.
Le docteur Almqvist qui à examiné une foule.
d’indigènes au point de vue du sens des Couleurs, les a presque tous trouvés en possession de la vue normale. Pour les éhCOurager à se soumettre à ses expériences, il leur offrait, l'examen terminé, un verre de cognac de 1 1 /2 pouce cube (0,5 décilitres) pour commencer. Beaucoup s’en trouvaient déjà légèrement gris, gais, joyeux, titubants, mais sans (avoir le cognac mauvais ».
Quelques indigènes portaient autour du cou des amulettes dont ils ne voulaient pas se dessaisir. Jn homme avait même une croix grecque, et paraissait avoir été baptisé, mais SOn Christianisme n'était pas des plus fervents ni des plus éclairés, 11 faisait entre autres avec infiniment de zèle le Signe de la croix dès qu’il apercevait le soleil. L'expédition ne
Put du reste découvrir chez ces populations ni religion ni coutumes religieuses. Le costume des hommes se compose d’une ou de plusieurs tuniques en peau de renne ressemblant à celles des Lapons. En temps de pluie ou de neige, ils passent pardessus ja tunique une chemise de peau d'intestins,
ou, pour se faire plus beaux, une chemise de coton nommé par eux « calicot ». La coiffure se compose d’un bonnet orné de perles et serré sur la tête. Cependant la plupart des hommes et des femmes allaient encore tête nue. En hiver, on passe pardessus la tête un capuchon de peau à long poil que l'on coud sous le menton, et qui descend sur les épaules par-dessous la tunique extérieure. Les chaussures sont des mocassins avec semelles de cuir de morse, en hiver, parfois de peau d'ours, et en ce cas avec les poils en dehors. Le costume des femmes se compose detuniques très larges, cousues par le bas de manière à former de larges pantalons qui descendent jusqu'aux genoux. La partie inférieure des manches est large et ouverte, comme c’était la mode en Europe, il y a quelques périodes décennales. Dans la tente inférieure, les femmes étaient entièrement nues à l'exception d’une étroite ceinture autour de la taille, probablement un souvenir du costume que le peuple tschoutsche portait jadis lorqu’il habitait des climats plus doux. Leurs cheveux sont longs, divisés par une raie et tressés ordinairement ; les hommes les portent ras à l’exception du bord extrême de la chevelure qu’on laisse de la longueur d’un pouce, et qui, sur la partie frontale, se rabat au moyen du peigne. La même coutume était si fort à la mode il y a deux siècles parmi les Indiens de l’intérieur de l'Amérique du Nord, que le célèbre missionnaire Hennequin gagnait les bonnes grâces des Squaws et se procurait des vivres en rasant le front de leurs enfants. La plupart des hommes ont les
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oreilles décorées de perles ou d’autres ornements. Les femmes sont tatouées de deux raies ou Stries bleu-noir convexes allant de l'œil au menton, de chaque côté du visage, de quatre autres stries se réunissant des deux côtés de la bouche et de quelques enjolivements curieux sur lé joue. Parfois, les hommes sont peints d’une croix latine noire obliquant sur la joue avec une matière colorante rouge-brunâtre.
La nuit du 9 au 10 Septembre, la surface de la mer 8e couvrit d’une croûte assez épaisse de glace nouvelle. Quant à la glace flottante, elle paraissait s’être un peu dispersée. Le Véga démarra donc et poursuivit sa route. On dut commencer par faire un détour vers l’ouest afin de contourner un grand Champ de glace flottante. Bientôt, cependant, le chemin se trouva barré par une bande de vieille glace, si fortement réunie par la xlace de la nuit, que l'on dut empioyer deux heures à se frayer un chenal à coups de hache et de pic. Cette bande passée, l’eau se trouva passablement ouverte, mais bientôt la brume devint si dense, que pour ne pas s’égarer l’on dut s’amarrer à une glace de fond un peu à l’ouest de la nuit précédente. La nuit du 10 au 11 Se fit remarquer par l'agitation violente de la glace. Heureusement l’air s'éclaircit vers le matin, et l’on put recommencer à march:: dans une glace passablement brisée, jusqu’au moment Où la nuit vint forcer le Véga à s’amarrer comme de coutume à une glace de fond.
Le 12, après être parvenu à une distance assez considérable de l’autre côté d’Irkaïpi ou du Cap
156 LETTRES DE NORBENSKIOLD
Nord, on rencontra une glace si serrée que l’on ne put aller plus loin. On se fraya avec difficulté un passage jusqu’à terre, où l’on amarra le navire à une glace de fond échouée près de la pointe la plus septentrionale du Cap précité.
La mer est très profonde jusqu’à l'extrémité même du cap, mais un gros temps qui agitait avee violence les glaces autour du mouillage, força le commandant de faire entrer le Véga dans une petite anse formée par deux pointes rocheuses se projetant vers le nord. L'expédition fut malheureusement retenue dans cette anse jusqu’au 18 septembre.
Le cap où e!le se trouvait est généralement désigné dans les cartes sous le nom de cap Nord, nom impropre à tous égards, vu la foule de caps du même nom que l’on rencontre dans ia plupart des pays côtiers. Il est, en outre, incorrect, car le cap en question ne forme l'extrême pointe septentrionale ni de la Sibérie tout entière, ni mème d’une partie plus ou moins considérable de cette immense région. La pointe la plus sptentrionale du continent sibérien, c’est le cap Tscheljuskin ; la plus septentrionale de celles situées dans les parages à l’est de la Léna est le cap Svjatoïhos ; la plus septentrionale des côtes à l’est de Tschaunbay est le cap Schelagskoj, etc. Il y aurait donc toute cause d'échanger contre le nom indigène de cap Irkaïpi cette malencontreuse dénomination de cap Nord, due à la circonstance que ce fut la plus septentrionale de toutes les pointes de la Sibérie vue par Cook dans son voyage au nord du détroit de Behring, il y a environ cent ans.
£ Irk se t On tige aya gloI Tsel îles non quel pièr ce r Le exéc d'ha enp avoll Elles de b.
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Sur l’isthme qui relie à la terre ferme le cap Irkaïpi, comme Nordenskiold l'appelle désormais,
se trouvait un village composé de dix-huit tentes.
On y voyait, en outre, des ruines, ou des vestiges d’une masse d’anciens terrains d'habitations ayant appartenu à un peuple qui occupait cette région il y a quelques siècles et qui, au dire des Tschautsches, en fut chassé par eux dans quelques iles lointaines de la mer Polaire. Ce peuple se nommait Onkilon, suivant Wrangel, qui rapporte quelques légendes très romanesques sur ces dernières luttes, lesquelles auraient eu pour théâtre ce rocher qui descend à pic dans la mer.
Le lieutenant Nordqvist et le docteur Almaqvist exécutèrent des fouilles dans ces anciens terrains d'habitations, où ils recueillirent divers ustensiles en pierre et os. Les habitations mêmes paraissaient avoir formé des groupes plus ou moins grands. Elles avaient été construites, en partie du moins, de bois flotté et d’os de baleine, le tout recouvert de terre. De longues galeries les mettaient en communication entre elles et avec l'extérieur. Leur construction se rapprochait, suivant toute probabilité, de celle des habitations appartenant à la tribu indienne Indgeletes établie à Norton-Sound, reproduites par F. Whymper dans son voyage à l'Alaska,
Les amas de rebuts de cuisine et autres (kjokkenmoddings) existant au voisinage de ces ruines, conlenaient des os de baleine, de morse, de phoque, de renne, d’ours, de chien, de renard, de dauphin blanc (delphinapterus bucas) et de diverses espèces
F| :, T4 LT ja
d'oiseaux, ainsi que des ustensiles et des outils en pierre et en os. Quoique tous ces objets eussent été enfouis pendant 250 ans dans la terre, on n’en rencontrait pas moins des outils en pierre encore enfoncés dans leurs manches en bois, et même les courroies avec lesquelles la hache avait été liée au manche ou tenue fixe dans ce dernier. Comme chez les Tschoutsches ‘actuels, les dents de morse fournissaient aux anciens habitants de ces lieux une matière propre à remplacer au besoin le fer dans la confection des pointes de lance, des têtes de flèche pour le tir des oiseaux, des hamecçons, des hachettes à glace, etc. On employait pareillement sur une grande échelle les os de baleine êt même peut-être aussi de mammouth. Les premiers étaient abondants. Plusieurs de ces anciennes habitations servent actuellement aux Tschoutsches de caves à lard, et des fouilles paraissaient avoir eu lieu Gans les 4jokkenmoddings voisins pour en retirer les dents de morse qu’ils pouvaient contenir.
On rencontra deux ruines d'habitations du même genre au sommet des éboulis d’Irkaïpi. Ces habitations avaient probablement été construites pendant les luttes qui précédèrent l'expulsion des Onkilong. Les pentes de la montagne étaient émaillées sur plusieurs points de grandes collections, tant d’une masse de crânes d’ours recouverts de mousse, groupés en cercle, le museau tourné vers l’intérieur, que de crânes de renne, d'ours et de morge entremêlés et formant des cercles moins réguliers ; au milieu, on apercevait des amas de bois
38 outils en ts eussent re, On n’en
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DU 25 NOVEMBRE 4878 au 20 Février 1879 159
de renne. Ces bois étaient mêlés à des frontaux, conservant encore une partie de la corne d’élan ou d'une grande espèce de cerf. A côté des autres 08 gisaient d'immenses quantités de temporaux de veaux marins. C’étaient les seuls restes de cet animal que l’on rencontrât, preuve que les temporaux en question ne constituaient pas les derniers débris de crânes décomposés, mais bien des fragments de crânes ayant servi spécialement à des offrandes. L'&bsence d’ossements humains dans le voisinage, et les assertions des indigènes que ces collections ostéologiques dataient du temps des Onkilons, jusüifient l’admission que les points où elles se trouvent ont été d'anciens lieux de sacrifice.
Des relations très amicales naquirent bientôt entre l'expédition et les membres de ce campement ischoutsche de l’anse d’Irkaïpi. Un personnage assez gras, de haute stature, d’une taille remarquable et d’une belle figure, portant le uvm de Fschepurin, paraissait être le chef du village. On lui offrit à plusieurs reprises l'hospitalité à bord, où de petits cadeaux donnés et reçus contribuèrent grandement à resserrer la bonne entente et à entretenir l'amitié. Fschepurin avait pour le clinquant une faibiesse évidente, que son commerce d'échange avec nous permit de contenter à un degré dont il lui eût, sans nul doute, été impossible de se faire une idée. A sa visite au Véga, l’un des derniers jours du repos forcé de l'expédition dans ces parages, il se présenta revêtu d’une chemise de laine rouge passée par-dessus sa tunique extérieure, De chaque oreille pendait une chaîne de
montre dorée, à l’extrémité inférieure de laquelle était fixée une petite monnaie d'argent suédoise de 10 ore (14 centimes), percée d’un trou. Il avait deux femmes, qui vivaient en parfaite intelligence dans la même tente, munie de deux alcôves intérieures séparées.
La roche dominante au cup 1rkaïpi est une formation plutonique ressemblant à du gabbro, Elle alterne, sur la côte occidentale du Cap, avec un schiste contenant des traces de pétrifications, probablement des graptolithes. La drague fournit [1 quelques algues à Kjellman, tandis que: la récolte (LE de son collègue le zoologiste fut à peu près nulle,
par suite de la condition défavorable du fond de la mer.
Entre autres excursions, Nordenskiold en fit une à une montagne d’enviror. 400 pieds (119 mètres), située non loin du mouiliage. On avait de là une vue étendue sur la mer; celle-ci était recouverte sur toute sa surface d’un champ de glace flottante non interrompu, à l'exception de la partie la plus rapprochée du rivage, où l’on voyait un chenal libre qu'une bande de glace barrait toutefois sur plusieurs points d’une façon peu rassurante. La roche plutonique qui forme la montagne a été presque partout divisée à un degré tel par l’effet de la gelée, que la surface même de la montagne n’est plus qu'un amas gigantesque de blocs anguleux. Les pierres étaient recouvertes du côte du vent d’une croûte de glace vitreuse facile à détacher, évidemment formée par du brouillard dont les gouttelettes avaient été refroidies considérablement au-dessous
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du point de congélation, sans qu'elles se fussent pour cela transformées en glace, Cette transformation n’a lieu que du moment où elles entrent en Contact avec de la glace, de la neige ou avec un objet dur et anguleux.
Le même phénomène revêlit, pendant les jours suivants, les agrès du Véga de glaçons si formidables et de couches de glace tellement épaisses, que la chute des uns ou des autres sur le pont n'aurait pas été sans danger pour ceux qui se seraient trouvés dessous.
Le 18 septembre, on ne voyait encore aucun ‘hangement dans la position de la glace. Il n’y avait plus à tarder, si l’on voulait éviter LU hivernage. On leva l’ancre, et le Véga se remit en marche dans le chenal, courant le long de la côte par une profondeur d’environ 3 1/2 à 4 1/2 brasses (624 à 7°02) d’eau. Le Véga tire de 16 à 17 pieds (475 à 505). Il n'avait done que quelques pieds d’eau sous la quille, et cela au milieu des glaces, dans des parages totalement inconnus. À la ‘ istance de 10 à 12’ du mouillage qu’il venait de quitter, il rencontra une bande de glace qu’il ne traversa qu'avec une peine infinie, et grâce seulement a chocs redout bles que son avant eut la force de Supporter. On entra dans des eaux souvent moin: profondes encore que les précédente: Jusqu'à ce qu'à huit heures du soir le Véga alla frapper contre une glace de fond. L'eau était en baisse, et l’on ne put se dégager que le matin suivant, après avoir débité à grands coups de hache et de pic une partie considérable de la glace à laquelle le navire s’était
accroché. Quelques tentatives en vue de faire sauter Ja glace avec de lu poudre échouèrent, La dynamite est infiniment plus efficace dans ce but, et l’on en devrait toujours emmener avec soi partout où l’on s'attend à la nécessité de se frayer un passage à travers des bandes de glace.
Le 19, même marche le long de la côte, dans une eau calme et, en général, peu profonde, entre des glaces de fond qui présentaient souvent les formes les plus pittoresques. Il n'existe pas de vraies montagnes de glace dans ces parages. Vers la fin de la journée, on rencontra de nouveau une glace très basse, formée dans les rivières ou dans les golfes à entrée étroite, et l’on se trouva .dans une eau peu salée dont la température dépassait légèrement 0° centigrade.
Après avoir passé la nuit amarrés à une grande glace de fond, les navigateurs poursuivirent, le 20 septembre, leur route presque exclusivement entre une glace basse et sale, qui ne paraissait pas avoir subi, l'hiver précédent, un entassement bien considérable. Cetteglace, s’enfonçant à une moindre profondeur quela glace de fond bleue, et, par suite, pouvant se rapprocher davantage de la côte, était un grand inconvénient pour le Véga avec son fort tirant d’eau. Bientôt l’on arriva à un point où la glace s’était si fortement pressée contre terre, qu'il ne restait plus qu'un couloir d’eau libre de 12 à 15 pieds (3° 56 à 4" 45) de profondeur, immédiatement le long du rivage. Après quelques heures de marche, on dut s’amarrer de nouveau à une glace de fonû pour attendre descirconstances plus favora-
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DU 25 NovemBre 4878 au 20 révrien 1879 163
bles. Le ventavaitsauté de l’ouestaunordet au nordouést. La température devint plus douce et le temps tourna à la pluie, signe que de grandesétendues d’eau libre devaient se trouver au nord et av. nord-ouest du Véga. La nuit du 20 au 21, forte pluie par le vent du nord-nord-ouest et une température de plus de ?° centigrades. On essaya de découvrir plus au large un point où ii fût possible de romprela glace qui poussait contre terre. Cela ne réussit pas, peut-être par suite de la brume excessivement épaisse qui régnuit. C
Le 22, Nordenskiold et Palander firent sur la chaloupe à vapeur une excursion dans le but d’exécuter des sondages vers l’est. Ils réussirent bientôt à trouver un chenal suffisamment profond, pas trop obstrué de glace, et le 23, le Véga reprit sa course au milieu d’une glace flottante très serrée, souvent si près de terre qu’il n’avait qu’un pied d’eau (0" 30) sous la quille. On avançait néanmoins, mais avec lenteur.
La côte formait ici une plaine abondante en herbe, encore libre de neige, s’élevant du côté de l'intérieur vers des montagnes ou des hauteurs à déclivité lente. Le rivage était parsemé de quantités assez considérables de bois flottant et l’on voyait çà et là des vestiges d'habitations d’Onkilons. La nuit du 23 au 24, on s’amarra à une glace de fond dans une ouverture assez grande du champ de glace, mais qui se ferma pendant la nuit, Ce désagrément arrêta le Véga jusqu'au 27, jour où il put enfin reprendre sa course, lentement dans ie début, puis plus rapidement, & mesure que l’on entra dans une
EH
eau suffisamment ouverte, jusqu’à une pointe de terre désignée par les cartes sous le nom de cap Onman. Les indigènes qui visitèrent le nayire donnaient la même appellation à ce cap.
La glace rencontrée dans la journée était en outre plus épaisse qu'auparavant, pure et d’un blanc bleuâtre.
Le 27, on continua à s'avancer par des eaux assez libres jusqu’à Koljutschin Bay, pris, en décrivant une courbe considérable, on traversa le golfe, à la pointe nord-est duquel l’ancre fut jetée deux heures avant le coucher du soleil. On fit une
excursion à terre, le lieutenant danois Hovgaard
alla sur la chaloupe à vapeur sonder les eaux voisines et l’un des pêcheurs baleiniers reçut l’ordre d'examiner la position de la glace d’une hauteur voisine.
Rendons maintenant la parole à M. Nordenskiold lui-même :
rieu Koli Cou veille ence cle € calnr ditp cons se tr liens
Lo baie haut était resta Le V
(1) ( Est, € Elle e
pointe de m de cap iyire don-
ait en ou- ’un blanc
des eaux s, en déaversa le fut jetée )n fit une 1ovgaard aux Voiit l’ordre hauteur
Nordens-
LETTRE OCUATRIÈME
Hivernage du 27 septembre au 1er avril 1879.
Le Véga atteignit le 27 septembre la côte inté-: rieure du promontoire qui limite à l’est la baie de Koljutschin. Nous avions certainement dans le courant du jour traversé souvent de la glace nouvellement formée, mais nulle part, celle-ci n’était encore assez forte pour pouvoir opposer un obstacle complet à la marche au navire. Le temps était calme et beau; la température extérieure descendit pou au-dessous de zéro. Rien n'annonçait par conséquent que dans des jours peu éloignés la mer se trouverait sérieusement emprisonnée dans ses liens d'hiver.
Lorsque le Véga s’approcha de la côte est de la baie de Koljutschin on pouvait s’apercevoir du haut de la vigie du navire que la glace flottante était si rapprochée de l'extrémité du Cap qu’il ne restait qu’une étroite rigole ouverte près de la côte. Le Véga eut à en souffrir dès le soi même et nous
(1) Cette lettre, quiformeun rapport sur le passage du Nord- Est, est adressée par M. Nordenskiold à M. Oscar Dickson. Elle est partie de Yokohama (Japon), le 4 septèmbre 1879.
craignions que ce filet d’eau n’eût pas une profon- glac
4 deur suffisante pour livrer passage à un navire déjà (Al dont le sillage était considérable. | nou: : Nous primes des mesures pour pouvoir effectuer nous des sondages et la goëlette se tint le plus près pos- Il
( sible du rivage. Je profitai moi-même de ce retard rivé ï pour me livrer à quelques recherches et pour faire jour: ll une excursion dans cette région à peu près incon- bloc 1 nue sous le rapport scientifique. Quand je revins sorti de cette course, j’appris que l’on s’était assuré que Æ vora
les eaux navigables le long de la plage étaient suf- Co
fisamment profondes et que des hauteurs du cap suffi:
on voyait une rigole d’eau ouverte et assez étendue notre
le long des côtes. Tout le monde se coucha done D bien
avec la ferme espérance que le lendemañs nous les ai
pourrions franchir une bonne partie de l’espace qu'à
peu considérable qui nous séparait encore de e re
l'océan Pacifique. sions
La journée du 28 septembre se montra avec un avee
temps clair et continu, La mer s’était pendant la les jo
nuit couverte d’une couche de glace nouvelle de ment
cinq centimètres d'épaisseur, ce qui d’ailleurs ne à un
formait en soi-même aucun obstacle pour Le Véga bien
que poussait sa machine à vapeur. L’ancre fut le- nous
vée et nous nous remîmes en route. Tout allait au que &
gré de nos désirs quand, à quelques kilomètres sur le
plus à l’est nous arrivâmes à la pointe du cap Kol- voyag
jutschin. No
Là, la mer commença à se montrer mauvaise, surar
néanmoins le Véga s’engagea dans ces eaux, Il de- glace
venait nécessaire d’aller chercher plus loin des quelc
eaux navi$ables afin de sortir du pêle mêle des ble p
Le profonin navire
effectuer près posce retard Jour faire ès inconje revins ssuré que aient sufrs du cap z étendue cha done die fous > l'espace ncore de
| avec un ndant la uvelle de Ileurs ne r le Véga re fut leallait au lomètres cap Kol-
nauvaise, ax. Il deloin des mêle des
glaces flottantes; malheureusement celles-ci étaient déjà si fortement soudées eatre elles par la glace nouvellement formée, que toutes les tentatives que nous fimes pour passer au travers furent vaines.
Il devint ainsi nécessaire, comme cela était arrivé d’ailleurs déjà bien des fois dans les derniers jours de notre voyage, de nous amarrer contre un bloc de glace compacte du fond et d’attendre pour sortir du milieu des glaces, des conditions plus favorables.
Convaincu que quelques heures de vent du sud suffiraient pour disperser les glaces qui barraient notre route et m’appuyant sur ce fait qui m'était bien connu, que maintes fois des baleiniers, dans les années précédentes, n’avaient quitté ces régions qu'à la mi-octobre, je m'’inquiétai d’abord peu de # retard qui nous permettrait de faire des excursions dans l’intérieur et de nous mettre en rapport avec les mdigèmes. Ce fut seulement lorsque je vis les jours £e succéder sans apporter aucun changement, que jé compris la nécessité de nous résigner à un hivernage. C’était un accident inattendu ; mais dien que cela constituât un événement désagréable, nous l’acceptâmes avec résignation en songeant que si nous étions arrivés quelques heures plus tôt sur la côte orientale de la baie Kokjutschin, notre voyage se serait achevé sans encombre.
Notre situation, du reste,: n’était nullement rassurante. Le Véga était enfermé dans sa prison de glace sans être amarré dans un port ou un refuge quelconque : dans l’attente d’une occasion favorable pour poursuivre notre route, nous l’avions sim-
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SR & ë re mi
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* + ie ; 5 < à de % TR ——— nee ec En pee 2e ne PCs
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plement accroché derrière un massif de glace de fond échoué à 1,400 mètres de distance de la terre dans une sorte de rade parfaitement ouverte vers ie nord. Nous étions par 74° de latitude ouest.
Noire navire courait le danger de succomber à ces violentes pressions de glaces que les tempêtes d'hiver produisent fréquemment dans les mers polaires ; nous n’avions pour bouclier qu’un bloc de glace échoué et retenu dans ie fond, mais que rien ne protégeait contre les hautes eaux. Du reste, il s’en fallut peu que le port d’hivernage du Véga ne devint pire encore. Notre navire était d’abord retenu entre quelques autres blocs de glace qui étaient venus échouer à 200 mètres plus près de terre; mais il fut déplacé de là et n’eut bientôt plus que quelques pouces d’eau sous la quille. Si nous étions restés dans cette position, nous avions tout à redouter; en effet, les glaces nouvellement formées furent jetées et pressées par les tempêtes d’automne contre le gros bloc de glace dont la partie supérieure se fendit et éclata en mille morceaux dans une épaisseur de près d’un demi-mètre. Si le Véga était resté là, il eut été mis en pièces dès le commencement de l’automne.
La glace compacte dans laquelle notre navire fut définitivement emprisonné avait une longueur de 40 mètres sur 25 mètres de large. Sa plus grande hauteur s'élevait à 6 mètres au-dessus du niveau de l’eau. Ce n’était pas, on le voit, une barrière extrêmement forte ; mais cela n’en con:ititua pas moins une bonne défense pour le navire. Cette glace persistante ne resta pourtant pas toujours
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LETTRE QUATRIÈME 169 immobile autour de nous; plus d’une fois le champ
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violentes tempêtes d'automne. Des bruits et d’affreux craquements se faisaient entendre de temps en temps dans les flancs du navire, ce qui prouvait surabondamment qu’il n'était pas à l’abri des pressions ; cependant aucune avarie sensible n’en résulta bien que, quand les grands froids d'hiver
se firent sentir, l’on entendît de fortes détonations
et que des fissures se manifestassent dans la coque, par des infiltrations qui se convertissaient immédiatement en glace.
Notre port d’hivernage était situé à 67° 7! latitude nord et173°1/2 longitude ouest (Grenwich) (171° 11! Paris). La terre voisine formait une vaste plaine faiblement ondulée, limitée au sud par des éminences lointaines qui s’élevaient suivant une pente peu rapide et qui, plus loin dans l'intérieur, au dire des indigènes, doivent atteindre une hauteur considérable. La plaine est en grande partie entrecoupée de vastes lagunes qui étaient séparées de la mer par des couches de glace et de hautes digues de sable.
Lors de notre arrivée, le terrain ondulé était couvert de givre et de gelée blanche, mais il était encore libre de neige; c’est ainsi que nos botanistes purent se faire une idée de la flore jusqu’alors inconnue de ce päys. Vers l’intérieur commençait un terrain aride, tout formé de graviers, et couvert seulement d’une mousse noire aux formes tortueuses et de quelques fleurs, parmi lesquelles l’Armenia siberiaca était la plus commune.
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En se dirigeant vers le sud, on arriva à une zone
- coupée de lagunes et de petits lacs dont les bords
étaient couverts d’une végétation luxuriante formée de diverses espèces de graminées et de laîches.
Danstouteslesterresenvironnantes se montraient des affleurements de gneiss et d’oiérite, propres à fournir des terres plus riches que les maigres collines de sable voisines de la mer; on y voyait les traces d’une bonne végétation. Là on rencontra des bouquets d’osier en broussailles, de grandes platesbandes de camarine noire, d’andromèdes et de fortes touffes d’une espèce d’armoise. Au milieu de tout cela, avait poussé en été, ainsi qu’on pouvait le constater par les débris végétaux gelés et dessé-
. chés que le docteur Kjellmann avait recueillis en
automne, une collection bigarrée d’espèces de plantes et de fleurs dont une partie est bien connue comme appartenant à nos plantes indigènes. Tels sont les arbousiers, les pissenlits, les avrettes, etc., tandis que les autres sont spéciales aux régions du Nord.
Cette partie du voyage de M. Nordenskiold et de ses Savants compagnons ayant été élégamment traduite par M. Krammer, nous lui emprunterons encore les pages qu’il a publiées dans l’£xploration, et nous reviendrons à la traduction que nous a confiée M. Maunoir, pour compléter ces précieux documents.
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VILLAGES TSCHOUTSCHES
Sur la dune de triste apparence séparant les lagunes de la mer, se trouvent deux villages tschoutsches. Le plus rapproché du Véga portait le nom de Pitlekaj, Au commencement de l’automne, il se composait de sept tentes; mais le manque de vivres força les habitants à l’abandonner les uns après les autres pendant l’hiver, les derniers en février, pour une région plus poissonneuse située plus près du détroit de Behring. Ils : n'emporièrent avec eux que les objets les plus indispensables, vu qu'ils avaient l'intention d’y retourner à l’époque où la chasse redeviendrait abondante.
La seconde station tschoutsche, Finretlen, était plus rapprochée de la pointe de Koljutschin Bay, et comptait également à notre arrivée sept tentes, dont les habitants paraissaient se trouver dans de meilleures conditions économiques que ceux de Pitlekaj. Is avaient fait une chasse plus abondante pendant l'automne et rassemblé de plus amples provisions. Par suite, il n’en émigra qu’un très petit nombre pendant l'hiver.
Les stations indigènes suivantes, plus éloignées de notre hivernage, ne l’étaient cependant pas assez pour que nous n’eussions souvent la visite de leurs habitants. C’étaient :
Pidlin, sur la côte orientale de Koljutschin Bay, 4 tentes;
Koljutschin, sur l’île du même nom, 25 tentes;
Ryraitinop, situé à 6 kilomètres à l'est de’Pitlekaj, 3 tentes ; a
Zrqunnuk,7 kilomètres à l’est de Pitlekaj, 10 tentes, dont il n’en restait cependant que 4 en février. Les habitants des autres tentes étaient allés chercher une meilleure pêche plus à l’est.
Il est difffcile d'indiquer le nombre des individus appartenant à chaque tente, vu que les Tschoutsches étaient continuellement en visite les uns chez les autres pour l’amour de la belle conversation et des com mérages intimes. Ce nombre peut cependant être fixé en moyenne à cinq ou à six. En y comprenant les insulaires de l’île Koljutschin, un total d'environ 200 indigènes habitaient en congéquence le voisinage de notre station d'hiver.
A l’époque où nous fûmes enfermés, la glace la plus rapprochée du rivage était trop faible pour porter un piéton, et grande était en conséquence la difficulté de parvenir de terre au navire avec les moyens dont disposaient les Tschoutsches. Il se produisit done un remue-ménage des plus prononcés dès que les indigènes nous eurent aperçus. Hommes, femmes, enfants et chiens couraient tumultueusement le long du rivage. On craignait évidemment de voir disparaître cette excellente occasion de se procurer par échange de l’eau-de-vie et du tabac. On essaya vainement, à plusieurs reprises, de mettre des embarcations à l’eau, jusqu’à ce que l’on réussit enfin à traîner un bateau à un chenal libre ou tout au plus recouvert d’une mince couche de glace, qui conduisait au voisinage du
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tout le bénéfice possible du manque profond d’ « esprit pratique » dont les Européens faisaient sans doute preuve à leurs yeux. |
Il était évident qu'ils ne considéraient pas de petites tromperies à cet effet comme des fautes, mais bien comme des mérites. Ainsi, ils nous vendaient de temps à autre deux fois la mème chose, toujours ils étaient prodigues de promesses qu'ils ne pensaient jamais à tenir, et souvent ils essayaient de nous « mettre dedans » sur la nature des objets qu’ils nous offraient en vente.
A plusieurs reprises ils nous présentèrent, comme des lièvres, des corps de renards qu’ils avaient écorchés et auxquels ils avaient enlevé la tète et les pieds, et c'était chose fort amusante que leur étonnement profond en apercevant que nous découvrions immédiatement leur supercherie.
L'ignorance totale que les Tschoutsckes avaient de l'argent, et le peu de monnaie d'échange à leur goût que nous possédions, nous forcèrent du reste à tenir une partie de nos marchandises à un taux élevé. A la grande stupéfaction des indigènes on n’achetait pas à bord du Véga les marchandises ordinaires des terres polaires, les fourrures et le lard de baleine ou de phoque. Nous nous procurâmes, à la place, par échange, une collection complète d'armes, de costumes et d’ustensiles. Les collectionnements de ce genre se faisaient exclusivement pour le compte de l’expédition, et dans la règle, tout collectionnement pour compte privé d'objets d'histoire naturelle et d’ethnographie était formellement interdit.
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flotté, des vertèbres res os de baleine, Ils échangeaient tout cela contre du pain. On payaïit une charge © cinq rondins de 4 à 5 pouces (12 à 15 cent.) de diamètre et d’une brasse (1 m. 78 €.) de longueur, de 2 ou de 3 biscuits de mer, c'està-dire d'environ 250 grammes de pain, une vertèbre de baleine d’une somme égale, etc. Deux jeunes indigènes prire.. en outre peu à peu l'habitude de se présenter chaque jour à bord pour y faire, naturellement sans trop «: éreinter », une espèce de service domestique. Le cuisinier devint leur patron, et en dédommagement partageait avec eux les restes des repas. Une quantité si considérable de nourriture fut ainsi distribuée pendant l’hiver de la façon mentionnée ci-dessus, ou encore à litre gratuit, que nous contribuâmes d’une manière très essentielle à alléger la famine qui menaça la population vers le milieu de l'hiver. Aucun des indigènes du voisinage de la station du Véga n’était chrétien. Aucun ne parlait une langue européenne, si même quelques-uns savaient deux ou trois mots d'anglais ou pouvaient dire un mot de salutation en russe. C'était une circonstance dés
gréable qui nous causa beaucoup d’embarras. Le lieutenant Nordqvist se mit immédiatement à y remédier en étudiant leur langue, et cela avec un zèle et un succès tels, qu’il put se faire assez bien comprendre au bout de quelques semaines.
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