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qu'ils n’eussent reçu aucune éducation. Tous étaient païens. Le défaut de temps et l'ignorance de la langue nous empêchèrent pourtant de les interroger sur leurs notions religieuses, si toutefois on peut donner ce nom à la grossière superstition à laquelle ils semblaient être attachés. Ils sont moins adonnés à l’eau de vie que les Tschoutsches. D’ailleurs, tout commerce d’eau-de-vie avec les sauvages parait être prohibé du côté de l'Amérique et la loi est strictement observée.
Pendant notre séjour dans la presqu'île tschoutsche, nos ressources étaient très faibles en objets propres aux échanges. Aussi me fut-il souvent dificile de déterminer un Tschoutsche à m’abandonner un articie de ménage que je voulais acquérir. Ici, au contraire, j'étais riche, grâce au superflu de nos provisions d'hiver. J’en profitai pour acquérir un belle et complète collection d'objets ethnographiques choisis. Parmi ceux-ci, je citerai de belles gravures et sculptures sur os, diverses pointes de flèches et d’autres instruments de pierre, fabriqués avec une sorte de néphrite si semblable à celle de la haute Asie que je suis tout disposé à croire que ces instruments viennent de là.
Sur le côté nord du port on trouve une vieille fabrique d'huile de baleine, d’origine européenne ou américaine, aujourd’hui abandonnée. Dans le voisinage se trouvaient deux tombes d'Esquimaux. Les cadavres avaient été exposés sur le sol sans cercueil, mais ils étaient entourés d’une palissade faite de piquets de tente entrecroisés et fichés
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en terre. À côté de l’un des corps était un kaïak, un fusil à deux coups chargé, diverses autres armes, des vêtements, un briquet, des chaussures pour la neige, des vases à boire, des masques en bois et des animaux monstrueux grossièrement sculptés. Nous vimes des objets semblables dans les tentes. Ainsi, par exemple, derrière la seconde tente, nous vimes placés sur des poteaux de 1" 20, des oiseaux peints aux ailes déployées, grossièrement taillés dans le bois. Je tentai vainement de les acquérir en échange d’une grande couverture grise, article contre lequel je pouvais obtenir ordinairement tout ce que je voulais. Mes instances furent vaines.
Comme preuve de l’habileté des Américains dans le placement de leurs marchandises, j’ajouterai que, pendant notre séjour dans le port, un Esquimau vint à bord nous montrer un imprimé par lequel une maison de commerce de San Francisco offrait son assortiment de plomb de chasse aux Esquimaux (Sporting gentlemen) du détroit de Behring.
De même que cela a lieu en Europe, un courant marin chaud circule le long des côtes nord-ouest de l'Amérique et y amène un climat beaucoup plus doux que celui qui règne sur la côte voisine en Asie. Aussi voit-on la limite des forêts remonter en Amérique bien au-dessus du détroit de Behring, tandis que toute la presqu'ile tschoutsche en est dépourvue. Même près du port Clarence la côte est dépourvue d’arbres, mais, à quelques kilomètres dans l’intérieur, on rencontre des buis-
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sons de petits chênes hauts de 60 centimètres. Derrière les montagnes de la côte se trouvent probablement de véritables forêts. La végétation était généralement abondante et nous y remarquâmes une foule de types identiques ou rapprochés des espèces du Nord scandinave, parmi lesquels surtout ceux de l'espèce linéenne. Le docteur Kjellmann eut ainsi l’occasion de faire, en ces lieux, une récolte précieuse pour la comparaison entre la flore de la région voisine de l’Asie et d’autres contrées des régions polaires. Le docteur recueillit également des matériaux considérables, qui permettront de déterminer des lichens jusqu'ici probablement inconnus auparavant.
Par contre, la moisson zoologique fut médiocre. Malgré la végétation luxuriante, les invertébrés terrestres semblaient beaucoup plus pauvres en espèces qu’à l'extrême nord de la Norvège. Les coléoptères, par exemple, ne fournirent qu’une vingtaine d'espèces surtout des harpalides et des staphylinides ; les mollusques terrestres et d’eau douce ne présentèrent que sept ou huit types seulement. La faune ornithologique était également assez pauvre et les dragages dans le port ne donnèrent qu’un nombre peu considérable d'animaux et d'algues.
Le 26 juillet, à trois heures de l’après-midi, le Véga leva l'ancre et se dirigea par un temps magnifique et, la plupart du temps, un bon vent, vers le petit détroit de Senïavin qui s’ouvre à 115 minutes sud-ouest du cap Est, entre quelques îles importantes et la presqu'’ile tschoutsche. Pendant
le trajet, on it des sondages et l’on recueiilit toutes les quaire heures des échantillons d’eau pour en déterminer la salure € ln iernpérature aux différentes profondeurs, On cxecuta en outre des dragages trois fois par jour et cela nous rapporta d'ordinaire un très riche butin.
Si l’on examine attentivement une carte de la Sibérie, on verra, comme je l’ai déjà dit, que le plus souvent les côtes forment une ligne continue, non brisée, comme la côte occidentale scandinave, par des fiords profonds entourés de hautes montagnes. Elles ne sont pas non plus protégées par des archipels comme la côte de la Norvège, et la plus grande partie de la Suède et de la Finlande. La seule exception sous ce rapport se rencontre à la pointe sud-est de la presqu'ile. Là, plusieurs petits fiords entaillent le rivage formé de hautes montagnes de trachyte et, au large, des rochers et des îlots constituent le commencement d’un archipel séparé de la terre ferme par le profond détroit de Senïavin. Cette région a été relevée et portée aur la carte pendant l'expédition américaine, si féconde en précieuses recherches, qu'a dirigée l’amiral sir Rodgers à bord du Vincennes, en 1855. Cette carte témoigne qu'il y a sur cette côte plusieurs ports excellents.
Le désir d’assurer aux naturalistes des occasions pour terminer, dans un port sùr, leurs recherches relatives aux conditions physiques et naturelles dans la presqu'île tschoutsche et ma propre intention d'étudier plus en détail une des rares parties de la côte sibérienne, qui, selon toute probabilité était jadis couverte de glace, m’engagèrent à choi-
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LÉTTRE QUATRIÈME 255
sir ce point, comme second mouillage du Véga, sur la côte d’Agsie, au eud du détroit de Behring. On y jeta l’ancre dans la matinée du 28 juillet, mais au lieu de nous arrêter, comme c'était d’abord notre intention, à Glasenapp Harbour, port encore encombré d’une glace compacte, nous choisimes comme point de séjour l'entrée d’un des fiords les plus septentrionaux, Konyawbay. La partie inté
rieure en était pourtant aussi couverte d’une glace golide. La débâcle eut lieu le 30 juillet dans l’aprèsmidi, et peu s’en fallut qu'elle ne mit un terme inattendu au voyage du Véga, tant elle le serra ecntre la terre, Heureusement le danger fut signalé à temps; on fit force vapeur, l'ancre fut levée et le bâtiment gagna la partie du fiord devenue libre de glace. |
Comme nous étions sans vapeur el que notre provision de charbon demandait à être ménagée ; comme, d'autre part, je craignais qu’un trop long retard apporté par nous daus l'envoi de nouvelles rassurantes ne füt la cause non seulement de beaucoup d'inquiétude, mais encore de grandes dépenses, je me décidai à continuer ma route au lieu de rechercher un nouveau port plus sûr d ns le voisinage.
La rive sud-est de la baie de Konyam, près de laquelle le Véga mouille quelques jours, est formée par un terrain marécageux dans lequel nichaient une grande quantité de grues. Plus loin, on : it des montagnes formées à la base de granit et en haut de trachyte, qui s’élevaient environ à 600 mètres. Les moissons zoologiques ou botaniques sur ce
rivage furent très modestes, mais, en revanche, le côté nord de la baie où nous nous dirigeâmes avec le sloop à vapeur, montra des versants couverts d'herbes et de buissons assez élevés et une grande variété de fleurs qui augmentèrent de 79 espèces les collections de plantes supérieures faites au nord de l’Asie par le docteur Kjellmam. Nous trouvâmes là, aussi, les premiers moilusques terrestres rencontrés sur la presqu'île tschoitsche.
Trois familles de Tschoutsches à rennes avaient dressé leurs tentes d’été à l'embouchure d’un assez fort ruisseau sur la rive nord-est de la baie de Konyam. Leur manière de vivre différait peu de celle des Tschoutsches côtiers avec qui nous avions passé l’hiver et ilsétaient habillés de même, à l'exception de nombreux petits grelots qu'ils portaient à la ceinture. Le nombre de leurs rennes était environ de 400, beaucoup moins qu'il n’en faut pour nourrir trois familles lapones. Mais disons que les Tschoutsches ont beaucoup plus de ressources que les Lapons en poissons et en: gibier; ils ne boivent pas de café et savent tirer du règne végétal une partie des aliments dont ils ont besoin. Ils vinrent au-devant de nous d’une façon très cordiale et offrirent de nous vendre trois rennes contre échange. Notre départ subit nous empêcha de conclure ce marché.
Däns les vallées profondes, gisaient encore de grands amas de neige, mais nulle part nous ne vimes trace de glacier. Je suis pourtant convaincu que les vallées et les forêts ont été autrefois, là,
remplies de glace, bien que, par suite de la désa-
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grégation du trachyte, toutes les roches polies ont été changées en gravier etles moraines confondues avec le sol.
Le 31 juillet, dans l'après-midi, nous jctâmes l’ancre sur la rive nord-est de l’île Saint-Lawrer.ce que les Tschoutsches appellent île £ngna. Un peu à l’est du détroit de Iéniavin, nous vimes pour la dernière fois des glacons flottants. En somme, la quantité de glace amenée par le courant dans le détroit de Behring est peu importante et la plus grande parti, de celle qu'on rencontre au printemps sur la rive asiatique de la mer de Behring, s’est évidemment formée sur les côtes. C'est pour cela que nous ne rencontrâmes pas ici un seul iceberg (montagne de glace), mais que tous les glacons que nous vimes se composaient de glace nouvelle unie et rongée sur les bords.
Engna est la plus grande île située entre les Aléoutes et le détroit de Behring; elle est plus près de l'Asie que de l’Amérique, bien qu’elle ait été considérée comme appartenant à cette dernière. C’est pourquoi la Russie la céda en même temps que l’Alaska aux États-Unis. Un petit nombre de familles d'Esquimaux l’habitent; mais ils sont si fréquemment en contact avec leurs voisins de la côte d’Asie que leur langue est pleine de mots ischoutsches. Leur costume ressemble aussi à celui des Tschoutsches, à l'exception qu’au lieu de fourrures de rennes ils se font des chemises (peoques) en peaux de marmottes ou d'oiseaux. Leur pardessus contre la pluie est fabriqué en boyaux
et a la même coupe que ceux des Tschoutsehes, bien qu’il soit plus ornementé.
. Comme les Tschoutsches, ils vont tête nue pendant l'été : les hommes portent les cheveux noirs rasés, à l'exception d’une petite couronne de cheveux ; la chevelure des femmes est tressée et ornée de perles. Elles vont souvent nu-pied et presque toujours les jambes nues. Celles que nous vimesg étaient bien faites et beaucoup d’entre elles avaient une physionomie assez agréable, maistoutes mendiaient impitoyablement. |
Les tentes d’été se composaient d'espèces de hangars irréguliers, mais éclairés et assez propres ; ils étaient recouverts de peaux de phoque et de boyaux. Les habitations d’hiver paraissaient semblables au dessin que M. Whymper a donné de celles des Indiens de Youkon, c’est-à-dire qu’elles se composent de trous creusés en terre, qui sont recouverts en haut, sauf une entrée carrée, de bois flotté, d'os de cétacés et de tourbe sur lesquels une tente de peau de phoque est dressée.
Cette tente extérieure était supprimée pour le moment, afin de laisser pénétrer la chaleur de l'été dans cette demeure et de laisser fondre la glace qui s'était produite sur les parois. Des os de baleine se trouvaient en quantité sur le rivage et étaient souvent employés pour la construction des tentes. Tout près de ces tentes on voyait souvent de grandes mâchoires inférieures de cétacés gros- Sièrement laillées et percées vers le haut,
La roche se composait de la même espèce de granit que celle que nous avions trouvée au-dessous
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LETTRE QUATRIÈVE 259
du trachyte à la baie du Konyam. Très friable, elle doit à coup sûr donner naissance à un sol fertile. Dans tous les cas, la végétation était alors luxuriante et le sol était couvert d'un tapis de fleurs si brillant que j'en ai rarement vu de pareil ailleurs. On était, à ce qu’il paraît, à l'époque de la moisson; tout au moins les indigènes étaient-ils occupés à recueillir le fourrage et les légumes verts pour Phiver, surtout des feuilles de rhadiola. Le docteur Kjellmann fit là une riche moisson de végétaux supérieurs et nous recueillimes également une belle collection d'animaux terrestres et marins, de lichens et d'algues.
Il ne se trouve, paraît-il, aucun port dans l’île Saint-Lawrence et le Véga était mouillé dans une rade tout ouverte. Le lieutenant Palander avait, pour cela, hâte de quitter ect endroit. Nous reprimes donc notre route le 2 août à trois heures de après-midi.
Nous nous dirigeàämes d’abord vers Pile Karaghinsk près de la côte orientale du Kamtchatka. Je voulais y jeter l'ancre pour pouvoir comparer la nature de ce pays avec celle de la presqu’ile ischoutsche. Des vents contraires nous ayant retardés plus que nous ne l’avions prévu, je renonçai à mon projet bien qu’à regret. L'ile de Behring devint alors nôtre premier. objectif. Le Véga y jeta Vancre, le 14 août au soir, dans un mauvais port complètement ouvert tant à l’ouest-nôrd-ouest qu’au sud.
L'ile de Behring est la plus occidentale des îles Aléoutiennes et la plus voisine du Kamtchatka.
260 LETTRES DE NORDENSKIOLD Comme l’île de Cuivre,
PAmérique et appartient à la Russie, Néanmoins la Compagnie américaine d’Alaska a acquis le monopole de la chasse dans l'ile et y entretient un COmploir assez important qui fournit les 300 habitants de l’île de vivres et d'articles manufacturés, Elles reçoit en échange des fourrures, surtout des peaux d’une sorte de phoque, le chat ou ours marin (otaria ursina). On tue annuellement de 50 à 100,000 de ces animaux dans cette Île et l’île de Cuivre; ce sont eux qui fournissent cette peau de phoque brune et soyeuse qui a été tant à la mode ces dernières années. Des autorités russes sont établies dans l’île pour y faire respecter les droits de la Russie et y maintentr l'ordre,
Une demi-douzaine de maisons de bois sont élevées soit pour les employés du gouvernement russe, soit pour ceux de la Compagnie américaine, soit aussi pour servir de Magasins et de boutiques. Les indigènes habitent les uns des maisons de terre Spacieuses et assez bien agencées intérieurement ; les autres, des #aisonnettes de bois par lesquelles la Compagnie tâche de remplacer petit à petit les maisons de tourbe. Elle en fait venir quelques-unes tous les ans et les donne gratuitement aux plus méritants d’entre les insulaires,
Chaque famille a sa maison particulière; il y a aussi une église consacrée au culte orthodoxe russe et une grande maison d'école destinée aux enfants aléoutes. Cette maison était malheureusement fermée lors de notre visite, mais à en juger par les
cahiers qui se trouvaient dans les salles d'étude»
elle ne fait Pas partie de :
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l'enseignement n’y doit pas être à dédaigner. Ces cahiers se distinguaient par la propreté et l'absence de barhouillages ; l’écriture en était remarquablement égale et jolie.
Dans la colonie, les maisons sont assemblées en un point et forment un village qui, de la mer, ressemble assez à un petit village de pêcheurs norvégiens. Quelques maisons éparses se rencontrent aussi sur d’autres parties de l’île ; par exemple on en voit à son extrémité nord-est, où la pomme de terre est cultivée sur une petite échelle ; à la pècherie située au nord, on a bâti deux ou trois magasins et un grand nombre d’abris en terre qu’on n’emploie qu'au moment de la chasse.
Au point de vue de la géologie, aussi bien qu’à celuf de l’histoire naturelle, l’île de Behring est une des plus remarquables de la région septentrionale du Pacifique, Ce fut là, qu'après sa dernière et malheureuse navigation dans la mer qui porte son nom, Behring Gnit, le 19 décembre 1741, sa longue carrière de décomertes, peu après que son navire se fut, pendant une tempête, brisé contre les rochers de l’île.
Bon nombre de ses compagnons lui survécureni, entre autres Steller, ce naturaliste éminent qui traça de main de maître le tableau de 18 nature de cette île où il passa malgré lui neuf mois, de novembre 1741 à avril 1742. Autant qu'on le sache, l’île de Behring n’avait jamais été visitée avant eux.
Le désir d'acheter pour nos musées dés peaux et des squelettes des nombreux {mammifères re-
marquables qui se trouvent dans ces parages, et de comparer l’état actuel de l’île, théâtre, depuis près d’un siècle et demi, d’une chasse sans ménagement, avec la description si savante que nous en fournit Steller, m'avait engagé à faire entrer dans notre plan de voyage un court séjour dans cette contrée. Les nouvelles que je reçus alors par les journaux américains et l'inquiétude que notre hivernage avait causée en Europe m'empêchèrent de m'arrêter autant que je l’aurais voulu. Néanmoins nos collections et nos observations s’y enrichirent considérablement.
Depuis le temps de Steller, la faune de Pile a subi des changements essentiels.
Les renards, ou plus exactement les isatis s’y montraient à cette époque en nombre énorme. Ils. dévoraient non seulement en plein air tout ce qui était comestible, mais encore le jour, comme la nuit, ils pénétraient dans les maisons et enlevaient tout ce qu'ils pouvaient trouver, même des objets dont ils n’avaient nul besoin, comme des couteaux, des eannes, des sacs, des souliers et des bas. Lorsqu'on travaillait hors des maisons, il fallait les chasser avec des bâtons. Ils deventient vraiment dangereux pour les naufragés par l'adresse et la ruse qu’ils mettaient dans leurs déprédations, et par la sagesse avec laquelle ils combinaient leurs efforts quand seuls ils ne pouvaient atteindre à leur but. Depuis lors, des milliers et des milliers sont devenus la proie des chasseurs avides de leur fourrure, et ils sont aujourd’hui si rares que nous n’en avons pas vu un seul durant notre séjour. Ce qui en reste
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, CE qui la nuit, nt tout ts dont AX, des squ’on ‘hasser Jereux qu’ils sagesse quand Depuis nus la , etils ns pas | reste
LETTRE QUATRIÈME 263 d’ailleurs ne porte plus, paraît-il, la robe précieuse
d’un bleu noir de leurs ancêtres, Mais un pelage
blanc qui n’a guère de valeur. Sur l’île de Cuivre, qui est voisine, les isatis se rencontrent encore en
nombre assez. considérable.
Geller et ses compagnons tuèrent à l’île de Behring 700 loutres de mer pendant leur séjour. Cet animal, renommé par sa fourrure extrêmement précieuse, à été complètement exterminé. Le lion de mer (otaria stelleri) qui s’y rencontrait autrefois en grand nombre, ne laisse plus voir, eomme l'ours de mer (otariæ ursina) que des individus isolés sur les falaises. Enfin le mammifère le plus remarquable de l’île de Behring, la grande vache de mer, est totalement éteint.
La stellère ou vache de mer de Steller, occupait pour ainsi dire la place des ruminants parmi les mamuifères marins. Elle était d'une couleur brune comme les bœufs et couverte de poils qui, en Se collant ensemble, formaient COMME une peau extérieure semblable à l'écorce d'un vieux chène. Sä longueur atteignait, d'après Steller, jusqu'à dix mètres et son poids jusqu'à 200 quintaux. La tête était grande, le cou court, peu marqué, la partie
antérieure du corps très épaisse mais diminuait rapidement vers l'arrière. Elle avait deux courtes jambes de devant qui se terminaient subitement
sans doigts ni ongles. mais par une forte rangée
de soies courtes et tres sf rrées. Les jambes de der-
rière faisatent absolument défaut et étaient rem-
placées par une nageoire caudale semblable à celle
des baleines. Les mamelles, très riches en lait
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de devant. La chair et le Jait avaient le goût de
ceux des bêtes à cornes et, suivant Steller, leur étaient même préférables.
Les vaches de mer étaient presque toujours
occupées à brouter les algues qui se trouvaient à
foison sur la côte et on les voyait alors agiter la
têle et le cou à peu près comme un bœuf, Elles Montraient alors une grande gloutonnerie et ne se laissaient pas le moins du monde déranger par la présence de l’homme. On pouvait aller et venir parmi elles et les toucher sans qu'elles en fussent effrayées. Elles paraissaient fort attachées les unes
aux auires et lorsque l’une d’elles était harponnée,
les autres faisaient, pour la Sauver, d’incroyables efforts
Du temps de Steller, ces animaux paissaient, rassemblés comme des bêtes à cornes, en grands iroupeaux, tout le iong du rivage. Steller et ses Compagnons en tuèrent un grand nombre. Plus tard la chasse de ces animaux devint une industrie importante pour les Russes qui venaient à voile du Kamtchatka aux îles Aléoutes ; on en tuait des centaines tous les ans, et cet animal fut bientôt exlerminé, puisque sa présence, si l’on ea excepte quelques animaux fourvoyés, se bornait déjà à cette époque, à l’île de Behring.
D'après ce que Middendorf nous rapporte des minutieuses recherches faites par les démiciens von Baer et von Brandt, mer n'aurait pas été vue avant Steller dernier représentant de cette intéress
célèbres acala vache de (1741) et le ante espèce
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aurait été tué en 1768. Les questions que je fis aux indigènes m’apprirent avec certitude qu'on a tué des stellaires plus tard encore. Un créole, c’est-àdire un croisé de Russe et d’Aléoute, âgé de soixante-sept ans, ayant l'air intelligent et jouissant de toutes ses facultés, me dit que son père était mort en 1847 à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Natif de Volhynie, il était venu à l’âge de dix-huit ans à l’île de Behring, par conséquent en 1777. Les deux ou trois premières années de son séjour, donc vers 1779 ou 1780, on avait encore tué des stellères pendant qu’elles broutaient des algues à marée basse. On n’avait mangé que le cœur et on s'était servi de la peau pour faires des kaïaks ou baïdares. À cause de son épaisseur, elle fut coupée en deux. Deux de ces peaux ainsi divisées avaient servi à une haëdare de cinq mètres de long, sur deux mètres de large et un mètre de profondeur. Depuis cette époque, on n’avait plus tué de ces animaux.
On croit pourtant qu’une vache de mer s’est montrée encore plus tard dans l’île. Deux créoles, Théodore Mertchenin et Stepnoff, virent, il y & vingt-cinq ans, au cap Tolstoi, sur la côte orientale de l’île, un animal qui leur était inconnu : le corps, très épais à l’avant et diminuant vers l’arrière, avait les jambes antérieures courtes el montrait une longueur de cinq mètres environ, tantôt en s’élevant au-dessus de l’eau, tantôt en s’y plongeant. 11 soufflait non par un évent, mais par la bouche qui ressortait un peu à l'extérieur. Il était de couleur brune avec de grandes taches claires. Il
n’avait pas de nageoires dorsales mais, lorsqu'il se baissait, on pouvait voir, à cause de sa grande maigreur, les apophyses de la colonne vertébrale. J'ai interrogé minutieusement les deux personnes dont je tiens ces détails. Leurs récits concordaient pleinement et semblaient dignes de foi.
Un employé de la compagnie d’Alaska, M. Ohsche, né en Livonie et actuellement établi à l’île de Cuivre, m’a raconté qu’il y avait aussi des ossements de stellères sur la côte occidentale de cette île. En revanche, on n’en rencontre. pas sur le petit îlot qui se trouve devant la colonie, bien qu'ils soient très communs sur la côte voisine, dans l’île principale.
Tels sont tous les renseignements que j'ai pu recueillir sur cet animal auprès des indigènes et d’autres gens établis dans la contrée. Mais j'ai eu la bonne fortune de rassembler une grande et belle collection de parties de squelettes.
Lorsque je fis pour la première fois connaissance avec des Européens dans l’île, ils me dirent que j'avais peu de chance de faire de grandes collections sous ce rapport, car la compagnie avait sans succès offert cinquante roubles pour un squelette. À peine étais-je à terre depuis quelques heures, que j’appris qu’il y avait çà et là de plus ou moins grandes collections d’os dans les cabanes des indigènes. J’en fis l'acquisition en les payant exprès très cher, de manière à ce que le vendeur fût plus que content et que son voisin en conçût quelque envie. Une grande partie de la population mâle se mit alors à chercher des os avec une ardeur sans
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pareille et je réunis cent grandes caisses ou tonneaux remplis d'os de rhytina, parmi lesquels je compte, en dehors de nombreuses collections, deux exemplaires complets et particulièrement beaux, avec quelques crânes plus ou moins endommagés, etc.
Ces os de rhytina ne se trouvent pas au bord de l’eau, mais sur un exhaussement du rivage de trois mètres environ et couvert d'une herbe touffue. Ils sont ordinairement enfouis sous une couche de terre ou de gravier de 0" 30 à 0" 50 d'épaisseur. Pour les déterrer, il fallait sonder le terrain avec une broche de fer, une baïonnette ou un instrument analogue, car il aurait été trop difficile de remuer tout le gazon. On apprit vite à distinguer, par la nature du choc et la qualité du son, si la pointe enfoncée dans le sol heurtait une pierre, un morceau de bois ou un 08.
La dureté des côtes de la vache de mer, les fit employer par les indigènes à en faire les patins de leurs traîneaux et à à s’en servir pour la sculpture sur os. C’est pour cela qu’ils ont été déjà utilisés en grande quantité et qu'ils sont devenus plus rares que les autres os. Les 05 des phalanges semblent être déjà tout à fait détruits ainsi que les dernières vertèbres caudales.
Le seul grand animal qui se trouve encore dans l’île en nombre aussi considérable que du temps de Steller, c'est l'ours de mer. Il avait aussi déjà diminué de manière à ne plus rapporter annuellement qu’un bénéfice insignifiant, quand la compagnie d’Alaska acquit du gouvernement russe, pour
268 LETTRES DE NORDEDSKIOLD
un droit de deux roubles, je crois, par bôte abat- Le | alor tue, le monopole de cette chasse et que, par suite, don elle put régler la chasse plus convenablement, | étoi A cerlaines époque de l’année cette chasse est ri- | nd goureusement interdite. Le nombre des animaux à sd À tuer est fixé d'avance, de même que l’agriculteur sux détermine en août combien il abattra de têtes dans hon son troupeau. On choisit ensuite, aussi bien que sab possible, les animaux condamnés ; on épargne tous EL ceux dont la peau est défectueuse ainsi que les bide femelles et les petits. d .
Les nombreuses bandes d’ours marins qu’on fait rencontre sur les îles de Behring et de Cuivre sont de 1 ainsi traitées à peu près comme un troupeau d’ani- ss maux domestiques. Cela ne peut se faire que 4 US parce que ces ours ont l'habitude de passer plu- réu sieurs mois de l’année presque sans interru ption (1) EL et sans prendre de nourriture, sur certains pro- À montoires qui s’avancent de ces îles dans la mer. per Lis s’y rassemblent sur le rivage par centaines de pla mille en troupes très serrées. Dans ces endroits | ss il est expressément interdit de faire la chasse ou de VU troubler le repos de l'animal sans une permission | dèr particulière du maire du village, staroste, élu parmi " les Aléoutes qui y sont établis. Quand un certain La nombre d’ours marins doivent être tués, une | bande de chasseurs entoure un groupe de ces un animaux et les chasse avec des bâtons dans les ou prairies à quelque distance du rivage. On renvoie . (4) Par de longues pluies violentes, on dit que beaucoup d’a:
de ces animaux cherchent un abri dans la mer, mais ils ar reviennent à la même place dès que la pluie a cessé. P
alors les feme! 5 et les jeunes ainsi que les mâles dont la peau et hors d'emploi. Les autres sont étourdis ite par un coup de bâton sur le museau ; © les achève enfin au couteau, Accompagnés du bailli du ‘2 léoute bègue aux cheveux noirs, et du Cosu,ue, charmant jeune
homme qui portait dans les grandes occasions un sabre presque aussi ng que lui, mais qui ne répondait d’ailleurs en rien au type de Cosaque convenu dans les romans et au théâtre, plusieurs d'entre nous se rendirent à un promontoire qui fait sallie dans la mer, sur le Ôte septentrionale de l’île, et qui est un des refuges favoris des ours marins. Il y en avait alors, suivant l'évaluation quelque peu exagérée qu’on nous fournit, 200,000 réunis sur cette langue de terre et sur les rives voisines.
Accompagnés de nos guides, nous eùmes la permission de nous glisser tout près d’un troupeau placé un peu à l'écart. Les animaux les plus âgés se montrèrent d’abord un peu inquiets en nous voyant presque au milieu d’eux, mais ils ne tardèrent pas à se calmer et nous pûmes jouir d'un singulier spectacle. Nous étions seuls à les voir. La scène se passait sur une plage pierreuse, frangée par la bande d’argent que formaient les vagues écumantes : au fond, la mer immense; pour acteurs, des miliers d'animaux aux formes bizarres. De vieux mâles étaient couchés, calmes, immobiles et insouciants de ce qui se passait autour d'eux; d’autres rampaient à l’aide de leurs courtes jambes parmi les rochers, jouaient, se caressaient ou se
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querellaient entre eux. Dans un coin, deux vieux ours se battaient en poussant des cris aigus d’une façen qui faisait croire qu’attaque et défense étaient faites d’après un système longuement étudié. Plus loin, un vieux animal simulait un combat avec un ;eune et ce dernier semblait prendre une leçon d'escrime. Partout les petits à la peau noire se faufilaient à travers les vieux, faisaient les em- ‘ pressés et poussaient parfois un cri semblable à celui de l’agneau qui appelle sa mère.
Nous vîimes souvent des petits foulés aux pieds par les adultes, quand ceux-ci, effrayés par une cause quelconque, se précipitaient dans la mer. C'est ainsi que: le rivage se jonehe de centaines de cadavres après une: alarme de cette nature.
Cette année, on n’avait tué que 13,000 animaux seulement. Leurs corps écorchés étaient entassés dans l’herbe du rivage ; ils exhalaient au loin une odeur repoussante qui ne mettait. pourtant pas en fuite les camarades couchés sur le promontoire “Voisin, Car une odeur semblable s’exhalait au milieu d'eux, provenant de nombreuses victimes étouffées sur le rivage ou mortes naturellement.
Au centre de cette grande foule d’ours marins, trônait solitairement, sur le sommet d’une roche élevée, unlion marin, le seul animal de cette espèce que nous ayons vu pendant le voyage.
Moyennant un payement de 40 roubles, je réussis à faire enlever par le chef du village le restes de quatre ours demeurés à moitié décomposés dans l'herbe; plus tard, je reçus, de la bienveillance des autorités russes et sans les payer, six animaux à
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La partie de l’île 4e Behring que nous avons explorée, se compose d’un plateau reposant sur des rochers volcaniques, mais il est coupé en maïint endroit par de profondes vallées en entonnoir. Le fond en était habituellement coupé par des lacs que des cours d’eau plus ou moins forts mettaient en communication avee la mer. Les rives des lacs et le versant des montagnes sont couverts d’une
végétation extrêmement luxuriante, enrichie de longues herbes et de belles fleurs, parmi lesquelles je remarquai un glaïeul que l’on cultive dans ‘nos jardins, le lis des savanes, brun rouge foncé, diverses orchidées, deux espèces de rhododendrons aux grandes fleurs, des ombellifères aussi hautes qu’un homme, des synanthères qui ressemblaient à des héliotropes ete...
Un toutautre type régnait dans l’île située devant le port. Voici ce que disent à ce sujet MM. Kjellman et Stuxberg :
« L'île de Toporkoff est formée par une roche éruptive, qui, partout vers les rivages, à quelques dizaines de mètres au-dessus des plus hautes eaux, s'élève sous la forme de murailles abruptes, basses et crevassées, de cinq à quinze mètres de haut, suivant les endroits. Au-dessus de ces falaises escarpées, ia surface de l’île s'étend en une plaine
unie. Ce qui se trouve au-dessous, forme un rivage en pente douce.
» Ce rivage constitue deux zones bien distinctes: une extérieure sans végétation ; l’autre intérieure où croissent diverses plantes, entre autres deux
ombellifères, l’héraclée de Sibérie et l’angélique
archangélique. Ces deux dernières forment le long de la corniche un fourré large de 50 mètres, à hauteur d'homme ei presque impénétrable.
» Les corniches, sont en certains points, couvertes de lichens jaunes assez sorrés.
» La plaine supérieure est garnie d’un épais et luxuriant tapis où s'élèvent, çà et là, des pieds isolés d’mbellifères.
» La végétation de cette île unit à une extrême pauvreté d’espèces une rare abondance de production.
» En fait d'animaux supérieurs nous ne vimes que quatre oiseaux : le fratercula corrhata, l’uriagrylle, une espèce de cormoran (Phalacrocorax) et une sorte de mouette (Zarus). Le fratercula cor rhata vivait là par millions. Ces oiseaux gftaient sur la plaine supérieure où ils avaient creusé partout de petits souterrains courts, profonds et très larges, munis de deux entrées. C’est là qu’ils dormaient. À notre arrivée, ils s’envolèrent en grandes bandes du côté de la mer. On en voyait presque autant que sur les montagnes à oiseaux des régions arctiques. Les petits guillemots (Uria grylle) et les cormorans se plaisaient dans les roches du fond.
» Le nombre des invertébrés terrestres s’élève peut-être à 30 espèces. Ils vivaient tous dans la
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L'tle de Behring pourrait aisément nourrir des troupeaux de bêtes à cornes aussi nombreux peutêtre que ceux des vaches de mer qui paissaient jadis le long de ces rives. La stelière avait choisi son pâturage avec sagesse, car la mer est ici, d’après le docteur Kjellmann, une des plus riches du monde en algues. Le fond, dans les endroits convenablement situés, est couvert de forêts d’aigues de 20 à 30 mètres de haut ; elles sont si toufflues que la drague y pénètre avec peine, et cela rend le dragage très difficile. Ces algues sont employées par les indigènes comme substances alimentaires.
Le promontoire où les ours de mer s’établisser ! de préférence, se trouve à environ 20 kilomètres du rivage. Nous nous y rendîmes chacun dans un traîneau attelé d’environ 10 chiens. Pendant cette excursion, à une halte que nous fimes à mi-chemin, nous eûmes l’occasion de prendre part à une pêche des plussingulières. |
Le lieu où nous nous arrêtâmes était situé dans une plaine unie et couverte d’herbe ; une quantité de petits ruisseaux Ja sillonnaient. Plusieurs espèces diverses de poissons y abondaient, une sorte de corégone, une petite truite, un saumon de grandeur moyenne avec une chair presque blanche, mais avec la peau de couleur pourpre. Et un autre saumon de même longueur,. mais très large, et ayant une bosse sur le dos. Leur capture était facile ; nous les prenions avec les mains, ou en les harponnant avec des cannes ordinaires non ferrées
ou d’autres bouts de bois; en les frappant à coups de couteau ou enfin en les pêchant avec le filet à papillons. D’autres espèces de saumops à la chair rouge se trouvent à l’intérieur de l’île. Nous obtinmes ainsi, pour une somme insignifiante, une veriation agréable au régime des conserves dont nous avions eu le temps de nous lasser.
L'expédition reçut en outre, à titre de présent, de la compagnie d'Alaska, un superbe bœuf, du lait et d’autres aliments. Je ne saurais trop vanter içi l’amabilité que nous montra le fonctionnaire russe, M. Grebnitski, amateur éclairé et zélé de sciences naturelles, aussi bien que l’affabilité des employés de la compagnie américaine et de toutes les personnes de l’île avec qui nous avons eu le plaisir de nous trouver eu contact.
Je me proposais d’abord de me diriger de Behring sur Petropavlosk, dans le but de faire rebrousser chemin aux expéditions qui auraient pu être envoyées à notre secours. Cela fut inutile, car un navire à vapeur, qui devait se rendre dans cette ville, dès qu'il aurait complété son chargement, vint mouiller à côté du Véga deux jours après notre arrivée. Il appartenait à la compagnie d’Alaska et s’appelait l'A /exandre ; il était sous les ordres du capitaine Sandman, et son équipage se composait presque exclusivement de Suédois, de Danois, de Finnois et de Norvégiens. Deux naturalistes se trouvaient à bord, les docteurs Benoît Dybouski et Julien Wimut. Le premier, Polonais déporté en Sibérie, avait été gracié ; ses remarquebles travaux zoologiques doivent être cemptés parmi les meil-
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leures acquisitions faites à la science, pendant les dix dernières années, surles productions naturelles de la Sibérie. Ses études ont jusqu'ici porté sur la région du Baïkal. Désireux maintenant de les étendre au Kamtchatka, il s’est volontairement chargé d’une place de médecin à Pétropavlosk. La science a le droit d'attendre beaucoup de ses travaux et de ceux de son compagnon dans une des contrées las plus intéressantes et les moins connues du Nord. Le Véga quitta l'île de Behring le 19 août au soir. L’ancre fut jetée à Yokohama, le soir du 2septembre. Pendant que nous étions encore dans le courant froid de la mer Glaciale, venant du nord, notre traversée fut favorisée par un bon vent et une température elémente. L'eau de mer, à lasurface, accusait 9° à 11°. Le 25 août, par 45°5/v jat, et 156° long. E. de Greenwvich, la température de l'eau de mer se mit à monter si rapidement que déjà le 28, par 45°*/* de lat. et 147° 41’ long., le thermomètre s'éleva jusqu’à 23°4 dans les couches d’eausupérieures. Cela nous indiquait que, du courant froid qui nous avaitété favorable, nous étions passé dans le Kouro-sivo, ce gulf-stream de l'océan Pacifique. Le vent devint contraire par intervalles et la chaleurétouffante, malgré de nombreuses averses accompagnées de tonnerre et de bourrasques. | Pendant un de ces orages, le 31 août, la foudre s’abattit avec une détonation formidable sur le grand mât du Véga. Le pavillon fut arrachée et jeté à la mer avec un bout de l'extrémité du mât qui fut lui-même fendu assez bas. Tout le monde à
bord ressentit une commotion assez forte, surtout an homme de l'équipage qui se trouvait alors debout près de l’écubier. L'accident n’eut pas d'autre suite fâcheuse.
Quand nous arrivâmes à Yokohama, tout le monde à bord était bien portant et le Véga étaiten parfait état, bien qu'après une si longue traversée il eût besoin d’être radoubé, et si c’était possible d’être cuirassé d’une enveloppe de cuivre. Naturellement, dans l’espace d’une année, quelques cas de maladie sans gravité s'étaient montrés parmi les trente personnes faisant partie de l’expédition, mais aucune épidémie n’avait régné et l’état général de la santé avait toujours été excellent. Nous n'avons pas vu la moindre trace de scorbut.
À bord du Véga mouillé à Yokohama, le5 septembre 1879.
surtout lors ded'autre
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bre 1879.
NÔROD