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226 LETTRES DE NORDEMSKIOLD
médiaire des indigènes. Je ne puis dire avec certitude si l'hermine vit dans ces régions, mais c’est probable, les Tschoutsches n'ayant parlé d’un mustelidé ayant le bout de la queue noir.
» Nous n'avons vu, pendant l'hiver, que deux mammifères marins, le phoque annelé et l'ours blanc. Deux fois, des traces d’ours blane ont été observées au voisinage de la terre. Il paraît, toutefois, se tenir de préférence au voisinage des ouvertures libres dans la glace, à une certaine distance de la côte; deux de ces animaux y furent tués, pendant notre séjour, par des Tschoutsches des villages voisins. Le phoque annelé est probablement le seul phocide que l’on rencontre ici pendant l’hiver. Il est capturé en grand nombre, et forme avec le poisson et quelques végétaux, la principale nourriture des indigènes.
» Trois espèces seulement d'oiseaux de terre hivernent dans la région. Ce sont la chouette blanche, le corbeau et le lagopède subalpin. Ce dernier est le plus commun. Le 14 décembre, j'en vis, lors d’une course en traîneau dans l’intérieur, deux grands vols à environ dix à douze milles de la côle. L’un de ces vols comptait plus de cinquante individus. Près de la côte, surtout à l'approche du printemps, on ne rencontre au contraire générelement que des individus isolés.
» Le corbeau, commun autour des villages tschoutsches, construit son nid dans les falaises voisines de ces villages. Nous reçûmes le premier œuf de corbeau, 1@ 31 mai. La chouette blanche fut aperçue ia première fois le 11 mars, mais les inci-
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gènes assurent qu’on la rencontre tout l'hiver. Nous en vimes quelques-unes ep avril et en mai; le 21 de ce dernier mois, j'en aperçus deux.
» Les Tschoutsches mentionnent la présence pendant tout l'hiver, dans les eaux ouvertes, de deux espèces de nageurs, le guillemot de Brünnich etle petit guillemot. Nous reçümes des exemplaires de la première espèce le 1° mai et de la seconde, le 19 du même mois. Les endroits ouverts sont peutêtre aussi la station d’hiver d’une espèce de mergule dont un individu arriva, le 3 novembre, à l’hivernage du Véga et d'une macreuse dont un exemplaire nous fut vendu, le 9 mars, par un Tschoutsche qui disait l’avoir tué dans une ouverture près de la côte. » |
Immédiatement avant notre départ subit du port d’hivernage, je reçus des nouvelles certaines qu'ils existait des 08 de mammouth dans un talus de rivière à quelques dizaines de kilomètres du côté de l’intérieur. Suivant le conseil de quelques Tschoutsches, je franchis immédiatement la lagune
‘en bateau et remontai une rivière considérable jus-
qu’au point indiqué. Le peu de profondeur de l’eau m’empôcha d'arriver ainsi au but et je dus m'en retourner. Revenu au Véga, le temps me manqua pour faire, dans le but d'examiner l'endroit en question, une excursion qu'aurait rendue très lente la quantité de rivières intermédiaires à traverser. Je me procurai deux belles défenses par échange avec les indigènes; mais, à cette exception près, pendant la longue course du Véga le long des
côtes nord de ia Sibérie, l'expédition n'a pas vu
trace des restes laissés par les grands animaux qui, on le sait, parcouraient jadis en si grand nombre ces régions terrestres. ;
En revanche, nous rencontrâmes des masses de débris de baleine sur les rivages de la péninsule tschoutsche. Afin de mettre à notre retour les z00logistes à même de déterminer les espèces que l’on rencontre ici, je fis, dès l’automne, réunir ure foule de pièces propres à l'identification; mais, à cemoment,je m’attachais relativement peu à la localité et aux circonstances de la trouvaille, croyant qu'il n’était ici question que des débris de baleines tuées pendant les dernières années, par les indigénes et par les baleiniers américains. Mais quand l'été fut arrivé et que la neige eut fondu de façon à permettre une exploration plus minutieuse du lieu de la trouvaille, nous découvrimes que la grande majorité des os de baleines rencontrés aux environs immédiats du port d'hivernage, devaient être subfossiles, c’est-à-dire enfouis déjà depuis des siècles dans les couches de sable où on les rencontre actuellement. Cette circonstance fut corroborée par les déclarations des indigènes des villages voisins, qui nous apprirent du moins que, de mémoire d'homme, il n’avait pas échoué de baleine sur la côte.
La présence de ces os revêtit ainsi un plus grand intérêt ; j'entrepris plus tard avec le docteur Kjellmann l'exploration plus complète d’une étendue de 4 ou 5 kilomètres le long de la côte. Outre une quantité d’autres os, nous recueillimes 30 occipitaux de balénides appartenant à 4ou5 espèces dif-
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Quelques-uns des os en question attirèrent plus spécialement notre attention. C'était l’occipital bien conservé d'une grande baleine du Groënland avec quelques os brachiaux et des vertèbres. Les os avaient évidemment appartenu au même animal, et ils étaient encore recouverts d’un immense pan de peau ratatinée par la dessication, sans trace de chair ni de graisse. Les os adhéraient en partie, par suite de la congélation, au sable subjacent et l’on constata, en les dégageant, qu’ils étaient encore partiellement recouverts, du côté de la glace, d’une chair rouge presque fraîche.
Je considérai d’abord comme un fait hors de doute, que nous avions devant nous les restes d’une baleine récemment échouée. Les renseignements que je reçus à cet égard des indigènes, paraissent toutefois indiquer que cela n’avait pas eu lieu de mémoire d'homme. Malheureusement, cette tête était l’un des rares os de la baleine qui n’étaient pas enterrés dans le sable dela dune et qui se trouvaient sur la rive même, dans des circonstances empêchant de décider s’ils avaient été refoulés de la mer par ia force des glaces ou récemment mis à nu sous l’action des vagues. Il n’est pourtant pas improbable, suivant moi, que la baleine en question ait été enfouie pendant des siècles dans le sable. Ce serait, en ce cas, un nouvel exemple de la longueur du temps durant lequel les matières ani-
males gelées peuvent se maintenir sans entrer en putréfaction.
On sait que sur une étendue considérable de la Sibérie, même fort loin vers le sud, on trouve sur la surface du sol, l’année durant, des couches puissantes de terre gelée qui, malgré cela, peuvent souvent être couvertes de magnifiques forêts. Les dites couches ont été l’objet d’explorations spéciales, surtout de la part de Middendorff. Ce savant a traité en détail-et de main de maître, dans son Voyage de Sibérie, cette question dont l’étude constituait l’une des principales données du voyage. On rencontr dans l'Amérique polaire des circonstances id'ntiques auxquelles le célèbre explorateur Richardson a consacré des recherches spéciales. La Sibérie n’ayant jamais été recouverte d’une couche glaciaire continue, et comme il est hors de toute contestation qu’une terre gelée semblable manque complètement dans bien des pays jouissant d’un climat beaucoup plus froid que ces régions, l’origine de ces couches de terre, souvent de plusieurs centaines de pied d'épaisseur, paraît être des plus mystérieuse à bien des égards.
Cela dépend probablement du concours d’une foule de circonstances encore inconnues, parmi lesquelles une bassetempérature moyenneannuelle joue peut-être un moindre rôle que bien d’autres phénomènes naturels, comme par exemple la propriété de l’eau de pouvoir se tenir quelque temps refroidie sensiblement au-dessous de son point de congélation sans se transformer en glace, et Ÿe la capacité qui en résulte pour elle d’être, à certaines
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époques de l’année, un conducteur du froid vis-à-vis de couches de terre très profondes. Il faudra assurément une quantité de recherches nouvelles avant que le géologue trouve complètement la clef de ce phénomène.
I y a par suite une importance d’autant plus grande à suivre la création de formations semblables à l'époque actuelle. Je crois donc que l'indication ci-dessous de la manière dont ces couches sédimentaires marines glacées peuvent se former à l'heure présente, même dans des localités remarquables par la chaleur et la beauté de leur climat, peut avoir un intérêt tout particulier.
Dans mon rapport sur l'expédition maritime de 1875 à l’Iénisséi, je disais relativement à la mer de Kara :
«La température et la salure varient beaucoup à la surface. Pendant une suite non interrompue de jours d’été calmes et sereins, l’eau chaude, légère et pure de sel, des puissants bassins fluviaux de l’Obi et de l'Iénissei se répand sans obstacle à la surface de la mer. S'il n’y a pas de glace dans le voisinage, le thermomètre s'élève jusqu’à une température de + 10° et parfois même au delà, L'eau est alors assez pauvre en sel pour être parfaitement potable. Le voisinage de la glace fait toutefois descendre rapidement la température à 0°; le même effet est produit par une tempête, les vagues mélangeant l’eau chaude de la surface avec l’eau froide du fond. La première devient alors salée et imbuvabie.
» Cependant, à quelques brasses de profondeur
seulement, la température et la salure de la mer de Kara sont parfaitement constantes ; la température se tient même aux jours d'été les plus chauds comme probablement aux jours d'hiver les plus froids entre — 1° et — 2°. »
Dans un autre mémoire, sur la même matière, j'appelai l'attention sur la circonstance curieuse que l’eau superficielle de cette mer est souvent un poison mortel pour les animaux, vivant au fond, et que le contenu d'une bouteille rempli de cette eau se congèle promptement si l’on expose la bouteille au froid qui règne à quelques brasses plus profond. Ce que je disais alors de la mer de Kara, peut désormais être appliqué à toute la mer Glaciale de Sibérie, ainsi que le démontrent les nombreuses expériences faites pendant l’expédition du Véga, surtout par le lieutenant Bove.
Il y a lieu de se rappeler à ce sujet qu'il n’est pas question d’une couche d’eau refroidie audessous de son point normal de congélation (eau en surfusion), comme il s’en forme, pendant un court espace de temps, à certains moments de l’année, sur quelques points des côtes scandinaves, mais bien d’une couche d’eau refroidie et arrivée au point de congélation de l’eau douce, sans être à son propre point de congélation. ‘
Maigré cette basse température qui dure toute l’année et qui est de près de 2 degrés au-dessous de zéro, le fond de la mer polaire fourmille de vie animale. On rencontre «ntre autres, partout le long des rivages, des légions innombrables d'un petit crustacé qui se jette avidement sur tout ce
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qui est comestible. Nos zoologistes profitèrent de cette circonstance pour le dépouillement de leurs squelettes. Le docteur Stuxberg remarqua souvent à cette occasion que la drague se fixait au fond par la congélation et le lieutenant Nordqvistobserva qu’un sac percé, au moyen duquel il descendait dans l’eau un squelette de renne pour en faire dévorer les parties charnues restantes, était, en
remontant à la surface, tout rempli d’une bouillie
glacée dans laquelle des milliers des petits crustacés voraces avaient trouvé la mort.
Je pensai d’abord que cela pouvait être dû à la présence d’eau en surfusion au fond de la mer; mais une expérience directe prouva que je me trompais. La formation de la glace dans le sac ne pouvait done provenir que de ce fait, c’est qu’il avait entraîné avec lui à la descente une plus ou moins grande quantité de l’eau douce de la surface. En effet, il ne se formait plus de glace si, avant la descente définitive, l’engin était immergé à plusieurs reprises dans l’eau salée moins froide qui se trouvait entre la surface et le fond.
Tout le sable et toute la vase qui descendent de la surface au fond doivent agir de la même façon que le sac aux squelettes : ils entraînent au fond l’eau douce dont ils sont imprégnés, cette eau se convertit en glace et c’est ainsi qu’il se produit une couche de fond gelée, qui va en grandissant, si les circonstances sont favorables, d'année en année jusqu’à ce qu’elle atteigne une formidable épaisseur.
La débâcle, comme on l’a vu, à notre port
d’hivernage, fut subite et se présenta dans de telles circonstances qu'il n’était guère prudent de rester sans raisons majeures au milieu des champs de glace flottant le long de la côte. Nous ne pûmes pas, en conséquence, utilisér les engins que nous avions préparés dans le but de nous procurer des échantillons de glaces du fond. Je n’en suis pas moins convaincu que le fond de sable dur comme du roc, dont les dragueurs s'étaient si souvent plaints, se composait en réalité de grès avec de la glace pour ciment et je tiens pour probable qu’une partie des couches de glace souterraines de la Sibérie ont été formées de cette façon. Je crois cependant devoir ajouter expressément, que je ne considère en aucune façon que ce soit la cause unique à laquelle on doive attribuer ces form.tions.
Après avoir levé l’ancre ou plus exactement retiré les amarres qui avaient retenu le Véga au glaçon échoué, son fidèle et unique abri contre les violentes tempêtes et la pression des glaces, notre navire fit vapeur jusqu’à quelques kilomètres dans la direction du nord-ouest, afin d'éviter les banquises; puis il s’avança le long de la côte vers la pointe orientale de l’Asie, le cap Est. Notre navigation cessa d’être entravée par la glace, mais elle le fut par la brume qui nous empêchait de distinguer nettement l'aspect de la côte assez élevée en cette région.
Le brouillard se dissipant de temps en temps, nous aperçûmes en beaucoup d’endroits des rochers en forme de ruines semblables à ceux que
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LETTRE QUATRIÈME 235 nous avions rencontrés tant de fois sur la côte nord
de l'Asie orientale. On eût dit d’anciennes villes,
aux palais et aux temples sans nombre, hauts de centaines de mètres et d’une étendue sans bornes. C’est ià le seul trait pittoresque qui se soit offert à nos yeux pendant tout notre voyage.
Sous le rapport de la beauté, les côtes septentrionales de la Sibérie sont beaucoup moins bien partagées que le Spitzherg avec ses fiords profonds, qu’entourent des montagnes escarpées, noires et admirablement dessinées, où brillent des glaciers d'une blancheur éclatante ou d’un bleu d'azur. Des glaciers, de l’époque actuelle ou passée, n’ont pas non plus découpé la côte asiatique septentrionale en autant de fiords et de rochers que le Groënland, le Spitzberg et le nord de la Norvège. Dans toute l'immense étendue comprise entre la mer Blanche et le détroit de Behring, il ne se trouve par exemple pas un seul glacier et la côte nord de la Sibérie est presque dépourvue de glace ou de neige en automne. C’est seulement sur les hautes montagnes des îles orientales de la presqu'île de Taimour et entre le détroit de Behring et le cap Yakan qu'on aperçoit des vallées remplies de neige jusque vers la fin de l’automne et il n’est pas certain que l’une d’entre elles constitue un véritable glacier. En tout cas, ce dernier serait peu considérable et se terminerait à une grande hauteur au-dessus du niveau
de la mer. On ne trouve pas non plus de vraies
cimes neigeuses ni de crêtes couvertes de neige toute l’année, bien qu’une partie des montagnes (celles par exemple des bords ouest de la baie de
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{ Kolioutchin) atteignent une altitude de 600 mètres
et plus. Si la théorie de la limite des neiges éternelles, créée à la suite de l’étude de régions plus méridionales, peut s'appliquer aux contrées du Nord, ce qui n’est pas démontré, il faut placer cette limite, pour la côte nord de l’Asie à une altitude de 500 mètres.
Cet état de choses a été évidemment le même autrefois, c’est ce qui explique pourquoi les côtes ne sont pas découpées en fiords et pourquoi l'on n'y rencontre pas de vraies montagnes où les oiseaux viennent faire leur ponte.
Pour la même raison, la côte nord de la Sibérie est dépourvue de ces petits îlots qui se prêtent à la couvaison par le fait que la glace qui les entoure se détache si prématurément, 'que les oiseaux peuvent y vivre sans craindre les attaques des renards. Nulle part, par exemple, nous n’y trouvâmes un lieu favorable à la couvée comme aux îles de Dun, à l’entrée du Horn Sund. Aussi ne manquait-on pas de regretter la surabondance d'œufs que l’on rencontre dans les régions arctiques et qui apporte à ceux qui sont obligés d’hiverner un changement de nourriture si sain et si agréable au milieu du régime des conserves. En revanche, un grand nombre d'oiseaux passèrent au printemps au-dessus de notre quartier d'hiver pour gagner le Nord. On peut conclure de là qu'entre la terre de Wrangel et les îles polaires de l’Amérique, il doit se trouver de vastes étendues de terre avec de hautes montagnes, des vallées remplies de glaciers et des cimes escarpées.
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La pointe orientale de l'Asie fut doublée, le
20 juillet, à onze heures du matin ; le Véga arbora
son pavillon et tira cinq coups de canon. Nous lavions donc enfin atteint ce but poursuivi par tant de navigateurs depuis que sir Hugh Willoughby quitta le port de Greenwich, le 20 mai 1553, au bruit du canon et des hourras des marins en grande tenue... Les choses alors tournèrent bien mal, on le sait, pour sir Hugh et la plupart de ses compagnons ; ils n’en eurent pas moins l'honneur de frayer la voie à leurs compatriotes.
Depuis lors, une foule d’expéditions de divers pays ont tenté la même route, toujours sans succès et au prix de la perte des vaisseaux et de la santé des hardis navigateurs. Aujourd'hui, seulement, aprés que trois cent vingt-six ans se sont écoulés, et que la plupart des hommes compétents ont déclaré l’entreprise impossible, le passage du Nord- Est est enfin ouvert.
Grâce à l'esprit d'ordre, au zèle, et à l’habileté de nos marins et de ieurs chefs, ce problème a été résolu sans que nous ayons à déplorer la perte d'un seul homme, sans que la santé de ceux qui participèrent à l'expédition ait eu à en souffrir, sans la moinde avarie à notre navire.
Ces faits ont eu lieu dans des circonstances qui prouvent que la même entreprise peut se renouveler en quelques semaines, presque tous les ans, peut-être même tous les ans. Qu’on nous pardonne donc si nous avons vu avec un certain orgueil notre pavillon azur et or flotter au haut du grand mât sous les salves du canon suédois, dans le dé-
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troit où l’ancien et le nouveau monde cherchent à se tendre la main!
La nouvelle route que nous venons d'ouvrir n'est plus nécessaire, il est vrai, comme voie commerciale entre l'Europe et la Chine, mais il a été donné, à cette expédition suédoise et à celles qui l'ont précédée, d'ouvrir tout un océan à la navigation et d'offrir à presque la moitié d’une partie du monde la possibilité de communications maritimes entre les diverses mers qui la baignent.
Du cap Oriental, nous nous dirigeâmes d’abord sur la baie de Saint-Lawrence, port assez considérable qui s'ouvre dans la presqu'île des Tschoutsches, à quelque distance au sud du détroit Behring. Le caleul qui fut fait alors des provisions que nous avions pour naviguer dans le Pacifique, nous montra que nous possédions encore à bord 4,000 pieds cubes de charbon et des denrées pour un an.
Dans le mémoire sur la vie des Tschoutsches du littoral, que j’adresse avec cette relation, j'énumère les villages qui se trouvent entre la baie Tchaour et le cap Est. Ces renseignements sont dus au lieutenant Nordqvist qui interrogea une foule de conducteurs de chiens ou de rennes, venus se reposer un instant à bord pendant l'hiver. Ces derniers finissaient toujours leur énumération par le village d’Erstryn, situé immédiatement à l’ouest du cap Est, et ils disaient qu’un autre peuple habite plus loin à l’est et au sud. Cela concordait avec les données fournies par les ouvrages qui traitent de l’ethnographie de cesrégions. Suivantleurs auteurs, le reste peu nombreux d’une peuplade parente des
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Esquimaux, les Onkilones, qui habitait autrefois toui le pays tschoutsche, devait demeurer encore sur la côte asiatique du détroit de Behring et à l'embouchure de l’Anadyr.
Pendant qu'une épaisse brume nous forçait à n’avancer qu'avec précaution dans le voisinage du cap Est, 20 à 30 indigènes, montés dans un grand canot de peau, s’approchèrent du navire. Nous les accueillimes avec plaisir, heureux de faire connaissance avec une peuplade nouvelle pour nous. Dès qu'ils *urent grimpé par-dessus les bordages, nous les reconnûmes pour de vrais Tschoutsches dont beaucoup avaient déjà été nos hôtes à bord. Les Ankali, nous dirent-ils, ne se rencontrent que plus loin vers la baie Saint-Lawrence.
Le lendémain, mouillant à l'entrée de cette baie, nous reçûmes comme de coutume la visite des indigènes et nous allâmes voir leurs tentes à terre. Ils parlaient encore le tschoutsche mêlé de quelques mots étrangers; ils habitaient des tentes construites d’une façon un peu différente de celles de leurs voisins, et leur visage semblait aussi avoir un caractère différent. Eux-mêmes prétendaient descendre des peuplades guerrières dont le pouvoir s'étendait jadis sur la côte septentrionale, mais ils nous apprirent que le peuple que nous cherchions se trouvait un peu plus au sud.
Quelques jours après, nous jetions l’ancre à Koniambay (64° 49’ lat. et 172°58'0. de Grenw). Là encore nous ne rencontrâmes que de vrais Tschoutsches, c’est-à-dire des propriétaires de rennes. En cas que des Esquimaux aient demeuré autre-
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fois, non seulement à l'embouchure de l’Anadyr, mais encore au cap Est, il semblerait que leur nationalite se fût totalement confondue, depuis, avec celle des Tschoutsches dans cette région. Il est certain qu’on ne les a pas fait émigrer de force pendant les cinquante dernières années. Il faut ajouter que le nom d'Onkilone, que Wrangel donne à l’ancienne population côtière chassée par les Tschoutsches, est évidemment parent de celui d’'Ankali par lequelles Tschoutsches nomades désignent actuellement leurs compatriotes du littoral. Les questions qui se rapportent à ce sujet ont une valeur ethnographique en tant que, pour admettre la migration des Esquimaux d’Asie en Amérique par le détroit de Behring oula terre de Wrangel, il faut avant tout prouver que la côte d'Asie au nord-est a été jadis habitée par des Esquimaux. Povr éviter tout malentendu, j’ajouterai que, d’après des auteurs russes très dignes de foi, des tribus de vrais Esquimaux demeurent encore aujourd’hui à l'embouchure de l’Anadyr et peut-être à Tschoutschekoï Nos et que les auteurs anglais qui classent les Esquimaux et les Tschoutsches dans une seule et même race sont complètement dans l'erreur. Le lieutenant Nordqvist a recueilli avec une grande persévérance une liste d'environ 1,000 mots tschoutsches et un échantillon suffisant de langage pour faire distinguer !e dialecte parlé par les indigènes de la côte américaine. L’étude comparée et attentive de ces nomenclatures prouve que ces derniers sont des Esquimaux purs, avec lesquels on pouvait se faire comprendre pour les échanges
’Anadyr, que leur , depuis, égion. Il de force x, Il faut ;el donne ) par les de celui des dési- 1 littoral.
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en se servant par exemple du vocabulaire publié par la Géographie et l’Etänologie polaires (Lonüres, 1875); mais que les Tschoutsches parlent une tout autre langue, moins étrange à notre oreille que celle des Esquimaux et plus conforme à nos idées sur la structure des phrases.
Une preuve singulièrement remarquable du genre de vie identique qu’un climat analogue et une même lutte pour l’existence imposent à des peuplades toutes différentes, en même temps que l'impossibilité de conclure à des liens de parenté entre deux tribus par la parfaite conformité des ustensiles de ménage qu’ils emploient, se trouve dans cette complète ressemblance chez les Esquimaux et chez les Tschoutsches. Ces deux peuples voisins ont certainement plus d’ustensiles semblables dans leurs tentes que de mots communs dans leurs lanysues.
Mon intention était d'avancer autant que possible dans la baie Saint-Lawrence pour procurer à nos naturalistes l’occasion d’achever leurs études sur la presqu’ile tschoutsche. Malheureusement, arrivés à cette baie, nous la trouvâmes encore gi obstruée de glaces que le Véga dut jeter l’ancre près du village de Nounamo, situé au nord de l’entrée du fiord. De vastes banquises, mais fort amincies et rongées, flottaient en si grand nombre devant le navire qu’il n’eût pas été prudent de rester là plus qu’il n’était absolument nécessaire. Nous n'y séjournâmes que jusque dans l’après-midi du 21 juillet.
Le campement de Nounamo ne se trouve pas,
249 LETTRES DE NOTDENSKIOLD
‘comme les villages tschoutsches que nous avions déjà vus, sur la plage même, mais assez haut sur un promontoire entre la mer et un fleuve qui débouche en cet endroit et que vient grossir la fonte des neiges. Tout près du village s'élève une montagne assez élevée dont les versants sont couverts d'éboulements où nichent de nombreuses marmottes et une autre espèce de rongeur congénère du lièvre, mais qui ne dépasse pas la dimension d’un gros rat. Les savants appellent cet animal Nagomys alpinus. La montagne était séparée de la mer par une falaise étroite, haute de 15 à 30 mètres, sur laquelle étaient dressées une dizaine de tentes et où brillait une riche collection de fleurs.
En quelques heures, le docteur Kjellmann recueillit sur un espace restreint une centaine d'espèces de fleurs, entre autres une foule d’échantillons qui n’avaient pas été rencontrés sur la presqu'’île tschoutsche.
Les versants des montagnes montraient encore de grands espaces couverts de neige, et des sommets, on pouvait voir que des masses considérables de glaces continuaient à flotter près de la rive asiatique au delà du détroit de Behriug.
Le docteur Stuxberg gravit la cime d’une montagne voisine. Il trouva le cadavre d’un indigène déposé sur une tombe de forme tschoutsche. À côté du mort il remarqua un vase brisé, des javelots, des flèches, un briquet, une pipe, un écran ou vigière contre la neige, un tamis pour enlever la poussière de glace qui se forme quand on pratique des trous dans la masse solide; d’autres objets en-
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core qu’on avait jugés nécessaires au défunt dans le monde nouveau. Le cadavre était resté là depuis un an au moins, mais la pipe était évidemment une des nombreuses pipes de Hollande que nous avions distribuées à bord du Véga aux indigènes qui nous visitaient. Elle doit donc avoir été déposée là longtemps après l’enterrement.
Dans d’autres pérégrinations le long dé la côte, le docteur Stuxberg eut la bonne fortune de trouver des toinbeaux indigènes ei il a rassemblé ses observations dans un article qui sera peut-être publié dans le Bulletin de la Société d'anthropologie et de géographie.
Comme je l’ai dit plus haut, les tentes de Nounamo étaient construites d’une façon un peu différente de celles des Tschoutsches. En effet, la carcasse de toutes les tentes que j'ai vues sur la côte septentrionale se composait d’éclisses de bois ingénieusement assemblées et étayées avec des pierres ou des sacs de sable. A Saint-Lawrence, au contraire, le squelette des tentes était formé en grande partie d'os de cétacés. La couverture de peau de phoque était tendue en bas par exemple sur des côtes et des mâchoires inférieures de baleine, enfoncées dans le sol comme des pieux; les pieux étaient souvent réunis en haut au moyen de tringles fournies par les côtes de cétacés et de là partaient d’autres lattes de même nature ou de fanons montant jusqu'au point culminant de la tente. Pour empêcher le vent d'enlever cette enveloppe, les hords en étaient chargés d'os de baleine. A défaut de bois flotté et pour épargner l’huile de poisson,
on employait comme combustible les os de balénides et de phocides imprégnés de graisse. Des os de cétacés étaient creusés pour servir de lampes et dans plusieurs foyers en dehors des tentes, la marmite était suspendue au milieu d’une côte de baleine fortement arquée et plantée en terre. L’entrée des tentes où les indigènes conservent la graisse dans le voisinage des tentes était ordinairement fermée par une omoplate de baleine, des lames de fanon ou des morceaux de mâchoire inférieure et des côtes plus droites servaient à faire des patins de traîneaux, des pelles et des pioches pour briser la glace, tandis que les fibres des fanons et les tendons servaient à assembler les diverses parties, etc. :
La chasse semblait avoir été abondante pendant les derniers jours, à en juger par la quantité de chair noire de phoque et d’intestins gonflés qu’on avait étalés près des tentes pour les faire sécher, ainsi que par les morceaux de viande saignante, conservés çà et là dans l’intérieur de manière à vous donner des nausées.
La plupart des phoques capturés appartenaient à l'espèce des Phoca fœtida, mais nous vimes aussi des restes du Phauca Nautica. L’expédition s’est procuré la peau et le crâne de cette espèce de phocide très rare et remarquable par l’ornementation de sa pean.
A l'entrée de chaque tente, on apercevait de grands tas de branches vertes d’osier qu’entouraient des femmes et des enfants occupés à en manger les feuilles avec délices. En d’autres
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En somme le nombre d'espèces de plantes et la quantité de substances végétales que les Tschou.sches consomment crus en été ou amassent pour l’hiver ne laissent pas d’être fort considérables. C’est donc une erreur que de considérer ce peuple comme se nourrissant exclusivement d’aliments tirés du règne animal. Nous avons peut-être là un indice du genre de vie que menaient les peuples vivant pendant l’âge de pierre. Du moins, certains côtés qu’on a trop négligés d'étudier, peuvent avoir une grande importance pour juger la manière de vivre des peuplades sauvages.
C’est pour cela que j'ai vu avec un grand plaisir le docteur Kjellmann recueillir avec soin des renseignements nombreux sur la nature des plantes potagères des Tschoutsches et la manière dont ils les emploient et cela constitue une étude plus difficile qu'on ne le croirait, en raison de la nécessité de connaître une infinité de détails : l’utilisation de feuilles fermentées, de fleurs détachées, de morceaux d’écorce, de racines sèches, etc.
De Nounamo, nous mîmes le cap sur Porl- Clarence, situé sur la côte américaine du détroit de Behring et nous y jetâmes l'ancre dans l’aprèsmidi du 22 juillet, après avoir traversé une mer jonchée de glaces flottantes du côté de l'Amérique. Port-Clarence, qui se trouve immédiatement au sud de la pointe la plus occidentale de l'Amérique, n’est pas un très grand port, mais il est excellent.
C'était le premier port digne de ce nom où le Véga mouillât depuis qu’il avait quitté Actinia-hamn, dans l’île de Taïmour, le 18 août 1878. Pendant tout le temps qui s’est écoulé depuis cette dernière date, le Véga a toujours été ancré ou embossé dans des rades ouvertes, sans le moindre abri formé par la terre pour le protéger contre les vagues et les vents venant du large. Grâce à l’intelligence et à la sagesse de son chef, le lieutenant Palander, grâce aussi à l’habileté de ses officiers etde l'équipage, il est sorti de ces épreuves non seulement intact, mais encore en état de tenir la mer comme le jour de son départ du port de Karlskrona.
Le port Clarence est protégé contre la mer par une dune longue et basse, au nord de laquelle se trouve une entrée commode et profonde. A l’intérieur du port débouche un fleuve considérable, doni l'embouchure s’élargit en un lac séparé du port extérieur par un isthme de sable. Ce lac forme un port intérieur dont l'entrée n’est pas assez profonde pour donner accès aux navires d’un grand tirant d’eau. Le fleuve lui-même est profond et s'étend à environ 18 kilomètres de son embouchure en formant une sorte de lac, sur les bords duquel se dressent des montagnes formées d’une série de pics et hautes de 7 à 900 mètres. Au sud du fleuve et du port, le sol descend à pie et forme une falaise de 10 à 20 mètres, tandis qu'au nord la rive est généralement basse. Un peu plus loin à l’intérieur, le sol s'élève subitement en collines de 180 à 200 mètres.
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les vallées et autres lieux à l'abri du soleil, Nous n’y vimes point de glaciers, bien que nous eussions pu nous attendre à en trouver sur le versant des hautes montagnes qui bordent à l'est le lac intérieur. Il était évident qu’une couche un peu importante de glace n’avait pas dû non plus s’étendre là pendant ia période qui a précédé la nôtre. En effet, les excursions que nous entreprimes dans diverses directions ne nous indiquèrent nullement l'existence d’une période glaciaire disparue.
Lorsque le Véga, entrant dans le port, s’approcha du cap York, à l’ouest-nord-ouest du port Clarence, on put observer distinctement du pont, que les hautes montagnes de ce promontoire sont formées de roches stratifiées. J’espérai donc pouvoir enfin recueillir un bon nombre de pétrifications, mais, à mon arrivée, je m’aperçus que ces couches sont entièrement formées de schistes cristallins sans aucun vestige d’animaux ni de végétaux fossiles. Nous ne trouvâmes pas non plus sur le rivage, en cet endroit, d’os de cétacés ni de restes de mammouths, qu’on rencontre seulement dans la baie d’Eschscholtz, située un peu plus au nord.
Dès que l’ancre fut jetée, nous reçûmes la visite de grands canots de peau regorgeant d'hommes, de femmes, d’enfants, de tentes et de mobilier, Une partie des indigènes était évidemment en route pour les pêcheries et les lieux de chasse où ils passent l’été. D’autres avaient dressé leurs tentes sur les rives du port intérieur ou du fleuve dont j'ai parlé.
Ces indigènes étaient des Esquimaux qui ne comprenaient pas un mot de tschoutsche. Parmi eux se trouvait pourtant une femme tstoutsche, qui prétendit que des tribus de sa nation étaient également établies sur la rive américaine entre la pointe Barrow et le cap prince-de-Galles. Quelques indigènes parlaient toutefois un peu l'anglais et l’un d’entre eux avait même été à San Francisco et à Honolulu. Nombre de leurs ustensiles rappelaient le contact que ces sauvages avaient eu avec les Américains et les baleiniers. Il est juste de reconnaître que ces relations ont été à l'avantage des indigènes et ont servi à leur amélioration au point de vue moral.
La plupart habitaient des tentes de coton léger; quelques-uns étaient vêtus à l’européenne, d’autres continuaient à porter des pantalons de peau de phoque ou de renne; une chemise légère et moelleuse en fourrure de marmotte sur laquelle en temps de pluie ils mettaient un pardessus en boyaux. La coiffure ressemblait à celle des Tschoutsches.
Les femmes étaient tatouées de quelques raies au menton. Un grand nombre d'hommes portaient des moustaches, tandis que quelques-uns avaient toute la barbe, mais elle était peu touffue. D'ordinaire ils avaient deux trous, longs de six à sept millimètres, percés dans la lèvre au-dessous des commissures de la bouche; ils y portaient de grands morceaux d'os, de verre ou de pierre. Maint indigène avait de plus un trou semblable sur le devant de la lèvre,
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Une jeune fille portait une grande perle bleue pendue au nez dans la cloison médiane duquel on avait pratiqué un trou dans ce but. Elle eut l'air fort embarrassé quand elle vit tous les yeux se porter sur cet ornement. Toutes les femmes avaient de longs cordons de perles suspendus aux oreilles; elles portaient des bracelets de fer ou de cuivre assez semblables à ceux des Tschoutsches. Le teint était peu foncé, même les enfants avaient les joues roses ; les cheveux noirs ressemblaient à du crin. Leurs yeux étaient petits, bruns, un peu obliques; leur visage plat, leur nez petit et aplati à la naissance. Les lèvres percées n'étaient pas difformes lorsque, comme cela avait lieu généralement, elles n’étaient pas surchargées d’ornements. Ce singulier usage, du reste, tend à disparaître ou du moins à se rapprocher de la mode européenne et les indigènes commencent à se percer les oreilles au lieu des lèvres.
La plupart étaient de taille moyenne, avaient l'air sain et bien portant sans maigreur ni obésité trop apparentes. Les pieds et les mains étaient petits. Le peuple était plus propre que les Tschoutsches ; une certaine élégance et un certain ordre régnaient dans leurs tentes dont les planchers étaient recouverts de nattes faites avec des matières végétales tressées.
A côté de toute sorte d'outils et instruments de fer achetés aux Américains, entre autres des fusils se chargeant par la culasse, des revolvers, des haches, etc., ils avaient des arcs et des flèches,
des javelots, des gaffes en os et divers instruments
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en pierre. C’étaient surtout les ustensiles pour la pêche à la ligne, qui étaient ingénieusement fabri. qués avec différentes sortes d'os, de pierres, de perles en verre, de morceaux rouges de peaux d'oiseaux, etc. Des fibres de fanons assemblaient Je tout et donnaient à l’engin la forme de certains insectes, employés chez nous comme appât pour la pêche des saumons.
Ils faisaient du feu, soit avec une pierre à fusil et de l’amadou, soit avec un briquet mécanique, Beaucoup se servaient aussi d’allumettes américaines. L’archet qui faisait tourner la roue du trépan était souvent d'ivoire et richement orné de toute sorte de dessins de chasse.
Leurs instruments étaient mieux façonnés, plus élégants et plus richement peints que ceux des Tschoutsches. Ces indigènes étaient plus à leur aise et possédaient un plus grand nombre d’embarcations en peau, kaïaks ou oumiaks. Toutes les anciennes relations s'accordent à dire que les Tschoutsches jouirent autrefois d’une grande puissance dans ces régions; mais tout prouve aujourd'hui que cette grandeur n’est plus. Une certaine estime pour eux semble pourtant régner chez les tribus du voisinage.
Une fois la première méfiance passée, les indigènes se montrèrent aimables, prévenants, honnêtes, quoique enclins à mendier et très causeurs en pratiquant des échanges. Aucun chef ne se trouvait, semble-t-il, parmi eux; une égalité parfaite régnait et les femmes ne semblaient en aucune façon inférieures aux hommes. Les enfants éiaient