L. RiCCOBONI
(Dell' Arte rapprasentativa.)
1 . Cette Epitre, publiée par d'Allainval dans sa Lettre à Milord***, parut d'abord dans le Mercure de décembre 172? (p. 1129) ; réimprimée en 1724 à la suite de la Ligue ou Henri le Grand (p. 193), elle figure au tome !«■■ des Œuvres de Voltaire, édition d'Amsterdam, Ledet, 1732, pp. 2^3-54, dans le Censeur hebdomadaire de 1760 et dans le Choix des Mercures et autres journaux (t. LXX, 1762).
2. Chant treizième du Vice puni, poème héroï-comique publié en 1723.
276 Adrienne Le Couvreur.
Voici de ce passage la traduction que donne d'Allainval :
>i La charmante Le Couvreur est la seule qui ne suive pas la route où tous ses camarades courent ensemble, et à bride abattue; s'il arrive qu'elle pleure ou qu'elle se plaigne, sans épouvanter comme eux par des hurlements, elle remue tellement le cœur qu'on est obligé de s'attendrir avec elle, et l'on est charmé de voir que les plus grands partisans de la déclamation font chorus avec les autres pour la louer. " (Lettre a M)7on/***, p. 55.)
ÉPITRE A m"" le couvreur*
à propos de la dispute qui s'est élevée depuis quelque temps au sujet de Li déclamation des D""^ Du Clos et Le Couvreur.
Enfin le vrai triomphe et la fureur tragique Fait place sur la scène au tendre, au pathétique. C'est vous qui des douceurs de la simplicité Nous avez fait connaître et sentir la beauté; C'est vous qui, méprisant le prestige vulgaire, Avez su vous former un nouvel art de plaire. Vous dont les sons flatteurs, ignorés jusqu'alors. Des passions de l'âme expriment les transports. Avant que vous vinssiezj par Melpomène instruite, D'un heureux naturel nous montrer le mérite, Tel était de Paris le fol entêtement.
On donnait tout à l'art et rien au sentiment, Et le théâtre en proie à des déclamatrices
I . Cette Epître est imprimée dans les Mémoires historiques et critiques, feuille bimensuelle, de D. F. Camusat, 1 5 février 1722 (Amsterdam, chez J.-F. Bernard), p. 17 à 20, sous le nom de M. de Beauchamp, auteur de la traduction en - vers des Epîtres d'Héloîse et d'Abélard. D'Allainval l'a reproduite dans sa Lettre à Milord *" .
Appendices. 277
N'ofîrait aux spectateurs que de froides actrices, .
Un murmure confus s'élève contre moi,
Je porte le dégoût plus loin ûue je ne doi.
Le Théâtre-Français, en moûèles fertile,
En sujets excellents ne fut jamais stérile.
Rappelez-vous... de quoi prétend-ôn me blâmer?
Je ne conteste pas qu'on n'ait su déclamer.
Mais parvient-on au cœur par une voix forcée
Qui ne rend de l'auteur le sens ni la pensée ?
Je ne m'en cache pas, il faut pour me flatter
M'émouvoir, m'attendrir et non m'épouvanter.
Je veux qu'on parle au cœur, et non pas aux oreilles,
Sans cela le Théâtre est pour moi sans merveilles,
Le plus pompeux récit est froid à me glacer.
Un mot succède à l'autre et le vient effacer.
Faut-il donc, pour toucher, des clameurs glapissantes,
Des gestes çonvulsifs, des écarts de Bacchantes?
Croit-on que je suis sourd? de grâce, calmez-vous;
Vous ne respirez plus, à quoi bon ce courroux?
Est-ce ainsi que s'exprime une jeune princesse
Que la crainte saisit, qu'agite la tristesse?
Quand par un seul regard qui déplut à l'Amour
L imprudente Psyché le perdit sans retour.
Quand livrée au pouvoir de sa fière rivale
Malheureuse elle errait sur la rive infernale.
De ses tendres regards le charme et la douceur
De la Reine des morts adoucirent le cœur.
On ne l'entendit point dans les Royaumes sombres
Par de lugubres cris épouvanter les ombres.
Je ne suis point sensible à de fausses douleurs.
Et ce n'est qu'en pleurant qu'on m'arrache des pleurs '.
La Nature et le cœur toujours d'intelligence
Veulent que tout soit simple, et l'excès les offense.
Je suis par des fureurs moins ému que surpris.
Je veux du pathétique, et n'entends que des cris.
I. Horace, Ars poet., v. 102-3. Boileau, Art poétique, ch. m, v. 142.
278 Adrienne Le Couvreur.
Je ris quand je te vois, insensée Hermione,
Rappeler en criant l'ingrat qui t'abandonne.
Non, ce n'est point ainsi qu'on ramène un amant,
II faut plus de tendresse et moins d'emportement.
Je sais que la douleur a peine à se contraindre.
Mais qui se plaint si haut ne paraît guère à plaindre.
Mon cœur n'est point de fer, il connaît l'amitié,
Le dépit, le soupçon, l'amour et la pitié.
De peine et de plaisir il est trop susceptible.
Je serais plus heureux si j'étais moins sensible. i
Cependant avant vous je ne sentis jamais
Ces langueurs, ces transports et ces troubles secrets;
Douces émotions d'une âme pénétrée,
Vous seules de mon cœur avez trouvé l'entrée...
Mais que fais-je ! pour prix d'avoir charmé mes sens,
N'ai-je à vous présenter que des vers languissants?
Quel tribut ! je vous dois un hommage plus tendre,
C'est en vous écoutant que j'irai vous le rendre.
De Beauchamp.