‹ Lettres de Adrienne LecouvreurChapitre 20 sur 126 · APRES LA MORT · texte numérisé non relu

APRES LA MORT

A peine disparue, la tragédienne, qui avait suscité les jugements les plus contradictoires, devint l'objet d'éloges unanimes et d'universels regrets. Une nuée d'épitaphes fut consacrée à sa mémoire : on les trouvera réunies à d'autres pièces de vers , dans notre Appendice, sous le titre de Couronne poétique d'Adrïenne Le Couvreur.

Le vendredi qui suivit sa mort, à la clôture du théâtre, son jeune camarade Grandval, récemment reçu sous le nom de Duval, prononça au nom de la Compagnie le discours suivant, écrit par Voltaire luimême :

tt Je sens , Messieurs , que vos regrets redemandent cette actrice inimitable, qui avait presque inventé l'art de parler au cœur et de mettre du sentiment et de la vérité où. l'on ne mettait guères auparavant que de la pompe et de la déclamation.

tt Mlle Le Couvreur — souffrez-nous la consolation de la nommer — faisait sentir dans tous ses personnages toute la délicatesse, toute l'âme, toutes les bienséances que vous désiriez : elle était digne de parler devant vous. Messieurs; parmi ceux qui daignent ici m'entendre, plusieurs l'honoraient de leur amitié; ils savent qu'elle faisait l'ornement de la société comme celui du théâtre, et ceux qui n'ont connu en elle que l'actrice peuvent bien juger, par le degré de perfection où elle était parvenue, que non

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seulement elle avait beaucoup d'esprit, mais encore l'art de rendre l'esprit aimable.

a Vous êtes trop justes, Messieurs, pour ne pas regarder ce tribut de louanges comme un devoir : j'ose même dire qu'en la regrettant, je ne suis que votre interprète '. "

Huit jours après sa mort, le président Bouhier la comparait à laChampmeslé, à la Du Clos, à Mlle Raisin, a sur lesquelles elle l'emportait — dit-il — pour l'action et pour le jeu naturel. Elle était, en son genre, ce que Baron était dans le sien-. - <

Le Mercure de France lui consacrait aussitôt un long et élogieux article nécrologique , reproduit presque textuellement par les Nouveaux Amusements sérieux et comiques (1756) et par Titon du Tillet dans son Supplément au Parnasse françois (1743) :

>> Le Théâtre-Français vient de faire encore une perte des plus grandes qu'il piit faire en la personne d' Adrienne Le Couvreur, morte d'un flux de sang en peu de jours, le lundi 20 de ce mois ^. ^

Et il continue en ces termes, qu'il faut reproduire in extenso, comme le premier témoignage de ce deuiFgénéral :

« On ne saurait exprimer les regrets du public, à la Cour et à la Ville, sur la perte de cette inimitable actrice, qui avait l'art admirable de se pénétrer au degré qu'il fallait pour exprimer les grandes passions et les faire sentir dans toute leur force. Elle allait d'abord au cœur, et le frappait vivement avec une intelligence, une justesse et un art qu'il

1 . La Harangue qui renferme ce bel éloge parut pour la première fois dans la lettre à Milord *** (1730) ; elle a été réimprimée dans la Collection des Œuvres de Voltaire, Amsterdam, 1764 (t. 1, 2" partie, p. 698) ; se trouve au tome XXXVII (p. 94-96) de l'édition de Beuchot (1829), et au tome XL des Œuvres de Voltaire, publiées chez Garnier par M. Louis Moland.

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