‹ Lettres de B. de Spinoza inédites en françaisChapitre 9 sur 36 · Simon de Vries était un riche bourgeois d'Ams · texte numérisé non relu

Simon de Vries était un riche bourgeois d'Ams

le mauvais temps et ce rude hiver ne me Font pas permis. Je maudis la fortune de créer ainsi entre nous, une distance, qui nous sépare l'un de l'autre pendant de si longs mois.

Ah! heureux, bienheureux votre compagnon de logis, demeurant sous le même toit, qui peut converser avec vous, à dîner, au souper, à la promenade, sur les sujets les plus élevés! Mais, quoique nos corps soient si éloignés, vous m'êtes bien souvent présent en esprit, surtout lorsque je lis vos écrits, et que je les tiens entre mes mains. Cependant, comme tout n'y paraît

terdam, qui s'éprit pour Spinoza, dont il admirait les doctrines, d'une très vive amitié.

Approchant de sa fin, et n'ayant ni femme ni enfant, il résolut d'instituer Spinoza son héritier universel. Spinoza, averti, représenta très fortement à son ami qu'il ne devait pas déshériter son frère unique, demeurant alors à Schiedam. A force d'instances, il parvint à le faire changer de résolution. Simon de Vries consentit, mais à la condition que son frère ferait à Spinoza, une pension viagère de 500 florins. Spinoza trouva la somme trop forte, et la fit réduire à 300 florins par an, qui lui furent d'ailleurs régulièrement payés jusqu'à sa mort.

pas assez clair à nos compagnons (et c'est pourquoi nous avons repris nos réunions), et dans la crainte que vous ne supposiez que je vous oublie, je me suis déterminé à vous écrire cette lettre.

Pour ce qui est de notre réunion, voici comment elle est instituée. L'un de nous (et chacun a son tour) lit vos écrits. Il les explique comme il les comprend; puis il en démontre toutes les parties, suivant Tordre et l'enchaînement de vos Propositions. S'il arrive alors que nous ne puissions nous satisfaire les uns les autres, nous avons jugé utile de marquer le passage douteux, et de vous écrire, afin que vous nous le rendiez plus clair, s'il est possible; et que, sous vos auspices, nous défendions la vérité contre les superstitions religieuses et catholiques; dussions-nous soutenir le choc du monde entier.

Ainsi donc, comme toutes les définitions, lues et expliquées dès le commencement, ne nous paraissaient pas suffisamment claires, nous n'avons pu porter de jugement sur la nature de la définition.

Alors, comme vous n'étiez pas auprès de nous, nous avons consulté un savant mathématicien, nommé Borel \ qui disserte sur la nature de la définition, de l'Axiome et du Postulat, et cite l'opinion des autres sur ce sujet.

Voici quelle est son opinion (voir les

Posthuma) :

Je vous remercie très vivement des manuscrits que vous m'avez communiqués par l'entremise de Pierre Balling. Ils m'ont causé une grande joie; mais sur-

1. Il s'agit sans doute de Borel, né à Castres, en 1620, et membre de l'Académie des sciences.

LETTRES INEDITES

tout le Scholie de la Proposition XXIX *.

Si je puis ici vous rendre service en quoi que ce soit, je suis tout à votre disposition. Vous vous donnez tant de peine pour m'instruire !

J'ai commencé de fréquenter l'Ecole d'anatomie. Je suis déjà presque à la moitié du cours. Quand j'aurai terminé, je commencerai la chimie; et, suivant vos conseils, je parcourrai ainsi toute la médecine.

J'ose espérer que vous voudrez bien me répondre, et me dis, en vous serrant la main,

Votre tout dévoué,

Simon de Vries.

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