‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 36 sur 78 · Au Miisc'o (le Moi'ei)c(î · texte numérisé non relu

Au Miisc'o (le Moi'ei)c(î

'■i. Monti fViiKenzo), le poète bi'-'ii «•(itiiiii, appréciait beaucoup plus

VOUS fatiguer du détail de tous les tours de roue de la diligence. Il m'est bien difficile do vous parler de Bologne, quoique j'y sois depuis une heure. Je ne l'ai pas encore vue ; il est nuit, le temps est chargé de nuages. La pluie ou le brouillard m'ont tenu fidèle compagnie depuis Vercelli jusques ici. Clie gusto ! Quant au beau ciel d'Italie, je n'en ai pas encore vu un pouce; mais je m'en rapporte.

Communiquez cette lettre à notre ami Costa et donnez de mes nouvelles à tous ceux et à toutes celles que cela peut intéresser. En attendant que je vous écrive de Rome, je vous embrasse et vais me coucher : je suis rompu. Adieu, tout à vous de cœur,

J.-F. Ch.

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Bologne, 6 mars 1825.

La réception de la présente te dira, mon cher ami, (jue le voyage m'a fort bien réussi jusques à présent. Me voici dans l'État pontifical, et je pars demain, à midi, pour aller en avant. Ma santé est parfaite, quoique le mauvais temps n'ait cessé de me faire bonne compagnie depuis Milan jusques ici, et cela au point que je ne connais encore le beau ciel d'Italie qu'en peinture seulement. Pendant mon séjour à ^Slilan, qui a été de quarante heures, j'ai visité le Cabinet Impérial de Bréra, dont le Directeur, M. Cattaneo, très savant homme, a bien voulu me montrer les portions Égyptiennes. J'y ai trouvé une belle momie, de temps un peu bas cependant, des fragments de papyrus funéraires, et un débris de

l'eut liousi.-isnie de « rÉgyplien )> pour Virgile, et surtout pour Homère, que tout ce qu'il avait fait comme créateur de la nouvelle science.

registre de comptabilité sans protocole, daté des ans 8 et 9, et dont je crois avoir vu le reste dans le Musée de Turin. Je vérifierai la chose plus tard.

La petite collection du marquis Malaspina, qui est, au physique, un véritable abbé de Tersan, m'a fourni quelques

petites notes J'y ai trouvé un véritable cylindre persé-

politain, en terre émaillée Egyptienne, mais les figures d'hommes et d'animaux barbares qui le couvrent sont toujours dignes du beau siècle de Cambyse. Cette amulette ne porte aucune inscription. J'ai eu enfin le plaisir de faire une visite au vénérable Monti, l'admirable traducteur d'Homère et le premier poète d'Italie. Sa ressemblance avec le bon Laromiguière est frappante. — La traversée des États de Parme, Plaisance et Modène ne m'a rien présenté de remarquable. Le pays seul est superbe, mais le brouillard et la pluie m'empêchaient d'en jouir.

Le 7. — Le beau temps semble vouloir revenir, Dieu soit béni ! J'ai visité, hier, Bologne dans tous les sens, et vu le bon chanoine Schiassi, professeur d'archéologie à l'Institut, ainsi que le professeur de langues orientales Mezzofanti, véritable polyglotte ambulant, ayant en bouche trente à trente-six langues et les remuant toutes, dit-on, avec la même facilité. Son français est très bon. Ces Messieurs m'ont amené au Musée de l'Université, où j'ai trouvé en objets Égyptiens :

1° Un grand bas-relief granit ou basalte noir, portant une adoration du Roi Nectanèbe; c'est la frise gravée dans Ficoroni et citée dans mon glossaire;

2° Une seconde Table Isiaque (comme ils disaient), mais qui est fausse et moderne ;

3° Une charmante statue en basalte noir et représentant le Roi assis, et de plus d'un pied de liauteur. La tête m'a paru restaurée;

4" Enlin, doux momies eu l'orl mauvais état et repeintes en grande partie.

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Je vais partir dans un moment pour Rimini, où je saluerai la mer Adriatique et prendrai la via Flaminia, qui me mônera jusques à la porte de Rome, où je trouverai le bel ol)élisquc flaminien pour ma bonne arrivée. Il est décidé que je descends chez Ramelli, place d'Espagne; mes amis de Turin m'ont chargé de lettres de recommandation pour toute la ville et les faubourgs. — Adieu, mon cher ami

AU MÊME

Rome, 12 mars 1825.

Me voici enfin, mon cher ami, dans la ville des Césars. La première fièvre est un peu passée, grâce aux courses forcées que j'ai faites hier sans m'en apercevoir, pour ainsi dire, depuis huit heures du matin jusques à la nuit. Entré dans Rome à six heures, il m'était impossible de dormir, quoique un lit eût été une chose inconnue pour moi depuis Bologne, dont je suis parti le 7. Je n'ai jamais eu meilleures jambes. Les pieds, un peu enflés, ont fait leur service à merveille, et, sans autre guide que certains souvenirs topographiques, issus d'un vieux plan de Rome que j'avais examiné à Turin, sorti de mon hôtel, rue Condotti, je suis allé droit sur Saint-Pierre : vu que mon appétit était au comble, il fallait commencer par les plus gros morceaux.

Décrire l'impression que j'ai éprouvée en arrivant sur la place de cette basilique est chose impossible : nous sommes des misérables, en France; nos monuments font pitié à côté des magnificences romaines. De Saint-Pierre, j'ai couru à la place Navone, où j'ai salué le troisième obélisque (Pamphile), ayant déjà vu, en entrant par la porte du Peuple, robélis({ue llaminien et celui de Psammétichus à

Monte Citorio. De la place Navone, j'ai visité le Panthéon, puis, marchant vers le sud, je me suis trouvé au Campo Vaccino, près de l'arc de Septime-Sévère. J'ai admiré les colonnes des temples de la Concorde, de Jupiter Tonnant, les belles voûtes du temple de la Paix ; j'ai passé sous le bel arc de Titus, vu celui de Constantin, et je suis resté en extase devant le Colisée, dont j'ai parcouru l'enceinte au milieu de pèlerins en fort petit nombre et d'une foule de moines.

Revenant sur mes pas, j'ai grimpé, comme un vrai Gaulois, la rampe du Capitole. Les oies n'ont point crié, et je me suis trouvé au sommet, devant la statue équestre do Marc-Aurèle. Attiré par une statue de Rome dans la cour du Musée Capitolin, je l'ai trouvée flanquée de deux colosses Égyptiens, représentant Ptolémée Philadelphe et sa femme Arsinoé- En descendant le grand escalier du Capitole, j'ai salué les deux magnifiques lions Égyptiens et gagné la Grande-Rue du Corso.

Rencontrant le Palais de l'ambassadeur de France, j'y suis entré pour faire une visite au Secrétaire d'ambassade, M. Artaud' : je me suis trouvé en pays de connaissance et accueilli à bras ouverts, M. de Blacas ayant eu la bonté d annoncer ma venue et de me recommander de la manière la plus pressante. Après avoir pris heure pour voir M. le Duc de Montmorency- Laval, le soir même, j'allai dîner et fis maigre selon l'ordonnîmce. En sortant de table, je pris mon café en face de la fontaine de Trévi. Je grimpai à Monte Cavallo, — de là à Sainte-Marie-Majeurc, dont l'intérieur, d'une richesse inconcevable, m'a paru plus noble et plus beau que Saint-Pierre môme. Ses deux magnitit[ues rangées de colonnes ioniques font un e(îet admirable.

Je marchai ensuite droit sur Sainl-Joan do Lalnin, attiré

1. l'nponl fin directeur du Mus(^e de Lyon, nnii d.> rimnipolIioM (voir p. viii do Vlnfrorltirtinn).

par le plus grand et plus antique des obélisques de Rome, celui deMœris. Les hiéroglyphes sont d'une exécution incroyable. — Je me dirigeai ensuite sur le Colisée, que je revis avec un nouveau saisissement. Je fis encore une nouvelle station au Campo Vaccino ; je revis les trois arcs de triomphe et les temples, regrimpai au Capitole et rentrai à l'hôtel pour m'habiller.

A 7 heures, je visitai l'ambassadeur, l'excellent Duc de Laval, que j'avais connu à" Turin. Il m'accueillit à merveille, et je dînerai chez lui demain avec une vingtaine de Français, parmi lesquels se trouvera Biot, que je croyais perdu dans les espaces célestes. En rentrant chez moi, je trouvai un billet du Duc de Noailles, arrivé de Naples depuis quel- (jues heures. Je courus à son hôtel et passai la soirée avec lui. Il me donna des nouvelles de M. de Blacas, qui l'a chargé de m'expédier pour Naples le plus tôt possible, vu qu'il doit venir à Rome pour la Semaine Sainte; il est probable que je partirai pour le joindre dans cinq ou six jours au plus tard. Voilà ma première journée à Rome, je ne l'oublierai jamais.

Douze heures d'un bon sommeil m'ont remis sur pied. Mes mains et mes jambes sont complettement désenflées,

et je me porte à ravir Mes tendresses à M. Dacier. Je

lui ai acheté un beau chapelet à Notre-Dame de Lorette, à laquelle j'ai fait ma visite le 9 de ce mois, à cinq heures du matin, et aux flambeaux. J'y ai retrouvé son ancienne pensionnaire en très bon état et parée comme une princesse. Je l'ai saluée de sa part. —

AU MÊME

Rome, 16 mars 1825.

J'ai trouvé, hier matin, mon cher ami, ta lettre n° 29 du 22 février chez le chargé d'affaires de Sardaigne : il me tardait de recevoir de tes nouvelles. J'espère que le manuscrit de la Seconde Lettre te sera enfin parvenu, et qu'après revision sévère, tu le livreras de suite aux compositeurs. Tâche d'obtenir de Didot un peu plus de diligence que pour la Première. Je sens bien que le point important, ce sont les gravures : mais un calque et un décalque sont bientôt faits, et Dubois aura expédié assez vite les cartouches et les deux planches, celle des tètes et le tableau colorié, que tu trouveras facilement dans la fameuse caisse partie de Turin, le jour même où je m'embarquai pour Rome.

Je croyais qu'il était inutile de te i)arler de la continuation de ta notice chronologique; il est bien évident qu'on ne peut s'en passer. Cela allait sans dire. Soigne particulièrement la XXII" Dynastie, celle de Scsonc/u's, dans hicjnelle les uns mettent six à sept Rois et d'autres trois seulement ; il faudrait décider cette difficulté d'une manière pérémptoire. J'attends donc aussi ton tableau depuis la XVir- légitime (y comprise) et les notes de tout le monde, mais qu'on se dépêche, car je ne veux point que les grandes chaleurs me suiprenncnt d;ms la ville de Romulus, où elles sont dangereuses, depuis la translation du siège de l'Knipire à Constantinople.

J'ai léser vé pour la Troisième Lettre le grand Canon (•hronologi(iue ; c'est un morceau de choix, ({u'il faut soigner particulièrement et présenter au public avec des gants d'une certaine couleur. Quant au Directeur du Musée de Turin, tape-le à ton aise. C'est un animal soutenu on ne sait

par quelle puissance occulte, et qui fait tout le mal qu'il était en son pouvoir de faire. Les [Ins]anità di Vidua sont encore du Saint-Quentin tout pur. — Dans ma lettre du 12, je te donnais mes opérations du 11, jour de mon arrivée ici : j'allai voir le jour même Biot et son camarade, dont j'ai oublié le nom, et qui est retenu sur une chaise longue depuis son arrivée à Rome, une voiture lui ayant blessé le pied dans la via del Corso.

Cette visite a été heureuse pour moi, puisque je les ai trouvés faisant un marché avec un Vetturino pour le voyage de Naples. Je me suis mis de la partie : le Duc et la Duchesse de Noailles, que j'avais vus le jour même de mon arrivée, m'ont dit être chargés par M. de Blacas de m'expédier le plus tôt possible, — j ai donc arrêté mon voyage avec Biot, son fils et leur compagnon blessé. Nous partons demain matin pour aller coucher à Velletri ; deuxième couchée à Terracina, troisième à Santa Agata, et le lendemain, à midi à Naples. Ma première sera donc datée de Parthénope. Les routes sont, dit-on, assez sûres dans ce moment-ci. Sois donc sans inquiétude et donne de bonnes nouvelles de moi à Grenoble, dans le cas que mes lettres n'y arrivassent pas directement.

J'ai donné un coup d'œil aux principaux monuments : j'ai vu les villas Pamfili et Albani. Cette dernière m'a offert une statue de plasme d'émeraude, d'un pied environ, représentant le Roi Égypto-Éthiopien Sabbaccon f 1jT«T ^^ U J uj&K, Sc/iabak, et deux colosses de Ptolémées. Je re verrai ces derniers à fond, à mon retour.

J'ai retrouvé dans la cour du Musée du Capitole les deux colosses de Ptolémée PJiiladclphe et de sa femme Aisinoé. En visitant Monseigneur Mai à la Vaticane', j'ai reconnu un

1. Mai (Angelo), préfet de la Vaticane. Se rappelant consciencieusement les services fort importants que ChampoUion-Figeac lui avait jadis rendus, il était d'une bonté extrême pour le frère cadet.

contrat démotique, dont voici le protocole : Lan III de

le (je n'ai pu examiner encore le quantième de mois à

mon aise) da Roi Ptolémée,Jils de Ptolémée, et de Bérénice, Dieux Évergètes, étant Démétrias, fils d'Apellès, prêtre d'Alexandre, et des Dieux Adelphes, et des Dieux Évergètes (sic).

Ce contrat est évidemment de Philopator, et c'est le plus ancien contrat Lagide que nous connaissions jusques à présent. J'y ai retrouvé aussi une pièce de l'an XXVI de Psammétichus.

J'ai visité en courant les magasins du marchand d'antiquités Basseggio et les collections de MM. Bartholdy et Dodwell ; il y aura quelques bonnes choses à croquer. Le hasard m'a fait rencontrer Baruzzi, le premier élève de Canova. Il m'a conduit dans son atelier, où sont encore en grande partie les chefs-d'œuvre de son maître, soit modèles, plâtres ou marbre. J'ai également eu le plaisir de voir l'atelier de Tenerani et celui du célèbre Thorwaldsen'. Je suis, depuis six jours, dans les antiquités et les beaux-arts jusques au cou. Cette vie me plairait fort, mais elle ne peut durer; les nerfs s'en trouveraient trop mal, et je suis bien aise de l'interrompre pendant quelques jours par le dolce far niente de Naples. J'ai été comblé de bontés par les Ducs de Laval et de Noailles', et j'ai passé une partie de mes journées avec ce dernier.

1. Peut-être pour ne pas rappeler à son frère une scène déplorable, que celui-ci avait eue, en 1816, avec S. de Sacy, à cause de David Akerblad, Cliampollion ne mentionne pas, ici, l'émotion profonde, qui l'avait saisi en entendant parler, dans cet atelier môme, des malheurs multiples de l'areliéologue et orientaliste suédois, des recherches duquel, pour le déchilIrtMuent du démotique, il avait eu une idée plus juste que Sacy et surtout Thomas Young. Celui-ci, par ses railleries amères, avait môme causé le silence prématuré et fort regrettable d'Akerblad, succombé, en 1819, ii ses infortunes imméritées.

2. Celui-ci lui avait écrit dans une longue lettre du 4 janvier 1825 :

Il est bon de songer aussi un peu aux finances. L'argent s'écoule dans cette Italie avec une merveilleuse facilité; je me trouve cependant encore à la tête de 1.100 francs, et j'allongerai la courroie le plus possible avec de l'économie, ce qui sera d'autant plus facile que tous les lieux de distraction sont très sagement fermés, y compris même les musées, ce qui ne divertit nullement les étrangers venus ici dans l'intention de mêler un peu le profane aux choses sacrées. —

Adieu, mon cher ami, mes respects à M. Dacier. Il peut être certain que je ne l'oublierai pas dans mes prières, en visitant les quatre basiliques. Et, si j'obtiens un brevet d'indulgence, il y sera certainement compris, lui et tous les siens. Mille choses à M. et M"^® de Férussac et aux bons amis Dubois, Teuillié, Duguet et le brave Prieur. Je t'embrasse et suis tout et toujours à toi de cœur,

J.-F. Ch.

A L'ABBE GAZZERA

Rome, 16 mars 1825.

J'espère, mon cher ami, que vous aurez eu de mes nouvelles par notre Costa, auquel j'ai écrit le lendemain de mon arrivée.

Vous aurez pu voir que \'d furia francese a survécu à toutes les révolutions qui ont désolé ma pauvre ])atrie, puisque mon premier jour à Rome m'a vu successivement sur tous les points principaux du cadavre de cette immense cité. Il en est naturellement advenu que mes pieds en ont

« Je serai enchanté de vous suivre dans vos recherches », et, pour lui faciliter ses courses, il mettait un de ses équipages à sa disposition.

payé la folle enchère ; ils ont été, pendant trois jours, presque hors d'état de faire le service, et j'ai roulé carrosse, grâce :mx bontés du Duc de Noailles, qui s'est empressé de me ramasser. J'ai donc couru Rome de nouveau, visité les villas Albani et Pamfili. J'ai trouvé, dans la première, une statue, d'un pied de haut, en prime d'émeraude, de notre ami Sahacnn , conquérant éthiopien de l'Egypte, plus deux colosses de Lagides. La cour du Musée du Capitole ma offert les deux statues que je cherchai tant, celles de Ptolémée Phihidelphe et d'Arsinoé, sa femme. Dans une visite à M^" Mai, à la Vaticane, j'ai vu un contrat démotique de la troisième année de Ptolémée Philopator ; c'est la plus ancienne pièce Lagide que je connaisse, — voilà le plus saillant jusques à aujourd'hui.

Dites à l'ami Peyron qu'il existe à la Vaticane un manuscrit-papyrus grec cursif du temps d'Antonin, et ayant environ cinq pages. Mai dit que c'est un testament, mais, comme il n'est pas fort sur l'article, il serait bon que Peyron lui en demandât un calque : ce qu'il serait facile d'obtenir, puisque Monsignor en a envoyé un à Berlin'.

J'ai trouvé ici Biot, et notre départ pour Naples est arrangé définitivement pour demain ; M. de Blacas, désirant que je parte au plus vite, j'ai saisi cette occasion de traverser les Marais Pontins en bonne compagnie. Cela fait que ma lettre sera très courte, vu qu'il me reste encore une foule de choses à faire avant de mettre à la voile.

Dites à Costa que j'ai vu, hier, le marquis Croza, dont je suis parfaitement satisfait ; il m'a remis une lettre de mon frère et de ma femme. Ma santé est bonne ; ménagez la vôtre. Embrassez Costa pour moi et aimez-moi comme je vous aime,

J.-F. Champollion.

1. A Guillau.iie de Humboldt, qu'il aimait beaucoup. Il refusa le iiK^ine calque à l'abbé Peyron, son fompati-iolc.

P.-S. J'écrirai de Naples dans cinq jours. Je vous préviens que le grand Iiomme^ sera vigoureusement ramassé au demi-cercle dans le prochain numéro du Bulletin : vous pouvez l'en avertir, lui et les siens, si cela les amuse.

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Naples, 22 mars 1825.

Me voici, mon cher ami, sous le beau ciel de la douce Parthénope, et je t'écris au retour d'une course au mont Pausilippe et au tombeau de Virgile. Mon voyage a été aussi heureux que je pouvais le désirer, et aussi gai qu'une course de Paris à Saint-Cloud. La route est soigneusement surveillée, et Ton trouve des postes à de très courtes distances les uns des autres. J'ai donc traversé avec une sécurité parfaite le désert, peuplé de tombeaux, de la campagne de Rome. Nous avons déjeuné dans Albe-la-Longue, entre le tombeau des Horaces et celui des Curiaces : un mauvais lit nous attendait à Velletri, au milieu d'une foule de voyageurs aussi peu rassurés que nous par la physionomie des petits-enfants des Volsques. J'ai traversé, le lendemain, l'ennuyeuse plaine des Marais Pontins, et nos regards se sont agréablement reposés, le soir, sur les orangers, les aloès et les palmiers de la vieille Anxur. Ce petit port de Terracine a été pour nous le Havre de Grâce, Le troisième jour nous a montré les murs cyclopéens de Fondi, l'épouvantable vilotte d'Itri et la délicieuse vue du golfe de Gaëte. J'ai couru, en bon croyant, aux débris de la villa de Cicéron, où j'ai eu le plaisir de cueillir et de manger de superbes oranges. Nous avons passé sur les ruines de Minturne, et aperçu

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