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I?ini.. KCYi'T., r. xx\. 13
beaucoup dans l'état de mes projets. — Ma santé est, du reste, fort bonne, et j'ai reçu ici, de la part du Comte et de la Comtesse Préville, Français d'origine, les politesses les plus particulières. Je dois voir, après le dîner, chez M. de Blacas, M. Drummond, aussi fixé à Naples, et qui s'occupe beaucoup, me dit-on, d'antiquités orientales. Bisogna vederel Dans tous les cas, mon séjour ici ne sera pas long. Naples est une ville très bonne pour ceux qui prétendent s'amuser. C'est en effet la première cité vivante que j'aie rencontrée depuis les Alpes ; toutes les autres sont mortes et ressemblent à des cloîtres ou à des sépulcres plus ou moins blanchis. Adieu, mon cher ami, je t'embrasse de cœur. Mes tendres respects à M. Dacier, à qui je rapporterai une branche de laurier, cueillie au tombeau de Virgile, si cela peut l'amuser. Je suis tout et toujours à toi de cœur et d ame,
J.-F. Ch.
AU MÊME
Naples, 6 avril 1825.
Les quinze jours que je viens de passer n'ont été
perdus ni pour la science, ni pour l'individu, lequel avait besoin de l'air si doux et des charmantes perspectives de la Campanie, pour se reposer un peu des secousses nerveuses que six jours de halte à Rome n'avaient pu manquer d'exciter.
Les premières journées ont été consacrées à l'examen des monuments que renferme le Musée Bourbon, dit des Studj. Les statues grecques et romaines qu'il possède en très grand nombre proviennent de la collection Farnèse ou des excavations de Pompéia, Herculanum, Résina et Stabia. Les plus remarquables sont la Flore et l'Hercule (Farnèse), le
prétendu Aristide, venu de Pompéia, je crois, et les statues équestres des Balbus. — La Salle des bronzes est admirable, et les six prétendues danseuses ou actrices sont des statues grecques, d'un style charmant quoique un peu ancien. Je courus avec empressement à la Salle des Papyrus, et je conçus bien vite, en ex<iminant ces rouleaux de charbon, que les individus chargés de les mettre en lumière avaient un fort bon prétexte pour tirer la chose en longueur. Mes papyrus Égyptiens les plus endommagés sont tout neufs à côté de ces rouleaux volcanisés. Je soutiens cependant qu'avec un peu d'activité, on trouverait bientôt, dans ces dix-sept cents manuscrits grecs, des trésors littéraires, dont l'atonie complette des savants du lieu ne nous fera jouir que le plus tard possible. Ces lenteurs ne viennent nullement de l'autorité : c'est la faute des agents qu'elle emploie.
La Salle Egyptienne des Stadj est petite, mais elle contient un certain nombre d'objets qui m'ont particulièrement intéressé. Parmi des débris de la collection Borgia, j'y ai trouvé le fameux torse, dont le travail est admirable, et j'ai remarqué particulièrement le petit lion accroupi, dont notre ami Dubois m'avait souvent parlé. — Une caisse de momie m'a offert pour la première fois des légendes en écriture hiéraii(jue, de plus une fin d'inscription de la même caisse, qui ressemble beaucoup à une légende perse poli lai ne, mais je n'ose encore affirmer le fait. Trois énormes fragments de granit rose sont des dél)ris des obélisques de Rome, ceux de Monte Citorio, de la place du Peuple et de laTrinité-du- Mont. F.nfin, un monument funéraire en granit gris, du temps de Sésostiis, porte les images des momies en pied de plus de vingt membres d'une même famille, avec leurs noms et leur degré de parenté, notés en très beaux hiéroglyphes.
C'est le 25 mars seulement que j'ai songé à sortir de Naples pour visiter les environs. Je suis d'abord allé à Pouzzoles, en traveisant la grotte du Pausilippe. De là par mer à Baia, en passant près des piles du pont de Caligula. J'ai couru à
1 '.>(,; l.RTTFiES
pied Baia, ses temples et ses environs jusques au lue Fuein, escaladé le Monte Nuovo, et contemplé les tranquilles et tristes eaux derAverne, les champs Plilégréens et l'Aehéron avare. Le tout m'a paru un peu plus gai que dans les chants des poètes; ce qui m'a le plus intéressé dans cette course, c'est sans contredit le temple de Sérapis à Pouzzolcs, non parce qu'il est consacré à une divinité I^gyptienne, mais parce que c'est le seul débris de monument qui n'ait pas été ti'availlf' ni sophistiqué par la sotte et pieuse main des modernes. Et, sous ce rapport, les vieilles magnificences de Rome perdent la moitié de leur prix à mes yeux. J'aime les ruines an naturel, et la plupart de celles que j'ai visitées jusques ici sont à peu près complettement dénaturées par des additions récentes d'une maladresse remarquable.
11 n'en est pas ainsi, par bonheur, des ruines de Pompéia, où la journée du 1'^'^ avril s'est écoulée comme une minute. Il faudrait écrire un volume pour donner une idée exacte de tout ce qu'on y voit. J'ai fait le tour du marché, couru au Forum, dit mes Patenôtres dans les temples de Mercure, de Neptune, de Jupiter, de Diane, de Vénus ; de là, une longue méditation dans le temple d'Isis, et, mêlant le profane au sacré, je me suis rendu aux deux théâtres, que j'ai vite quittés pour arriver à temps à l'Amphithéâtre que mon imagination a repeuplé de spectateurs, de combattants et de bétes féroces. Enfin, j'ai couru les rues, en entrant dans une foule de maisons où se trouvent des fresques plus ou moins curieuses. J'ai admiré surtout deux tableaux encore sur place, et découverts depuis un mois à peu près, représentant Briséis enlevée à Achille, et le mariage de Thétis et de Pelée. Le dessin en est admirable et le coloris excellent. Ce sont les plus belles peintures antiques connues, à mon avis du moins.
Je suis allé deux fois à Nola avec M. le Duc de Blacas, qui, ayant acheté le droit de fouiller dans un champ de deux arpents, l'exploite en conséquence. C'est là que j'ai vu sortir de terre des vases grecs de toute forme et de toute
proportion. C'est un spectacle inimaginable. — Demain, je pars pour Pœsium. C'est ce qu'il y a de plus beau à voir en Italie. Tout le monde le dit, et je ne puis reculer. Voir des temples grecs du vieux style est une chose trop piquante pour craindre les dangers de la route. — Je resterai à Naples jusques au commencement de la semaine prochaine ; il est déjà convenu que je pars avec M. le Duc, si toutefois son voyage n'est pas retardé. Je serai donc à Rome, de demain en huit. Je tacherai de t'écrire encore avant de quitter Naples. — Adieu donc, mon cher ami
P. -S. Le départ de M. le Duc pour Rome, où il m'ouvrira toutes les portes, m'a décidé à renoncer au voyage de Sicile, qu'il me conseillait cependant, mais il est plus convenable de le suivre. J'ai ét<' conduit le 29 du mois passé chez le Roi et la Reine, (jui ont bien voulu prendre intérêt à mes travaux'. C'est ]M. le Duc qui m'a présenté.
A( MEME
Mon voyage a Pcstum, (juc j'aimonrais cl anijucl
je tenais tant, a eu le plus heureux succès. Parti de Naples 1«' 10, je passai d(!vant Poiuprin, (i;iv<'rsai Xocc/ri, vieille ville grecc|ue. dans les (Hioitcs iiies de hi(|uelle ma course fut sus|)endue, demi-lieu l'e au moins. |)ar une superbe procession, dont le |irini-ip;il pci sonnagv éhiil une Madone de bois, colossale, f'i li;iliill('c ,i\c<- l()n((; la icclicrche inuiginahlc. Je
1. Lo Roi et l;i Kuiiie le liri-iil oiicui'o rovonii' uii'.- seconde fois, et, en ISHO, ;i Taii-, iU li- i-'iiiriiirient |nrf grarieii-'Mnent dos lierons» remues en 18:.^5.
doute fort que la Notre-Dame de Liesse, dont M. Dacier fait tant de bruit, ait une aussi fière tournure que laMadônna di Nocera. Celle-ci a quelque chose d'osque ou tout au moins de vieux style grec. Je dinai ce jour-là à Salerne, après avoir passé dans la plus délicieuse campagne que j'aie vue de ma vie. Rien de si beau que l'aspect du golfe de Salerne, en débouchant des montagnes volcaniques de Cava. De là, je me portai à EhoJi, où je couchai dans une certaine chose qu'on appelait pompeusement un lit; mais il me fut impossible de dormir au milieu des cris sauvages des habitants et habitués de la maison, qui cependant croyaient parler à voix basse. Enfin, à l'aube du jour, je m'engageai dans le déacrt, et j'appelle ainsi une plaine immense, presque sans culture, et n'ayant d'autres habitants que quelques pâtres, des bandits et des troupeaux de bufïles. Ces derniers sont sans contredit les plus honnêtes gens de l'endroit.. Après trois heures et demie de marche, grâce à mon voiturier, qui perdit la bonne route pour se jeter au pied de la montagne, au milieu des rochers, j'aperçus, enfin, les ruines de la vieille Posidonia, éparses dans une plaine désolée.
On a cent fois décrit les ruines de Pœstum. Rien de plus simple que l'architecture de ses édifices ; mais il est impossible de rendre compte de l'etïet et de communiquer la profonde impression qu'on éprouve à la vue de trois temples grecs d'une étonnante conservation, et qui remontent saas aucun doute à la plus ancienne époque de prospérité des colonies grecques en Italie. C'est du vieux style tout pur, c'est-à-dire du (jrandiose et du vrai beau. J'ai senti que j'avais sous les yeux de la belle architecture, puisqu'il m'a été impossible, pendant plus de trois heures, de détourner les yeux de ces temples, qui cependant sont d'une simplicité rigide, et tout à fait dénués d'ornements quelconques. A une certaine distance, et surtout lorsqu'ils se détachaient en jaune doré sur le bel azur du ciel et de la mer, je crus voir des
temples Égyptiens : c'est surtout dans le temple de Neptune, le plus colossal de tous, que l'origine Égyptienne de l'architecture grecque perce de toutes les portions de l'édifice.
Le chapiteau de Prestum n'est véritablement que le chapiteau à rampane Égyptien un peu déprimé, et les pilastres qui forment les angles vers la cella sont tout à fait Égyptiens. J'étais déjà amoureux du vieux style, c'est maintenant une passion déclarée. Il est inutile d'ajouter que, comme tous ceux qui ont visité Pa'stum (et le nombre n'en est pas bien grand à cause des héros grecs de nouveau style, qui souvent infestent la campagne), je soutiens qu'il n'y a rien de plus beau et de plus imposant en Italie, et remarque bien que c'est de Rome même que je prononce cette sentence.
On peut suivre au risque de se casser le cou, si l'on veut, tout le pourtour des murailles de la ville, et visiter les tours ruinées qui la défendaient dans le vieux temps et dans le moyen âge jusqu'à ce que les Arabes la détruisirent de fond en comble. Les pierres dont se composent les murailles antiques sont d'une énorme proportion; deux ou trois cahutes modernes, habitées par quelques misérables dévorés par la cattiua aria, ont succédé dans Posidonia aux élégants et voluptueux Sybarites, qui s'y réfugièrent après la ruine de leur première patrie; on n'entend d'autre bruit dans cette enceinte que les cris des corbeaux ou des buffles, qui semblent donner une préférence marquée au beau temple de Neptune. Les uns voltigent dans ses forets de chapiteaux, ou se perchent sur les corniches, et les autres se reposent à l'ombre des robustes colonnes du péristyle. Je n'oublierai jamais un tel tableau, et c'est de toutes mes courses celle dont je conserverai le plus profond souvenir.
Je couchai le soir même à Salerne, et passai encore (piatre heures à Pompêia, avant de rentrer dans Naples où j'arrivai le 12 au soir. — M. le Duc de Blacas partit le 13, et il fut convenu que je resterais à Naples quchpies jours encore, pour convertiiM l;i (lodiinc hif'roglyphique deux ou trois obstinés,
lesquels ont fini pai' se rendre et se livrer à moi pieds et poings liés, après une séance de quatre heures, les pièces en main. J'ai, enfin, quitte Naples, dimanche passé, à deux heures du matin, et je suis rentré dans Rome, hier, à cinq heures du matin. J'ai trouvé M. de Blacas fatigué par une fluxion à la joue, mais il est sorli le soir pour aller chez ]M. de Funchal, ambassadeur du Portugal, où j'ai dîné avec lui cl les amateurs les plus distingués de Rome. — Je termine ici mon itinéraire pour passer à notre correspondance : je reçus ton n" 29 à Naples, et j'ai trouvé à Rome, tout à la fois, les n"'^ 30, 31 et 32, y compris la lettre de change. Je profite du papier qui me reste pour répondre, sans ordre, aux divers articles de tes lettres.
Je crois indispensable de faire les planches de la Seconde Lctl/'C iii-Jolio, i^arce (ju'il faut absolument donner les /ar'siinilés des protocoles d'actes, dont je t'ai envoyé les calques ; il serait dangereux d'essayer de les réduire.
J'eusse été bien aise ([ue llumboldt vit mes tableaux de ('hijïres, parce que l'animal de San Quinlino, ([ui m"a voh' mon travail, va le publier avant nioi. Aurais-tu un moNen de ])rendre date? Le mieux serait d'envoyer une copie du tableau à VAcadéinie des Sciences. Consulte là-dessus M. Dacier, qui pourra nous donner une direction comme en tant d'autres choses. Présente-lui mes respectueuses tendresses. Je sei'ais bien aise (pi'il sut que j'ai fait une libation di' laci'ynui-christi dans le trmple d'isis à P()mj)éia, ])()ur (|ue la l)('('s>(" le dispensai le plus tôt et le plus longtemj)S possible de lecourir ;uix lumières des docteurs ; plus une seconde dans (-(«lui de \'énus, encore à son intention, n'oublianl point (juc ladite Déesse est toujours con\enablement rangV'e parmi ses Dieux Pénates. Sa décision, ivlati\ement à mes alïaires de Sardaigne', sera ponctuellc-
1. <"esl la dornii'i-e nioiilidii 'li- ci-ttr ;ilî;iiri'. I,c niiiiislre sarde avait pris la nuuvello du dépai-L iniinédial de ('liaiiipMllidn. nialgié la pt'o-
ment suivie. N'ayant pas encore vu l'ambassadeur de Turin, je n'ai aucune lettre de Costa ni du ministre ; je les recevrai probablement aujourd'hui ou demain, et je te tiendrai au courant s'il y a du neuf. — Tu as dû voir Pedemonte, consul sarde à Alexandrie. J'avais laissé à Turin une lettre de créance pour lui auprès de toi : je te le recommande de nouveau, traite-le en ami, car il le mérite sous tous les rapports. La lettre pour le Comte de Zurlo est arrivée trop tard ; je n'en remercie pas moins I\I. de Mosbourg', en te priant de lui p (■■ :enter mes hommages, ainsi qu'à M""^ la Comtesse.
— J'ai vu le petit Gautier à Naples, ainsi que le brave
Des Guidi ' et sa femme, qui m'ont comblé de politesses et de bons procédés, — nous devons leur en savoir gré, ce sont de bonnes gens. — Envoie le Paiilhéoii à Cularo'. Je lis mon cadeau à la I3il)liotliè(iue, et j'eus en réponse une belle lettre du Maire.
Ma santé est parfaite, sauf les maux d lial)iludc. — Soigne (es dents, dont nous avons le j^lus pressant besoin pour nous défendre : les miennes sont en bon état, (M \\q demandent qu'à mordre. Mille choses à M. Dacier lils el à Madame. Mes compliments au Ixtn Mai(|uis ' et à ses dames. Mes
|tositii)ii orali: f(ul lui avait clé faite, pour un rofus absolu: la proj)osition otlirielle (|ue les deux frères atlendaient ne fut iloiic jamais expédiée. Pcdenionic, après son l'etour de Paris, <>n il ;i\;iif diseut(' à fniid cctt.' ;i|f,iiri'. ri'louriia seul en l^uNpte.
1. .\,L';ir, roiiiii- de riMupire, juriseonsuUe célèbri' el lie jurande . m utorih' dans la Cluinihrc des linanees. Dans sa jeunesse, il ;i\ail frérpiiîuté, ;i l'ijieac, la ni;iison p;ilern(dle des deux fi-ères.
'2. il l;ill;iil ;i\nir lniitc la udlile^se de seiilinienls de (^li;i ni|'nllitin el j'Hiir. (•(ininie lui. dfs persped i\ l's ininiiMis(-< (|iii> i;i ii.nn ell<' M'ieme iiuvr;iil de plu^ en plus a son espiil iii\ i-^ii^.iii'ur, pnur nuldifi- au--si tiit;ilenieul li's l(ii-ts irra\ es et «le tuuesles cnnséiiuenees ipie lui a\ail e.ausi's jadis ee même Des (Juiili. iiispccliMir di- l'Iriiversité d<' Hivno II!.', d.' 1814 à ISl.-..
• !. !.'• niiiM celliipie di- ' iri'inddi-.
■i. 1,1-' manjuis de Dulouiieu\, ijui ii • res^aii [las de deleiidi-o, à la (Jour
amitiés à tous les bons. Tout et toujours à toi de cœur et d'âme,
J.-F. Ch.
al: même
Rome, 3 mai 1825.
Depuis mon retour à Rome, j'ai couru les obélisques
et les collections particulières où je pouvais espérer rencontrer des morceaux Égyptiens. J'ai fait une assez bonne récolte, et mon portefeuille se gonfle peu à peu. Mon projet est d'emporter des copies exactes et faites devant les originaux mornes de tous les obélisques. J'ai déjà exécuté ceux du Panthéon, de la Minerve et de Saint-Jean de Latran, leur père à tous et le plus ancien de l'espèce. Il est du Roi Mœris-Thoutmosis, avec des additions latérales de son petit-fils Thoutmosis IV. Ceux du Panthéon et de la Minerve appartiennent l'un au règne de Ramsès le Grand, l'autre à celui de Psammétichus II.
Mon travail sur le Flaminien est déjà commencé, et l'on me dit que le Duc de Torlonia, en faisant fouiller dans le cirque de Caracalla, vient de découvrir la portion inférieure d'un obélisque qu'on croit être un fragment de celui de la place Navone, qui est bien du règne de Domitien, comme je l'ai imprimé dans mon Précis. Je verrai sous peu de jours ledit fragment, qui peut-être donnera le nom du préfet d'Egypte qui le fit exécuter.
Le Musée du Capitole ne possède que deux statues de travail véritablement Égyptien. La principale est de sept pieds et demi de hauteur, et de ce même granit noir à grosses
royale, les intérêts de Champollion contre les intrigues de M. de Forbin, le directeur général des Musées, et de Jomard.
taches blanches qui forme la plupart des colosses de Turin. C'est une femme tenant une sorte de grand lotus d'une main et une bandelette ou mouchoir de l'autre. Le travail en est très beau, et c'est un monument du premier style. La grande inscription qui couvre le montant de derrière, et qui lui sert d'appui, porte le nom et les titres de cette princesse : La Reine, mère de Roi, la Royale mère de l'Aroëris, puissant Seigneur du monde, Soleil gardien de la Région inférieure, approuvé par le Soleil (Ramsès le Grand), la divine épouse, la Royale épouse, la grande dame du
monde Une fracture a emporté le bas des jambes de
la statue et le cartouche-nom propre de cette Reine, mais je les retrouve heureusement parmi ceux qui décorent l'espèce de modius qui surmonte sa tète. Il y est entremêlé à celui de Ramsès le Grand, son lils. Elle se nommait •wTCd. Touéa ou Tawéa : ^ y (j^^- Voici donc un nouveau personnage rendu à l'histoire. Il est même étonnant que nous n'ayons pas connu plus tôt le nom de la mère d'un Pharaon tel que Ramsès le Grand. Sur l'appui de ce colosse est figurée en bas-relief une jeune princesse, dont on a fait un garçon en restaurant la partie inférieure. Son cartouche existe encore au-dessus de sa tête, avec le titre :Jdle de Roi, épouse de Roi. C'était probablement une sœur de Ramsès le Grand.
C'est au Capilole, dans la cour du Palais des Conservateurs, que j'ai retrouvé le colosse, en granit rose, de la Reine Arsinop, femme de Philadelphe. Celui-ci est entier, et son inscription lii('rogIyphique représente plusieurs particularités importantes. La princesse y est qualifiée de Reine I et du titre li '>cE\5\i-épouse, ce qui prouve bien que ces deux (|ualifications ne se confondaient point en Egypte, ou du moins chez les Isgyptiens, comme l'a cru je ne sais (|ui.
Le cartouche de cette Reine (e^pceue) est suivi d'un titre tout à fait (îaractéristicjue, celui d<' r il J) Déesse aimant
Cela décide évidemment de sinoc il est, ici, question.
trouve clairement désignée hiéroglyphiques par le titre Déesse Sœur ou Déesse le premier cartouche sur une
son frère, Philadelphe laquelle des deux Ar- Quant à l'auti^e, je la dans deux inscriptions
Adelphe. J ai recueilli ^ — ^ seconde statue de Ptolêinêe PldladeJplie dans les jardins de la villa Albani. La première statue du même Roi fait pendant à VArsinoé Philadelphe dans le Palais des Conservateurs, au Capitole. Il existe, entin, à la villa Albani, une statue que je crois représenter VAnmfiis de la XXVP Dynastie, mais le cartouche est dans un état désespéré.
Je laisse en paix les morts et je passe aux vivants. MM. les Ducs de Blacas et de Montmorency m'ont mis en rapport avec tout ce qu'il y a de distingué, ici, dans l'érudition. J'ai reçu un accueil tout particulier de Monsignor Mai, du professeur Nil)hi', de Monsignor Testa et de l'excellent M. Cancellieri'. J'ai vu I\I. Dodwell, le célèbre voyageur de Grèce, et le rh('\alier Gell', hiéroglyphiste amateur, aussi aimal)le qu'instruit. Je trouve enlin tout ce (ju'il est possible de désirer en politesses et en facilités pour mes recherches. Mes journées se passent à courir et à crayonner. Le soir, je vois le monde, et, grâce à notre ambassadeur, je me tron\e lancé dans le tourbilNni diplomatique. L'ambassadeur du Poitugal. ^L de Funchal, est on ne peut i^lus aimable a mon égard. Il donne des soirées
1. Antoine Nibby, ami «le l'Iionias 'N'muii,!:. .--'l-i.-uI mis eu ii>l,-itinii avec Lanei, riielloni.-,te .Vm.-ili, San (Jiiintiiin l'I Kiaprntli. aliii di- « terrasseï' Typhon ». C'est. .\ni;elo Mai qui lil ( ninpi-eudi-e à Cliamj>olii(Mi (( le bas-fond » du suui-iiv aimable de Nibby.
^. L'abbé Fi-anceseo Cancellieri, bibliothécaire de la Projiagaude.
3. Sir William Gell, ami de Youug également, et qui n'avait pas pris ChampoUion au sérieux pendant longtemps. Après leur première rencontre à Rome, il recMimui -m erreur et il de\ lui puui' lui un partisan aussi actif que lidèle.
DP, f HAMPOI.T.IOX I,K .IF'.UXR 205
charmantes. J'assistai, hier, à une grande messe, célébrée par le chapitre de Saint-Jean de Latran, en mémoire d'Henri IV, premier chanoine de la basilique. Il était représenté par le Duc de Montmorency, ([ui occupait, en qualité de chanoine, la première place dans les stalles. La musique était délicieuse, et j'en aurais été ravi, si, malheureusement, cinq ou six ligures de castrats ne se fussent constamment trouvées en perspective : cela désenchante tout. Les {lacune) ne paraissent plus si purs, quand on aperçoit l'instrument.
Veuille bien prier M. Dacier, auquel je renouvelle
mes tendres hommages, de me donner définitivement ses commissions ici : je suis à la source des indulgences, et il est bon d'en profiter. Quant à tes lettres, que j'attends toujours, je n'ai en mains que le n*^ 34 du 2 avril : je ne conçois rien à ces retards. Il est dur de ne savoir au juste si tu te portes bien ou mal, ainsi que tous les nôtres. Eci'is donc simplement par la poste (restante) wm^. fois, pour essayer si je gagnerai (|uek[ues jours. Adieu
A L'ABBÉ GAZZERA
Rouie, 3 mai 1825.
Je réponds, mon bien cher ami. à vos lettres des 2 et 18 mars. La première m'a été apportée par l'excellent frère Tudini, qui m'a paru ciiarmant, parce qu'il vous aime, et plein d'es|)rit et de bon sens, parce qu'il ne manque ni de l'un ni de l'autre. Je vous remercie donc de me l'avoir fait connaître. C'est un excellent homme, et, comme l'espèce en est rare, je me réjouis bien sincèrement d'(Mi compter un de plus. C'estdepuis mon retour de Naples seulemeni (|u'il est
venu me voir. J'irai le visiter demain dans son couvent près de Saint-Pierre; nous parlerons de vous, et c'est un plaisir pour moi que j'apprécie trop pour négliger d'en jouir toutes les fois qu'il y a possibilité quelconque. Les jouissances de l'esprit sont nobles et grandes, mais elles ne remplissent pas le cœur : toute l'existence est là. J'ai eu du moins la sottise d'y placer la mienne, — ai-je bien ou mal fait? Je l'ignore, mais le régime me convient, le pli est pris; il n'y a plus à s'en dédire.
L'ami Costa, délivré enfin de son gros poupard d'almanach, vous aura sans doute communiqué ma dernière lettre contenant le récit de mon voyage de Pœstuni^ ; je vous parlerai donc de Rome, où je suis rentré le 19 avril. Le Capitole a eu ma visite; elle était intéressée, puisque j'y ai copié tous les hiéroglyphes légitimes qui s'y rencontrent. C'est là que j'ai retrouvé la superbe statue de Reine dont vous me parlez dans votre lettre du 5 mars. Elle est de granit noir de plus de sept pieds de hauteur, et représente la mère de Ramsès le Grand. Le cartouche-nom propre de cette princesse est détruit dans la grande inscription du dossier, mais je l'ai heureusement retrouvé sur le modius qui orne la tête de Sa Majesté. Je vous l'envoie ci-joint : /* ^-^l se lisait Touéa ou Tawéa. Le travail de la statue ^ p est magnifique; la légende en gros caractères la qualifie |]'%^ de Reine, mère de Roi,roijale mère du puissant Aroé- V J ris, Seigneur du
monde f o ^ || £^ j , Soleil gardien de la Région inférieure,
approuvé par le Soleil, ce qui est bien le prénom de Ramsès le Grand. Il est indubitable que nous avons là le portrait de la mère de Sésostris. L'autre statue de femme du Musée capitolin, et en granit rose, est une Reine Lagide, comme l'indique le travail, mais la légende est effacée. C'est dans le Palais des Conservateurs qu'existent les deux colosses en granit rose dont je désirais tant voir les inscriptions.