AV DUC DE BLACAS
Livouriie, 25 juin 1826.
Monsieur le Duc,
Qu'il me soit permis d'exprimer à Votre Excellence combien je suis reconnaissant de la satisfaction que Votre Excellence veut bien témoigner pour ce qui m'arrive d'heureux par l'effet de son honorable protection, et de dire avec quel empressement je saisirai tous les moyens qui s'offriront à moi de prouver la fausseté de ce qu'on a cherché à répandre dans un intérêt que je ne veux point examiner, et sur les conséquences de mon système hiéroglyphique relativement à la religion et sur mes principes politiques. Les unes, purement chronologiques, ne porteront jamais atteinte à ce que l'on doit croire, les autres me démontraient déjà ce que je devais respecter et soutenir avant même que la reconnaissance ne m'en fit un devoir encore plus sacré. On me trouvera toujours sur la ligne que trace un tel sentiment, qui ne saurait admettre aucune restriction. Je me félicite de ce que Votre Excellence en est persuadée d'avance, mais je serais bien plus heureux de pouvoir, par des faits, lui en donner l'entière conviction.
Mon frère a remis, à Paris, à la Légation de Naples, vers la fin de mai, un paquet contenant, à l'adresse de Votre Excellence, le rapport sur la collection de Livourne et des exemplaires de la Première et de la Seconde Lettre relatives
au Musée de Turin. L'exécution des quatorze planches de la Seconde Lettre a seule retardé la publication ; le texte était déjà à Paris à l'impression au mois de janvier 1825. Mon absence a prolongé ce retard, mais j'espère que les Lettres suivantes se succéderont plus rapidement, et je commencerai l'impression de la Troisième aussitôt ma rentrée à Paris. Elle contiendra la fin des monuments historiques et démontrera, par une série de pièces contemporaines, la certitude des Annales Égyptiennes à partir du IX" siècle avant l'ère chrétienne, où s'arrête la Seconde Lettiui, jusques au règne de l'empereur Commode, le dernier des noms impériaux que je trouve rappelé dans les inscriptions hiéroglyphiques des temples.
Le vaisseau du Roi, qui doit transporter en France la collection de Livourne, est enfin arrivé hier au soir. Malheureusement il a été forcé de toucher à Cagliari, et on le soumet à une quarantaine de quehjues jours. Aussitôt après l'embarquement des objets, je me rendrai à Rome, où je compte me trouver vers le 15 juillet au plus tard.
On m'écrit que le gouvernement du fSaint-Père a l'intention de publier enfin des copies fidèles et exactes des obélisques de Rome, et ([ue ce travail est déjà commencé. Je serais bien aise de voir et de vérifier par moi-même les dessins qu'on exécutera avant de les livrer à la gravure. Je désirerais beaucoup (jue l'on pût joindre à cette publication celle de Vo//r/is(jue et des Jrarj m ents d'obélisques qui sont à BénéDcnt. Il m'a été impossible, l'an pas.sé, de m'en procurer un dessin exact. J'oserai prier Votre Excellence, si ce n'est point abuser de ses bontés, de s'intéresser à ce (ju'on me procure une copie de ce monument, d'autant plus curieux (|ue je vois, en étudiant la mauvaise gravure donnée par Zoëga dans son grand ouvrage, (jue cet obélis(iue et son p(!ndant, dont les fragments doivent exister aussi à Bénévent. ont été exécutés en i^gypte par ordre du prélel romain Luci/ius RiiJ'us, pour être érigés devant le temple d'/sis
dans la, cille de Bénéoent. Ce fait importe beaucoup à ma