PLAN ET MOTIFS DU VOYAGE
On peut considérer comme un fait positif, lorsqu'il s'agit de nos connaissances réelles sur l'ancienne Egypte, que les recherches des savants et des voyageurs n'ont produit jusqu'ici de résultats complets, de documents certains qu'à l'égard du seul système à! architecture suivi, pendant une si longue série de siècles, dans ce pays où les arts ont commencé: encore est-il juste de dire (|ue les travaux ((ui fixeront irrévocablement nos idées à cet égard ne sont point encore publiés, et (ju'il reste, de plus, à reconnaître les règles qui déterminaient le choix des ornements et des décorations, selon la destination donnée à cha(]ue genre d'édilice. Ce point important pour la science ne peut être éclairci que sur les lieux et par des personnes versées dans la connaissance des syml)oles of du culte égyptiens, c;u' les plus
1. l'iiljlié en IS-Ji! par Gliam|)ollioii l''i,i;<'ac en lèU* de la pi-emicre édition des Lettres cvritcs d'É<ji/plc, p. 1-19.
simples ornements de cette architecture sont des emblèmes parlants ; ot telle frise, qui ne semble contenir que des arabesques ou une composition calculée pour l'œil seulement, renlerme un précepte, une date, ou un fait historique.
Les doctrines les plus généralement adoptées sur Vart égyptien, et sur le degré d'avancement auquel ce peuple était réellement parvenu, soit en sculpture, soit en peinture, sont essentiellement fausses; les nouvelles découvertes ont pu jeter de grands doutes sur leur exactitude, mais ces doctrines ne peuvent être ramenées au vrai et assises sur des fondements solides que par de nouvelles recherches faites sur les grands édifices publics de Thèbes et des autres capitales de l'Egypte. C'est aussi l'unique moyen de décider clairement l'importante question que des esprits, diversement prévenus, agitent encore si vivement, celle de la transmission des arts de l'Egypte à la Grèce.
Nos connaissances sur la religion et le culte des Égyptiens ne s'étendent encore que sur les parties purement matérielles. Les monuments de petites proportions nous font bien connaître les noms et les attributs des divinités principales, mais, comme ces mêmes monuments proviennent tous des catacombes et des sépultures, nous n'avons de renseignements détaillés que pour les personnages mystiques protecteurs des morts, et présidant aux divers états de l'âme après sa séparation du corps. La religion des hautes classes, qui différait de celle des tombeaux, n'est retracée que dans les sanctuaires des temples et les chapelles des palais : sur ces édifices couverts intérieurement et extérieurement de basreliefs coloriés, chargés de légendes innombrables, relatives à chaque personnage mythologique dont ils retracent l'image, les divinités égyptiennes de tous les ordres, hiérarchiquement figurées et mises en rapport, sont accompagnées de leur généalogie et de tous leurs titres, de manière à faire complètement connaître leur rang, leur filiation, leurs attributs, et les fonctions que chacune d'elles était censée remplir dans
le système théologique égyptien. Il reste donc encore à reconnaître, sur les constructions de l'Egypte, la partie la plus relevée et la plus importante de la mythologie égyptienne.
Toutes les branches si variées des arts^, et tous les procédés de Y industrie égyptienne sont encore loin de nous être connus. On a bien recueilli quelques tableaux et des inscriptions relatives à un certain nombre de métiers, tels que la charpenterie, la menuiserie, la tannerie, la construction navale, le transport des masses, la verrerie, l'art du charron, du forgeron, du cordonnier, de Témailleur, etc., etc.; mais les voyageurs qui ont dessiné ces tableaux ont, pour la plupart, négligé les légendes explicatives qui les accompagnent, et aucun d'eux n'était en état de lire, sur les monuments où ces tableaux ont été copiés, les dates précises de l'époque où ces divers arts furent pratiqués. Nous ignorons donc si la plupart de ces arts sont vraiment d'origine égyptienne, propres à l'Egypte, ou s'ils ont été introduits par l'influence des peuples anciens qui, comme les Perses, les Grecs et les Romains, ont tenu ce pays sous leur domination. C'est donc encore ici une question très importante à éclaircir pour rhistoire de l'industrie humaine; et cependant il en est beaucoup d'autres encore et d'un intérêt bien plus relevé.
« Si l'historien s'en(|uiert d'abord des bas-reliefs histo- )) riques et ethnographiques, des scènes domestiques (jui 0 peignent les mœurs de la nation et celles des souverains, )) etc., il demande précisément les objets qui sont Je moins » érlaircis. )> Ainsi s'exprimait, il y a douze ans, un des hommes les plus distingués de l'Allemagne', et tout ce qu'on a publié depuis, loin de remplir cette importante lacune, n'a pu (ju'aiigmenter encore les regrets des savants qui apprennent seulement par des dessins pris au hasard au milieu de séries immenses de bas-reliefs, (|U(.' les grands édiiices de l'Mgypte olïiunt encore sculptée dans tous ses