‹ Lettres de Champollion le jeuneChapitre 1 sur 50 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La nouvelle de la destruction des flottes turque et égyptienne dans la rade de Navarin' n'arriva à Alexandrie qu'assez tard, dans la matinée du 2 novembre 1828. Au premier moment, les Européens en furent fort effrayés. En efïet, les deux seuls consuls occidentaux, qui auraient pu, en la circonstance, exercer une influence réelle sur les résolutions du Vice-Roi, n'étaient pas présents; celui de France, Drovetti, s'attardait à Paris, et l'Anglais, le successeur d'Henri Sait, n'avait pas encore rejoint son poste. Ce qui, malgré tout, rassurait les colonies, c'est que Mohammed-Aly avait réuni la veille les consuls des autres puissances, et leur avait déclaré que c'était contre son acis que le Sultan avait pris la résolution « dont le résultat » pourrait bien être un sinistre ». Il s'attendait donc à apprendre la ruine de son armée et de sa flotte, peut-être même la mort d'Ibrahim-Pacha, son fils! Même en ce cas, il n'exécuterait point les ordres qui pourraient lui venir de

1. Seuls, vingt-deux bâtiments, dont six corvettes, tous appai-lenant à l'Egypte, échappèrent au désastre.

II INTllODUCTION

kl Sublime Porte, » d'attenter aux droits de l'hospitalité », et il garantissait sur sa tête l'entière sûreté des Européens.

Dans raprès-micli du 2, les portes du Palais furent ouvertes à tout venant, et, en présence de beaucoup d'Européens, le Pacha dit à ses principaux officiers : « J'avais

prévenu le Grand Seigneur et mon fils de ce qui arriverait, et que les Anglais n'étaient pas des Grecs ! Il ne suffit pas d'avoir des hommes et des vaisseaux, il faut encore savoir les conduire et se battre. Nous ne sommes point encore au

point de pouvoir nous mesurer avec eux » Il fit ensuite

appeler le commandant de la Vestale, le combla d'honneurs et d'amitiés, le tout en présence des hauts dignitaires turcs, et avec un visage riant. Il voulait, par cette conduite, empêcher que la douleur des Turcs ne devînt funeste aux résidents; il y réussit si pleinement que bientôt le peuple n'en voulut plus qu'à la Porte, dont l'obstination avait causé le désastre. « Pas un mot, pas un reproche aux Européens, n'est sorti d'aucune bouche. Nous sommes, s'il est possible,

plus tranquilles que ci-devant Le contre-coup que des

désordres à Constantinople pourraient produire chez nous, nous paraît peu à redouter, puisque le premier moment, le plus terrible sans doute, s'est si bien passé. Ici les intentions du chef sont admirables, et sa puissance s'exerce même d'une manière exclusive sur la pensée de son peuple, — il n'y a rien à craindre »

Ce fut un correspondant du Journal du Commerce qui apprit aux Parisiens ces bonnes nouvelles, et, deux jours plus tard, dans la matinée du 23 décembre, pour l'anniversaire de sa naissance, Champollion eut la grande joie de recevoir une aimable lettre de Pedemonte, le consul sarde,

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