Voir la planclie III
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LETTRES ET JOURNAU?^
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terminé par un rang de perles. Deux cordons soutiennent un riche pectoral, dont la corniche est surmontée d'une rangée d'urœus, la tête ornée du disque. Au centre du pectoral, composition anaglypliique, présentant le prénom de Rhamsès le Grand comme protégé par deux divinités en pied, Pldha et son épouse, la grande Léontocéphale, les deux princil|ï[ pales divinités de Mempliis.
Sur la ceinture, en place d'a- > . . - grafe, on a sculpté un grand cartouche horizontal £j^û occupé par le prénom du Roi et son nom propre, -«*i»*^ toujours sous la protection des deux divins époux Collier. memphites, debout sur des bases en forme de coudées. Un grand et beau poignard ou glaive court, dont la poignée est décorée de deux têtes d'éperviers adossées, est passé dans la ceinture, mais dans une position fort inclinée. La lame paraît renfermée dans un fourreau orné de baguettes et qui se termine par un bouton en fer de lance.
Hors du cartouche de la ceinture, à droite et à gauche, mais à une assez grande distance, sont deux doubles cartouches nom Qt prénom, dont il serasubséquemment question dans ce journal. Sur l'épaule droite existe encore le cartouche-prénom. Les bracelets du poignet sont fort simples. Un rouleau de papyrus, placé dans la main gauche, est marqué sur la tranche par le cartouche -nom propre Amenmai - Rhamsès . Sur l'appui de la statue, mais intérieurement, vers la jambe gauche, existent la tête et une partie du corps d'un jeune prince, dont le titre 1^^ ctuci est encore visible; il est coiii'é à l'Horus. On voit sur l'appui de la jambe droite, extérieurement et en relief, le bras de la reine appuyé sur le milieu du mollet du co-
losse. On y lit encore les titres de la princesse : *Ç* J'ai remarqué sur divers points du colosse, et ^"^ notamment dans les angles de la bouche, quelques traces des couleurs qui les couvraient primitivement.
La tête est trait pour trait, mais de plus grandes proportions, une copie fidèle de la tête du petit colosse de Rhamsès le Grand, le plus beau monument du Musée de Turin. Cette ressemblance parfaite prouve que ces deux statues sont de véritables portraits du conquérant égyptien. Ce colosse, dans le voisinage duquel sont des sabstructions en grands blocs calcaires, était placé probablement devant une grande porte et devait faire pendant à un second de même proportion. Nous avons, dans ce but, ordonné quelques fouilles dans une direction présumée, mais le temps nous manquera peut-être pour en recueillir le fruit. La localité est d'autant plus intéressante qu'il est probable que nous sommes ici dans l'enceinte même qui renfermait les principaux édifices sacrés de Memphis. Deux très longues croupes de collines s'étendent parallèlement du midi au nord : l'une à l'ouest du Nil et de Bédréscliéïn, — l'autre encore plus à l'ouest et sur laquelle se trouve le village de Mit-Rahinêh. Je considère ces collines comme les restes de la grande enceinte en briques crues affaissée sur elle-même, — éboulée et délayée par les pluies et l'inondation, qui occupe encore aujourd'hui une bonne part de l'intervalle existant entre les murs parallèles, aujourd'hui couverts de palmiers. Le grand colosse, et probablement son pendant flanquaient une porte de temple (ou de cour de temple), — les constructions existantes le prouvent. — Sur le même alignement et plus au sud, ^L Caviglia a trouvé deux petits colosses en granit rose. L'un est presque entier, l'autre est brisé en plusieurs pièces. — Les légendes que j'ai fait copier sont encore celles de R/ianiscs le Grand. Le Roi est
représenté debout, tenant une enseigne dont le bâton porte une légende hiéroglyphique.
Nos fouilles aux points a et c ont produit des débris de sculpture sans intérêt, — celles des points b et d nous ont fait trouver des pierres calcaires taillées et ayant fait partie d'un mur, ce qui donne les éléments de la restauration marquée en pointillé sur le plan approximatif. — J'ai par-
couru avec soin la partie de la colline orientale au nord du grand colosse, et j'ai observé les restes très étendus de petits édifices ou de petites chambres et des couloirs bâtis en petites briques crues comme les nécropoles de Sais.
D'innombrables débris de poterie, semblables encore à celle de Sais, achèvent de déterminer la destination primitive de ces constructions. Les débris de figurines funéraires et des vases à bitume qu'on y trouve lèvent d'ailleurs tout doute à cet égard. Il existe une autre nécropole encore plus au nord, et que j'ai visitée en allant à Sakkara; c'est la continuation de celle-ci. Les murs de briques crues sont du reste parsemés de blocs de granit rose, de grès et de calcaire blanc, qui paraissent avoir appartenu à des constructions plus soignées et ornées de sculptures. Nous dînâmes avec du pain arabe, des dattes fraîches et de l'eau, assis à l'ombre sous des cabanes construites en roseaux et en branches de palmier. Le soir, nous retournâmes souper plus substantiellement aux mâasch, où nous passâmes la nuit.
4 octobre. — • Pendant qu'on chargeait les tentes et tous les objets nécessaires pour une campagne de huit jours au moins, je repris de très bonne heure le chemin de Bédréschéïn et de Mit-Rahinéh. J'admirai de nouveau le travail du colosse, et il était naturel que je fusse très sensiblement impressionné par le premier grand objet de sculpture égyptienne que les hasards du voyage mettaient sous mes yeux.
Couché devant cette face énorme, mais si heureusement liarmoniséc que son expression n'a rien que d'aimable et de suave, je me pénétrais de tout le grandiose de cette sculpture héroïque, et souriais de pitié au souvenir des jugements mesquins et de la mince idée que non esprits-forts en fait d'art ont portés, et entretiennent encore, sur l'art des i\gyptiens. Que tout homme impartial recueille dans sa mémoire l'espèce d'eJJ'roi mêlé de déf/oût, qu'il a nécessairement éprouvé comme moi, à Rome, devant quelques-unes de ces têtes colossales d'empereurs, conservées au Capitolc, ou ailleurs ; (|u'il compare ce sentiment à celui qu'il ressentira en face d'une tête colossale égyptienne. Il ne doutera
plus, alors, que les Égyptiens n'entendissent parfaitement bien l'emploi de l'art dans les objets au-dessus des proportions ordinaires, c'est-à-dire la grande sculpture monumentale, — la partie vitale de leur architecture. Tout détail trop minutieux sur une grande échelle est une faute capitale, et l'artiste qui, faisant une statue colossale, n'a point, comme les Égyptiens, la sagesse de n'exprimer que le strict nécessaire, ce qui n'exclut nullement certaines finesses, ne produira jamais qu'une face monstrueuse, une grossière caricature, comme les têtes impériales précitées. — La sculpture des deux petits colosses de granit rose, placés dans le voisinage, est beaucoup moins soignée que celle du colosse calcaire. Elles décoraient une porte ou un petit pylône. Le Roi était figuré portant une enseigne terminée par une tête de Phtha-Sokri ; sur le bâton est l'inscription suivante : LArôéris puissant. Soleil bienfaisant, le Seigneur des Panégyries, comme son père Phtha, etc., plus la légende de Rhamsès le Grand. L'un de ces colosses est en assez bon état, mais le plus occidental consiste en blocs séparés avec violence et presque méconnaissables. Il n'y a d'entier que les deux tiers du montant, avec inscription hiéroglyphique, et toujours la légende de Rhamsès le Grand.
Au nord du grand colosse, et sur une sorte de cap qui s'avance dans l'inondation, je trouvai une petite colonne en pierre calcaire avec chapiteau à quatre têtes d'Athyr, d'un travail simple et très sévère. Le fût est engagé à peu près des deux tiers dans le sol; j'ignore si cette colonne occupe encore sa place primitive ou si quelque marchand l'a fait transporter et déposer dans ce lieu. Les gens du pays n'ont su rien m'apprendre de positif à cet égard. Athyr, l'épouse de Phtha, dut avoir en effet de nombreux autels dans Memphis, et, sans parler ici du temple d'Aphrodite l'Étrangère, j'ai acquis la certitude que, sur le versant oriental de la colline formée par les débris de l'enceinte sacrée (au point M), il exista un monument assez important, dédié à
Phtha et à la déesse Hathor : des fouilles, commencées par M. Caviglia et que j'ai fait continuer pendant deux jours, ont mis à découvert des blocs de granit rose ayant formé un grand pilastre, offrant l'apparence de deux colonnes accouplées-engagées, couvertes, dans toute leur hauteur partagée en anneaux, des titres et des légendes de Rhamsès le Grand, terminées par les deux formules dédicatoires, nTewo-jLid.1 Aimé de Phtha, g^*.-»wp-As.*.i Aimé d'Athyr. Je suis convaincu que des fouilles poussées avec vigueur sur ce point des ruines (et dans un autre mois que celui d'octobre, où l'inondation pénétrait dans les fouilles) conduiraient à la découverte de c{uelque édifice fort remarquable : ce que j'y ai observé est d'un genre tout à fait particulier, architecturalement parlant,
A trois heures, il fallut songer à partir pour Sakkara, où devait être déjà rendue la caravane, composée de sept chameaux chargés des tentes, malles et efïets, et sous la conduite du docteur Ricci, qui devait choisir un campement. Le chemin direct nous était fermé par les eaux du fleuve répandues dans la campagne. Il fallut pousser nos ânes dans le bois de palmiers qui recouvre l'enceinte éboulée du côté de Bédréschéïn, et marcher pendant une heure dans la direction du sud au nord ; c'est dans ce long détour que je traversai de nouveau la nécropole en bric^ues crues, qui se prolonge fort au nord et montre souvent le singulier contraste de petits murs de briques, renfermant des débris de constructions en calcaire et plus souvent encore en granit de tout genre. Je ne puis encore me rendre compte de ces gisements. Nous quittâmes enfin le bois de palmiers et, tournant vers l'occident, après avoir passé un pont, nous prîmes une chaussée qui, après une seconde heure de chemin, et de fort grands détours, impossibles à éviter, puisque l'inondation battait les deux côtés de la chaussée, nous mena dans le voisinage de Sakkara. C'est précisément à l'endroit même où la chaussée se joint au désert, et dans un petit bois de
palmiers ceint de bosquets odorants de Santh (l'Acacia égyptien des anciens) que nos tentes avaient été dressées ; deux pour les maîtres et une troisièmepour les domestiques. Le reste de la journée se passa en arrangements intérieurs. Nous prîmes à notre solde le propriétaire du champ où nous étions campés, et ses trois fils pour faire la ronde et une veille active pendant la nuit, les habitants de Sakkara, nos voisins, jouissant d'une assez bonne réputation pour motiver cette mesure nocturne.
5 octobre. — La veille au soir, j'étais allé faire une reconnaissance de la pyramide à cinq degrés, nommée Medarrag par les Arabes, laquelle s'élevait sur les collines au nordouest de notre camp, assis sur les limites de la terre cultivée et du désert d'Afrique. Il me tardait de voir en détail ce qu'on nomme la plaine des momies, vaste cimetière où venaient s'engloutir les générations qui peuplèrent successivement la ville de Memphis : un homme du pays, nommé Mansour, devint notre guide. En sortant du camp, nous entrâmes dans le désert et nous nous dirigeâmes vers le pied de la montagne Libyque, couverte de sable sur tous les points. Il était fort pénible pour nos pauvres ânes de gravir la pente même assez douce qui conduit au plateau sans fin du désert. Les sables manquaient sous leurs pieds, et la monture et le cavalier étaient à chaque instant exposés à rouler l'un sur l'autre. Enfin notre guide nous fit arrêter presque vers le haut de la montagne pour nous montrer un tombeau antique. Je suivis, en rampant sur le ventre, Mansour qui précédait, armé d'une bougie, et me trouvai dans une chambre carrée, revêtue de belles pierres de taille sculptées, mais ne conservant presque aucune trace de peinture. C'était le tombeau d'un iHii] cTti-cô.2^, scribe royal ou basilicogrammate memphite, nommé (I \\ Amenémôph. Toute la déco-
ration de cet hypogée était purement religieuse. Le défunt adorait successivement Osiris, Sokri, et surtout les deux
divinités memphites Phtha et Hathor. J'y cherchai vainement quelque légende royale qui pût me donner l'époque de cette sépulture. Je ne trouvai qu'une inscription légèrement tracée, en langue grecque, disant que les injures d'un ennemi valent souvent les conseils d'un ami ; mais ce beau précepte était écrit sur les sculptures égyptiennes, et par conséquent fort moderne comparativement. Le travail de ce tombeau est de la bonne époque, quoique un peu gras et un peu nourri, ce qui, d'ailleurs, caractérise le style memphite.
On acheva de gravir la montagne, et, en atteignant le sommet du plateau, nous pûmes nous former une idée des dévastations qu'on exerce depuis des siècles dans les sépultures des Memphites. Qu'on se figure une pleine immense entrecoupée de pyramides, et hérissée de tout petits monticules de sables couverts de débris de poteries antiques, de langes de momies, d'ossements brisés, de crânes égyptiens blanchis par la rosée du désert, et de débris de toute espèce. A chaque instant on rencontre sous ses pas ou les restes d'une muraille en briques crues, ou l'ouverture d'un puits carré, revêtu de belles pierres de taille, mais plus ou moins recomblé du sable que les Arabes en avaient retiré pour les exploiter. Tous ces monticules sont le résultat des fouilles faites pour la recherche des momies et des antiquités, et le nombre des puits ou tombeaux de Sakkara doit être immense, si l'on réfléchit que les sables enlevés pour découvrir un puits cachent eux-mêmes les ouvertures de plusieurs autres.
Du reste, on se tromperait en pensant que ces puits conduisent à des chambres sculptées; cela est fort rare, et il semble que l'usage ait été de construire sur l'ouverture même du puits, ou tout auprès, une ou plusieurs salles décorées de sculptures, servant pour ainsi dire de chapelles aux puits ou catacombes renfermant les corps de toute une famille. J'eus l'occasion de me convaincre de ce fait en visitant plusieurs tombeaux encore assez bien conservés.
L'un des plus intéressants, et le premier dont je fis dessiner des détails, existe à peu de distance de l'angle nord-est de la pyramide dite t^j^^ Medarrag, au sud et tout près d'une petite pyramide ruinée. Le croquis suivant donnera une idée de la disposition des pièces qui le composent.
Ce tombeau ou plutôt ce vestibule de tombeau m'a paru d'une construction très soignée. Les sculptures qui le décorent sont d'un travail très soigné, sans être de la première beauté. On n'y lit qu'un seul nom propre, celui du chef de famille qui fit les frais du monument. Il se nommait ^ T -"«qp, Ménojré ou Ménofé, dont le principal titre
1 Pî Yr» indique un officier chargé de certaines parties de la coiffure royale. D'autres qualifications telles que
\\\\\ \ A«-«-i neqitHà, Juppe iteqitHfe, Aimant SOtl
maître, chérissant son maître, que prend aussi Ménofré, rappelle le titre EK TUN <i>\\ClH, faisant partie des amis (du Roi), porté par des officiers des Rois égyptiens Lagides, et prouve la haute antiquité de cette sorte d'association. Le défunt faisait du reste partie du corps sacerdotal, étant prêtre royal, \ y 1 , et son nom se trouvant toujours pré-
I A I AAAAAA
cédé des signes du sacerdoce
Je fus assez heureux pour recueillir parmi les sculptures la légende complète du Pharaon à la cour duquel avait vécu Alénofré. Mais le nom propre de ce prince, Ossé, Asso, Asèso, appartient à une des dynasties dont les abréviateurs de Manétlion n'ont pas jugé à propos de nous donner les noms successifs, de sorte . que l'épocjue du monument et de son auteur Lj . ^ reste forcément incertaine, quoique nous possé- ^^ — ^ ^ y dions déjà les éléments les plus nécessaires à sa détermination. Le second cartouche est tout à fait neuf; il a échappé aux recherches du Major Félix à Sakkara.
On descend par un mur forcé et démoli (F) dans le tombeau de Méiiofi'é. La première salle A, de peu d'étendue, est à ciel ouvert, et la plus grande partie des sculptures qui la décoraient ont été enlevées ou détruites. Elles n'existent plus que sur la paroi marquée a, et représentent des personnages des deux sexes en marche vers la porte de la chambre D, portant des offrandes de tout genre ou plutôt les productions des terres appartenant à Ménofré, leur maître. Parmi ces employés de la maison du seigneur memphite, plusieurs conduisent de magnifiques bœufs, blancs et rouges, blancs ou noirs, et deux de ces animaux portent sur leur cuisse gauche de grandes marques carrées, tracées en noir, avec les caractères : Maison l'oyale, et les
numéros XLIII(nnnn III) etLXXXXVI (^^^^^"')^ ce qui
^ ^ ^ nnnn iii^ ^
constate l'usage de marquer d'un numéro d'ordre les têtes
de bétail appartenant aux grandes maisons égyptiennes.
On peut conjecturer que ces numéros 43 et 96 expriment
le total des animaux de l'une et de l'autre couleur.
Au-dessus du dos on a gravé le mot (j^, eo, bœuf. On les conduit en laisse, et chacun d'eux a un collier terminé par un ornement en forme de fleur de lotus. Il subsiste encore sur cette mémo paroi douze ligures de femmes en marche, portant sur leur tétc des corbeilles ou de grands
vases, contenant des régimes de dattes, des bananes, des figues et autres fruits ou aliments. Ces femmes, uniformément habillées et d'une taille assez svelte, portent de leur main gauche (la droite servant à soutenir leur corbeille) des tiges de lotus, des oies saisies par les ailes, des veaux portés sur le bras ou conduits en laisse, ou une bardaque et des fleurs. Une autre conduit une petite gazelle avec une attache fixée à la patte gauche antérieure de l'animal.
L'intérieur de la chambre D, dont le plafond en grandes pierres est parfaitement conservé, offre bien plus de variété dans les sculptures. La paroi b, coupée en trois divisions horizontales, est une espèce de petit Muséum d'Histoire naturelle. Sans parler de quelques bœufs H-jQ supérieurement sculptés et conduits par un jeune homme, portant dans ses bras la paille pour les nourrir, ni de l'inscription eonoqp (1')0L ^^ bon bœuf, tracé au-dessus du dos de Tune des victimes, je m'arrêterai d'abord à une série de plusieurs espèces de chèvres et de gazelles, exécutées avec un soin recherché et portant chacune son nom en caractères hiéroglyphiques bien conservés.
La première espèce, de forte taille, queue longue à flocon, pendante, et qui a quelque chose des formes de l'âne, a ses cornes longues et recourbées en arrière : ^^^"^gj^ ; son nom est Y ^^ . ^f ^
La deuxième espèce, à très courte queue, cornes très hautes et encore plus recourbées que celles de la précédente espèce, se distingue par une sorte d'excroissance qui prend naissance au-dessus du nez et pend en large fanon au-dessous du col y^\ ; son nom est orthographié 'wwva (1 "^K .
La ^4 troisième espèce, à cornes ondulantes, V^ UM* semble d'une taille inférieure aux précé-
Qj dcutes; DQ:£i est son nom.
C?< La quatrième espèce a des cornes très grosses et
t)E CHAMPOLLION LE JEUNE 111
contournées ainsi ^ p . Son nom e^t écrit lyawce, b~~ïj , C'est l'orthographe C 1 antique du copte ujouj {oryx).
La cinquième ^tv^v espèce, cornes courbées et la pointe relevée, C ^, avec une queue très courte, est
nommée /H x ' Kj ^-oc ; c'est là sans aucun doute le mot copte s'ô.g^ci, /^ Gahsi ou (S'ô.g^ce (thébain), traduit par oop/.i; {Actes, x, 36, 39) — et par 4\y ga:;dle dans un dictionnaire vu par Lacroze. — Du reste, l'égyptien s'e.^ce existe dans l'arabe sous la forme <il^, Gahaschéh.
Cette série de quadrupèdes du désert est terminée par un homme, portant dans chaque main, saisis par les oreilles, deux lièvres, — oreillards, si communs sur les monuments et dont le nom a été malheureusement omis par le sculpteur. — Une série non moins intéressante occupe la deuxième division de cette paroi. C'est une suite d'oiseaux à la tète desquels paraissent des échassiers, du genre du héron, — de la cigogne ou de la grue, ensuite plusieurs espèces à' oies, une sorte de pingouin et une tourterelle dont le nom est clairement écrit , que j'avais cru n'être applicable
jusques ici qu'à une sorte d'hirondelle. Il sera facile, à Paris, de bien faire déterminer ces oiseaux, dont tous les noms hiéroglyphiques existent.
Toute la paroi c est occupée par un long bas-relief représentant des hommes égorgeant et dépeçant des bœufs. La variété et le mouvement des poses me fit tenir à en posséder un dessin exact ; au-dessus, divers personnages portant des offrandes. — Une portion de la paroi e a été couverte de dessins à moitié sculptés, représentant deux hommes occupés à traire des vaclies, et cette action est exprimée en écriture hiéroglyphi(|ue par le groupe '>- (cï'i-epcoTe), dans lequel on reconnaît le mot :(ls=5 eptuTc, lait, en toutes lettres, suivi de son détcrminatif §, et le trait (jui surmonte le vase
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parait exprimer le lait tombant dans son orifice. — Des hommes occupés des soins de la cuisine ont été dessinés, mais non sculptés sur la partie haute de la même paroi. L'un des cuisiniers tire du fond d'un vase profond des espèces de boulettes, qu'il place sur le feu, tandis que l'autre, arrangeant ce mets sur les charbons, souffle le feu avec un I» , Jlabellum, qu'il tient de la main droite : au-dessus
^^2^ 6^^ tracé le mot fi (1 pK^, le copte pwKg^, urere,
cremare, ustio, titio.
Enfin le fond de la salle D, occupé par une banquette, a été décoré d'une de ces stèles en forme de portes successives s'enchâssant les unes dans les autres, et décorée d'inscriptions contenant tous les titres du défunt Mênofré. C'est à droite et à gauche de cette stèle que sont les deux inscriptions d'où j'ai tiré le prénom et le nom propre royal déjà cités.
CHAMPOLLION A CHAMPOLLION-FIGEAC
De mon camp de Scikkara, 5 octobre 1828.
Je t'ai écrit, mon bien cher ami, [du Caire] où je suis resté jusques au 30 au soir, que j'allai coucher au mâasch avec tout mon monde, afin de mettre à la voile le lendemain de bonne heure pour gngner l'ancien emplacement de Memphis. Le 1*^^ octobre, nous couchâmes devant le village de Massarah, sur la rive orientale du Nil, et, le lendemain, à six heures du matin, nous courûmes la plaine pour atteindre les grandes carrières que je voulais visiter, parce que Memphis, sise sur la rive opposée, et précisément en face, doit être sortie de leurs vastes flancs. La journée fut excessivement pénible, mais je visitai presque une à une toutes les cavernes dont le pendiant de la montagne de Thorrali est criblé. J'ai con-
staté que ces carrières de beau calcaire blanc ont été exploitées à toutes les époques. J'y ai trouvé : l°une inscription démotique datée du mois de Paophi de Tan IV de l'Empereur Auguste; 2" une seconde inscription de l'an VII, même mois, d'un Ptolémée, qui doit être So^er /", puisqu'il n'y a pas de prénom ; 3° une inscription, toujours en démotique, de l'an II du Roi Acoris, Tun des insurgés contre les Perses ; enfin deux de ces carrières, et les plus vastes, ont été ouvertes l'an XXII du Roi Amosis, le père de la XVIIP Dynastie, comme le portent textuellement deux belles stèles sculptées à même dans le roc, à côté des deux entrées. Quoique ces stèles soient mutilées, j'y ai pu voir que les pierres de cette carrière ont été employées aux constructions des temples de Pkiha, (ÏApis et ({'Ammon à Memphis, et cette indication donne la date de ces mêmes temples bien connus de l'antiquité. J'ai trouvé aussi, dans une autre carrière, pour l'époque pharaonique, deux monolithes tracés à l'encre rouge sur les parois, avec une finesse extrême et une admirable sûreté de main : la corniche de l'un de ces monolithes, qui n'ont été que mis en projet, sans commencement d'exécution, porte le prénom et le nom propre de Psammétichus I^^. Ainsi, les carrières de la montagne Ara- Ijique, entre Thorrah et Massarah, ont été exploitées sous les Pharaons, les Perses, les Lagides, les Romains, et dans les temps modernes : j'ajoute que cela tient à leur voisinage des capitales successives de l'Egypte, Memphis, Fosthath et le Caire. Rentrés le soir dans nos vaisseaux, comme les Grecs venant de livrer un assaut à la ville de Troie, mais plus heureux qu'eux, puisque nous emportions quelque butin, je fis mettre à la voile pour BédrécJicïn, village situé à peu de distance sur le bord occidental du Nil. Le lendemain, de bonne heure, nous partîmes pour l'immense bois de dattiers qui couvre l'emplacement de Memphis : passé le viUagc de Bédréchéïn, qui est à un quart d'heure dans les terres, on s'aperçoit qu'on foule le sol antique d'une
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grande cité, aux blocs de granit dispersés dans la plaine, et à ceux qui déchirent le terrain et se font encore jour à travers les sables, qui ne tarderont pas à les recouvrir pour jamais. Entre ce village et celui de Mit-Rahinéh, s'élèvent deux longues collines parallèles, qui m'ont paru être les éboulements d'une enceinte immense, construite en briques crues comme celle de Sais, et renfermant jadis les principaux édifices sacrés de Memphis. C'est dans l'intérieur de cette enceinte que nous avons vu le grand colosse excavé par M. Caviglia. Il me tardait d'examiner ce monument, dont j'avais beaucoup entendu parler, et j'avoue que je fus agréablement surpris de trouver un magnifique morceau de sculpture égyptienne. Le colosse, dont une partie des jambes a disparu, n'a pas moins de trente-cinq pieds et demi de long. Il est tombé la face contre terre, ce qui a conservé le visage parfaitement intact. Sa physionomie suffit pour me le faire reconnaître comme une statue de Sésostris, car c'est en grand le portrait le plus fidèle du beau Sésostris de Turin; les inscriptions des bras, du pectoral et de la ceinture confirmèrent mon idée, et il n'est plus douteux qu'il existe, à Turin et à Memphis, deux portraits du plus grand âes Pharaons. J'ai fait dessiner cette tête avec un soin extrême (pi. III), et relever toutes les légendes. Ce colosse n'était point seul ; et si j'obtiens des fonds spéciaux pour des fouilles en grand à Memphis, je puis répondre, en moins de trois mois, de peupler le Musée du Louvre de statues des plus riches matières et du plus grand intérêt. Pousse donc cette demande et fais jeter les hauts cris par tout le monde, afin de décider les traînards. — Ce colosse, devant lequel sont de grandes substructions calcaires, était, selon toute apparence, placé devant une grande porte et devait avoir des pendants : j'ai fait faire quelques fouilles pour m'en assurer, mais le temps me manquera. Un peu plus loin et sur le même axe, existent encore deux petits colosses du même Pharaon,
en granit rose, mais en fort mauvais état. C'était encore une porte.
Au nord du colosse, exista un temple de Vénus (Hathor), construit en calcaire blanc, et hors de la grande enceinte, du côté de l'orient : j'ai continué des fouilles commencées par Caviglia ; le résultat a été de constater dans cet endroit même l'existence d'un temple orné de colonnes-pilastres accouplées, en granit rose, et dédié à Phtha et à Hathor (Vulcain et Vénus), les grandes divinités de Memphis, par Rhamsès le Grand. L'enceinte principale renfermait aussi, du côté de l'est, une vaste nécropole semblable à celle que j'ai reconnue à Sais.
C'est le 4 octobre que je suis venu camper à Sakkara, car nous avons deux jolies tentes, et une troisième pour nos domestiques. Tous les soirs, sept ou huit Bédouins choisis d'avance font la garde de nuit et les commissions le jour ; ce sont de braves et excellentes gens, quand on les traite en hommes.
J'ai visité ici, à Sakkara, la plaine des momies, l'ancien cimetière de Memphis, parsemé de pyramides et de tombeaux violés. Cette localité, grâce à la rapace barbarie des marchands d'antiquités, est presque tout à fait nulle pour l'étude : les tombeaux ornés de sculptures sont, pour la plupart, dévastés, ou recomblés après avoir été pillés. Ce désert est affreux; il est formé par une suite de petits monticules de sable produits des fouilles et des bouleversements, le tout parsemé d'ossements, de crânes et de débris des vieilles générations. Deux tombeaux seuls ont attiré notre attention, et m'ont récompensé d'être venu planter mon camp dans ce sol de désolation. J'ai trouvé, dans l'un d'eux, une série d'oiseaux admirablement sculptés sur les parois, et accompagnés de leurs noms en hiéroglyphes, cinq espèces de gazelles avec leurs noms, enfin quelques scènes domesticiues, telles que l'action de Iraiie le lait, et deux cuisiniers exerçant leur art si utile.
EXTRAIT DU JOURNAL DE VOYAGE
6 octobre. — Je me rendis de très bonne heure à la plaine des tombeaux pour distribuer à nos dessinateurs le travail à faire dans la tombe de Ménofré ; après cela j'allai visiter, au nord de la Pyramide Medarrag, un tombeau qui devait être d'un haut intérêt avant que les barbares modernes l'eussent dévasté. Ce monument a été fouillé pour le compte de Mohammed-Bey , deftevdar et gendre du Pacha, homme connu en Egypte pour l'avidité et l'extrême férocité de son caractère. Ce tombeau, celui d'un basilicogrammate de justice I^Ppl; — ° nommé Raasès ]n ' ^® porte de sculpture que sur les architraves et les piliers soutenant la chambre principale. Toutes les parois de cette salle étaient couvertes de peintures, représentant des scènes agricoles et des usages civils; mais il est aujourd'hui impossible de distinguer clairement des parties complètes de ces divers sujets. Des sculptures coloriées et représentant des porteurs d'offrandes ou des tableaux décoraient une seconde salle du même tombeau. La plupart de ces bas-reliefs marquants sont ceux que j'avais vus décorant un vestibule de la maison que Mohammed-Bey fait bâtir à grands frais entre Boulaq et le Vieux-Caire.
Je reçus, en rentrant au camp, la visite du scheikh Mohammed, le commissaire du Pacha à Sakkara, chargé de ramasser les contributions et d'exploiter le pays pour le compte de Son Altesse. Je l'invitai à souper, ce qu'il accepta de fort bonne grâce.
7 octobre. — Je passai toute la matinée du 7 dans ma tente pour écrire en Europe. A trois heures, un envoyé de Mansour, chargé, sur la promesse de quatre thalaris de bakschisch, de nous trouver un puits vierge dans le plateau de Sakkara, vint nous avertir que ledit découvreur était
arrivé au puits et n'atteudait plus que nous pour l'ouvrir. Nous montâmes nos ânes et gagnâmes le désert au plus vite. Arrivés sur le point de la fouille, je vis d'un coup d'œil que nous étions sur un terrain isolé et fouillé depuis longtemps. Convaincu que le Sakkariote voulait se moquer de nous, je me moquais de lui, en le renvoyant et en lui reprochant de nous prendre pour des enfants. Je me rendis ensuite au grand tombeau découvert et excavé par M. Jumel. Ce beau monument, composé de plusieurs salles et lié à de grandes excavations renfermant plusieurs puits, n'est, en général, décoré que d'inscriptions reproduisant plusieurs chapitres entiers du grand Rituel funéraire, ce qui diminue considérablement l'intérêt de son étude. La voûte seule de la grande salle mérite quelque attention. Elle fut jadis revêtue de bas-reliefs représentant les doiue heures du Jour et les dou^e lieures de la nuit sous la forme de femmes, la tête surmontée d'une étoile ^. Les heures du jour occupaient la partie gauche et les heures de la nuit la partie droite de la voûte. — L'idée heure est exprimée par le groupe -^^ i<i , dans lequel on retrouve les éléments ovn, les principaux du copte oTTiioT, pluriel oimcooipi, les heures. L'étoile ic est ledéterminatif de toutes les divisions du temps. Chacune de ces heures portait chez les anciens Égyptiens un nom particulier. Il ne reste de visibles que quelques-uns de ces noms dans le tombeau Jumel. Je les réunis ici dans l'espoir de compléter ce tableau dans quelque hypogée de la Thébaïde.
Les bas-reliefs représentant l'adoration des autres heures du jour et de la nuit par le défunt, qui se nommait (^t , ont été brisés ou enlevés depuis peu d'années.
Je hs copier dans la deuxième chambre l'un des deux grands catalogues d'oJJ'randes qui couvrent deux parois entières de cette salle, dont la partie supérieure est ornée de petits tableaux, représentant des ligures d'Osiris assis, plusieurs
fois adoré par le défunt sous les titres divers que lui donnent les litanies du grand Rituel. Ge sont ces mêmes litanies, mises en scène. Je fis également dessiner, à gauche de la porte principale, un bas-relief sans légendes, représentant la vache d'Hathor accroupie, portant un jeune enfant assis sur ses cornes. C'est probablement l'enfance de Phré.
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