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armée. Les plans étaient déjà faits quand le départ soudain du grand homme mit fin à cette comédie. — Par contre, le Pacha lui fit connaître un jour la mystérieuse affaire de ïévêque de Memphis, prêtre copte envoyé de la Propagande pour le convertir, lui, — Mohammed- Ait/ ! Informé de l'arrivée du bateau, à bord duquel son convertisseur se promenait en grande tenue sacerdotale, il lui fit dire .• « Mon bourreau vous attend ! » Le malheureux se le tint pour dit. Il repartit pour Naples au plus vite, et, rentré à Rome, il fut enfermé au Ohâteau Saint-Ange, d'où il ne sortit plus. Comme le Pacha terminait cette histoire, le fin sourire qui éclairait presque constamment son visage s'éteignit et sa main serrée s'appuya, bien trop fort, paraît-il, sur la tète du majestueux lion apprivoisé qui se tenait à côté de lui. A ce moment-là, épouvanté par un mouvement brusque de ce lion vers les hôtes, Ibrahim- Pacha se leva pour le remettre à l'ordre : — « un seul geste du vice-roi d'Egypte tranquillisa le roi du désert ». Riant cordialement, Mohammed-Aly se tourna alors vers Champollion et lui dit d'un ton chevaleresque autant qu'énergique : « De toutes les doctrines de l'Europe je ne réclame pour moi et mon peuple que la doctrine du déchiffreur des hiéroglyphes! » Et il pria celui-ci de lui écrire un abrégé de l'histoire de l'ancienne Egypte, ce qui fut promis de grand cœur. Le lendemain même, paraît-il, Pariset repartit pour le Caire, son quartier général pendant ses pénibles « recherches sur l'état pestilentiel de l'Egypte », car la redoutable inondation de 1829 lui annonçait le retour des désastreuses épidémies de 1791, 1800 et 1824.
Ce fut le 7 octobre que Rosellini partit avec ses trois compatriotes', après avoir reçu, la veille, « un superbe sabre de Perse, richement monté en or », évalué à 4.000 francs. Le 4 novembre, fête du roi de France, Champollion fut réveillé de très grand matin, car un messager à cheval était arrivé pour lui remettre au nom du vice-roi un sabre dhonneur pareil et lui annoncer la visite fort matinale d'Ibrahim-Pacha. Celui-ci lui présenta un don plus précieux encore : la nouvelle oriicielle, cette fois-ci absolument sûre, ([uc riiô|)i(;ii du Caire resterait un ho|)ital ! Le vice-roi,
1. On se rappellera que Salvatore ClK-rubiiii. naturalisé fran<:ais, faisait partie de l'expédition française.
en effet, travaillé opiniâtrement par un grand fabricant européen, avait encore changé d'idée, et il avait repris, vers le 29 octobre, son plan destructeur, a Maïaraoun » avait appelé au secours son ami « Imouth^ »; celui-ci n'avait pu revenir, mais il avait envoyé, par une estafette, une protestation énergique au prince, son allié sous ce rapport. Il lui avait fait savoir qu'il défendrait en personne l'entrée de l'hôpital contre tous les fabricants du monde et qu'il faudrait le mettre en morceaux avant de s'en emparer. Ibrahim- Pacha, plus intelligent en cela que son père, réussit à sauver l'institution menacée.
Ce fut le 29 novembre que Champollion donna au vice-roi la Notice sommaire sur l'Histoire d'Egypte qu'on lira plus loin^ (( Les premières tribus qui peuplèrent... la vallée du Nil entre la cataracte d'Osouan et la mer, y dit-il, venaient de l'Abyssinie ou du Sennâar. » On comprendra, en lisant ces lignes, pourquoi Champollion désirait tant voir partir une expédition scientifique pour le pays dont ses chers Égyptiens lui paraissaient avoir été les aborigènes. Sachant que cet écrit ne serait point publié, (( l'Égyptien )) met ici les pyramides dans les premières dynasties, ce qu'il n'avait pu faire encore en Europe, où les quinze premières dynasties furent rejetées par les archéologues du clergé à cause de la chronologie adoptée jusque-là dans le catholicisme. Il place également deux des Amenerahèt de la XII^ dynastie avant l'invasion des Hyksos, ce qui pouvait le compromettre gravement aux yeux du clergé de cette époque. Quelques mois plus tard, par l'effet de la Révolution de 1830, les historiens furent affranchis à tout jamais de la nécessité de prendre des précautions de ce genre.
Le même jour, Champollion remit au vice-roi la Note pour la conservation des monuments de l'Egypte, qu'on trouvera plus loin\ Il les recommandait à sa protection avec une franchise qui laissait sentir les reproches qu'il avait à lui faire.
Avant de prendre congé de Mohammed-Aly et de son fils, « l'Égyptien » acheva de régler avec eux une affaire qui le rendit fort heureux, le transport des deux obélisques de Louqsor,