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AU DELÀ DE LA SECONDE CATARACTE

Semnéh, Soldeb, Barkal, Assour, Naga, et autres lieux où existent des monuments antiques jusqu'à la frontière du Sennàar, où il n'en existe plus.

2° Les monuments antiques creusés et taillés dans les montagnes sont tout aussi importants à conserver que ceux qui sont construits en pierres tirées de ces mêmes montagnes. Il est urgent d'ordonner qu'à l'avenir on ne commette aucun dégât dans ces tombeaux, dont les fellahs détruisent les sculptures et les peintures, soit pour se loger ainsi que leurs bestiaux, soit afin d'enlever quelques petites portions de sculptures pour les vendre aux voyageurs, en défigurant pour cela des chambres entières. Les principaux points à recommander sont, en particulier,

Les grottes {m.agarah) des montagnes voisines de :

Sakkar^a,

Béni-Hassan et environs,

Touna-Gébel,

El- Tell,

Samoun, près de Manfalouth,

El-Arabak,

Kourna et environs,

Biban-el-Moloak, près de Kourna,

El-EiU ou El-Kab,

Gébel-Selseléh.

C'est dans les monuments de ce genre qu'ont journellement lieu les plus grandes dévastations. Elles sont commises par les fellahs, soit pour leur propre compte, soit surtout pour celui des marchands d'antiquités qui les tiennent à leur solde. Je sais même, à n'en pas douter, que des édifices ont été détruits par ces spéculateurs européens, sur l'espoir de découvrir quelque objet curieux dans les fondations; mais

les grottes sculptées ou peintes, et que l'on découvre chaque jour à Sakkara, à El-Ai'abah, à Kourna, sont à peu près détruites presque aussitôt qu'on en a fait l'ouverture, par l'ignorance et l'avidité des fouilleurs ou de leurs employés.

Il serait plus que temps de mettre un terme à ces barbares dévastations, qui privent à chaque instant la science de monuments d'un haut intérêt, et désappointent la curiosité des voyageurs, lesquels, après tant de fatigues, n'ont souvent ainsi que des regrets à exercer sur la perte de tant de sculptures ou de peintures curieuses.

En résumé, l'intérêt bien entendu de la science exige, non que les fouilles soient interrompues, puisque la science acquiert chaque jour, par ces travaux, de nouvelles certitudes et des lumières inespérées, mais qu'on soumette les fouilleurs à un règlement tel, que la conservation des tombeaux découverts aujourd'hui et à l'avenir soit pleinement assurée et bien garantie contre les atteintes de l'ignorance ou d'une aveugle cupidité.

Alexandrie, novembre 1829.

CHAMPOLLION A CHAMPOLLION-FIGEAC

Toulon, 25 décembre 1829.

(( Sois sans inquiétude, tout ira bien! » Voilà les derniers mots que je t'adressais en te disant adieu, — tu verras par celle-ci que j'ai tenu parole, puisque me voici en rade, subissant en paix le triste devoir de ma quarantaine. Ma campagne est donc finie, mon cher ami, et tout a répondu à tes désirs comme aux miens. C'est le 23, dans la rade d'Hyères, que l'ancre de V Astrolabe mordit enfin sur terre

de France', — c'était sans doute pour fêter l'anniversaire de ma naissance, — et tu apprendras pour tes étrenneH que le vent nous a permis, aujourd'hui même, de mouiller dans la rade de Toulon. Il ne manque donc à ma satisfaction que de recevoir les lettres qui m'attendent sans doute ici, soit dans les bureaux de la poste, soit dans ceux de M. le Préfet maritime. Ce sera pour demain.

Je suis décidé à faire ma quarantaine (de vingt jours seulement, j'espère) abord même de l'Astrolabe. Je prendrai toutefois une chambre au lazaret, dans le but de me cJiauJJer, de faire un peu d'exercice et de rédiger à mon aise les notices de Médinet-Haboa, de Koariia, des Hypogées, de Karnac et de Dendéra\ qui compléteront la série publiée dans les journaux. La dernière contiendra quelques détails du Caire et d'Alexandrie. La reconnaissance me fait un devoir de faire connaître le bon accueil que j'ai reçu d'Ibrahim- Pacha et les bontés du Pacha Mohammed-Aly, qui, le jour de la fête du Roi, me fit présent d'un magnifique sabre comme marque de sa satisfaction. — Je ne pais assez me louer de l'attachement et des marques d'affection que m'a données M. Mimaut, qui se moque autant du Veau, fils de

1. Le consul N. Miègo, auparavant vice-consul à Livourne, avait prié Chanipollion de «consommer sa quarantaine» à Malte, où celui-ci serait près de lui et beaucoup mieux à son aise qu'au lazaret de Toulon.

« Après avoir visité nos monuments, vous n'aurez plus qu'un saut

» à faire, pour aller voir ceux de Sicile, où vous n'aurez plus à craindre » d'être traité en pestiféré, et d'où vous pourrez continuer votre

» route » Cette proposition avait beaucoup plu à «l'Égyptien».

Il craignait bien de ne pas avoir assez de tranquillité à Malte pour travailler, mais Girgonti et le temple de .Jupiter étaient proches et semblaient l'appeler : au départ d'Alexandrie, la quarantaine à Valetta était décidée. Au moment critique, une bis« violente du nord-est se leva et repoussa le bateau au large : il fallut aller à. Toulon.

2. Il a été dit ailleurs (jue ces Nn/ices tie Karnak et de Dendéra ne nous sont point parvenues : ou elles n'ont pas été écrites, ou elles se sont perdues.

Bini.. K(;yit., t. xxxi. 29

Veau, que toi et moi. C'est un homme qui m'est allé au cœur. M. Mimaut a été pour moi non seulement tout ce que Drovetti aurait dû être, mais un parent et un ami.

Je n'ai amené avec moi que Salvador, mon aide de camp. MM. L'hôte, Lehoux et Bertin ont voulu terminer leur panorama du Caire et faire les portraits des deux Pachas qui en ont témoigné le désir. — Mille tendresses à M. Dacier, et à tous les siens et nôtres.

Affaire importante. Le sarcophage, le grand basrelief et toutes les caisses, contenant stèles, momies et autres objets destinés au Louvre, sont à bord de VAstrolabe. Il serait dangereux de débarquer et de rembarquer ces grosses pièces. Leur conservation exige qu'elles soient amenées au Havre par le même bâtiment. Il s'agit donc que M. de La Bouillerie ou M. de La Rochefoucauld obtiennent du ministre de la Marine, notre bon ami\ que M. de Verninac, commandant de VAstrolabe, soit chargé de les garder à son bord, pour les transporter lui-même au Havre aussitôt que la saison le permettra. Il pourrait partir lorsque la mer serait tenable, c'est-à-dire dans les derniers jours de février ou les premiers jours de mars, de manière à être rendu au Havre le l^"^ avril. Voilà qui serait au mieux : mets donc les fers au feu. J'en écrirai à M. de La Bouillerie et à M. Sosthènes.

Ci-joint une notice d'un des temples de Thèbes ; envoiemoi tout ce qu'il y a d'imprimé de ces notices. Je te ferai passer successivement les autres un peu volumineuses, mais indique-moi une manière économique de te les faire parvenir. Adieu, j'attends de tes nouvelles. Tout à toi de cœur et d'âme,

J.-F. Ch.

1. Le baron d'Haussez, dont il sera encore question jiar la suite

Au lazaret de Toulon, le 26 décembre 1829.

A M. le Baron de La Bouillerie, Intendant général de la Maison du Roi.

Monsieur le Baron,

Mon premier devoir, en touchant la terre de France, est de renouveler l'expression de toute ma gratitude à la main protectrice qui, secondant les hautes vues du Roi pour Tavancement des études historiques, m'a généreusement fourni les moyens d'accomplir la série des recherches que la science montrait encore à faire dans l'Egypte entière et sur le sol de la Nubie. Je me suis efforcé, par mon complet dévouement à l'importante entreprise que vous m'avez mis à même d'exécuter, de ne point rester au-dessous d'une si noble tâche, et de justifier de mon mieux les espérances que les savants de l'Europe ont bien voulu attacher à mon voyage.

L'Egypte a été parcourue pas à pas, et j'ai séjourné partout où le temps avait laissé subsister quelques restes de la splendeur antique. Chaque monument est devenu l'objet d'une étude spéciale ; j'ai fait dessiner tous les bas-reliefs et copier toutes les inscriptions, (|ui pouvaient fournir des lumières sur l'état primitif d'une nation dont le vieux nom se mêle aux plus anciennes traditions écrites.

Les matériaux que j'ai recueillis ont surpassé mon attente. Mes portefeuilles sont de la plus grande richesse, et je me crois permis de dire que l'histoire de l'Egypte, celle de son culte et des arts qu'elle a cultivés, ne sera bien connue et justement appréciée qu'après la |)ublii"ition des dessins (jui sont le fruit de mon voyage.

Je me suis fait un devoir de consacrer toutes les économies qu'il m'a été possible de réaliser, à des fouilles exécutées à

Mempliis, à Thèbes, etc., pour enrichir le Musée Charles X de nouveaux monuments. J'ai été assez heureux pour réunir une foule d'objets qui compléteront diverses série du Musée Égyptien du Louvre, et j'ai enfin réussi, après bien des doutes, à faire l'acquisition du plus beau et du plus précieux sarcophage qui soit encore sorti des catacombes égyptiennes. Aucun Musée de l'Europe ne possède un si bel objet d'art égyptien. J'ai réuni aussi une collection d'objets choisis d'un très grand intérêt, parmi lesquels se trouve une statuette de bronze d'un travail exquis, entièrement incrustée en or, et représentant une reine égyptienne de la dynastie des Bubastites. C'est le plus bel objet connu de ce genre.

Je me hâterai, autant que l'obligation de la quarantaine et l'état de ma santé pourront me le permettre, de me rendre à Paris le plus tôt possible, afin d'avoir l'honneur de mettre sous vos yeux, Monsieur le Baron, tous les résultats de mon voyage. Je m'estimerais heureux si vous vouliez bien voir en eux une marque de mon zèle pour le service du Roi, et en même temps une preuve de la vive reconnaissance et du respectueux dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être. Monsieur le Baron, votre, etc.

Toulon, le 26 décembre 1829.

A M. le Vicomte Sosthènes de La Rochefoucauld, Directeur du département des Beaux-Arts de la Maison du Roi.

Monsieur le Vicomte,

J'ai l'honneur de vous faire part de mon arrivée en France, sur le bâtiment du Roi lAstrolabe, entré hier au soir en rade après une traversée de dix-neuf jours, et je m'empresse de porter en même temps à votre connaissance les heureux résultats de mon voyage.

Sous le rapport des recherches scientifiques qui en étaient l'objet principal, mes espérances ont été pour ainsi dire surpassées : la ricliesse de mes portefeuilles ne laisse rien à désirer, et les dessins qu'ils renferment, éclaircissant une foule de points historiques, donnent en même temps des lumières du plus piquant intérêt sur les formes de la civilisation égyptienne jusques dans ses plus petits détails. J'ai recueilli enfin des notions certaines pour l'histoire générale des beaux-arts, et en particulier pour celle de leur transmission de l'Egypte à la Grèce.

C'était un devoir pour moi de m'efforcer d'enrichir la division égyptienne du Musée Royal de divers genres de monuments qui lui manquent, et de ceux qui peuvent compléter les belles séries qu'il renferme déjà. Je n'ai rien épargné pour atteindre ce but; tout ce que j'ai pu économiser sur les fonds que la Maison du Roi et divers ministères avaient bien voulu m'accorder pour mon voyage, a été employé à des fouilles et à des acquisitions de monuments égyptiens de toute espèce, destinés au Musée Charles X. J'ai fait scier à grand'peine et tirer, du fond d'une des catacombes royales de Thèbes, un très grand bas-relief conservant encore presque toute sa peinture antique. Ce superbe morceau, provenant du tombeau du père de Sésostris, pourra seul donner une juste idée de la somptuosité et de la magnificence des sépultures pharaoniques. J'ai aussi acquis un monument du premier ordre. C'est un sarcophage en basalte vert, couvert de sculptures d'une admirable finesse d'exécution ot du i)kis haut intéiV't mythologi(jue ; cette pièce, la plus belle de ce genre (|u'on ait découverte jusques ici, appartenait à Mahmoud-Bey, ministre d(^ la guerre de S. A. le Vice-Roi d']\gy[)te.

Tous les objets destin<''s au Musée (»iil i'l<' iMnl)ai(|iirs à bord de V Astrolabe, et sont arrivés avec moi à 'rniilon. il ne s'agit plus que de leur transport au Musée K'oyal, et, comme il importe extrêmement à la conservation du san'ophage,

des bas-reliefs et de quelques peintures antiques, d'éviter le plus possible toute espèce de déplacement, il serait très désirable que la corvette l'Astrolabe, sur laquelle sont embarqués ces objets précieux, fût chargée de les transporter de Toulon au Havre aussitôt que la mer sera tenable. En obtenant cette décision du ministre de la marine, vous assureriez à la foiS; Monsieur le Vicomte, la conservation de ces monuments et leur arrivée à Paris vers le l®"" avril, époque où il est indispensable de les recevoir pour achever enfin l'arrangement des salles basses du Musée Égyptien.

D'un autre côté, j'expédierai à Paris, par le roulage, huit à dix caisses contenant divers objets de petites proportions et qui peuvent supporter sans inconvénient le transport par terre. Les autres arriveraient par mer avec les grands objets.

Permettez-moi, Monsieur le Vicomte, de vous prier de hâter la décision de M. le ministre de la Marine relativement à l'envoi de la corvette l'Astrolabe au Havre, où elle déposerait les antiquités appartenant au Musée Royal, afin que je puisse, en sortant de quarantaine, prendre pour leur sûreté toutes les mesures convenables.

Je terminerai cette lettre en renouvelant ici l'expression de toute ma gratitude pour votre active bienveillance, à laquelle je dois attribuer, en grande partie, le succès de mon voyage; veuillez agréer en même temps l'hommage du respectueux et entier dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur le Vicomte, votre, etc.

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