XXII
28 octobre 1826.
Mon cher ami,
Tu as dû recevoir par M. Pion un premier envoi de livres consistant en un exemplaire du Catalogue Paris, pap. vélin, dont il n'a été tiré que douze ; plus les Recherches sur les cartes à jouer, et enOn le Langrognet aux enfers, que M. Lemonnier, de Salins, m'a remis pour te l'adresser. Fais attention au Langrognet; c'est le seul que j'aie vu de cette édition, qui est bien certainement l'originale. 11 est très bien conservé, et il n'y manque pas une seule gravure.
Une excursion que j'ai faite à Salins ne m'a pas laissé le t^mps de t'écrire par l'occasion que m'offrait M. Pion ; et depuis mon retour je n'ai pas trouvé un seul moment pour te demander des nouvelles de ta santé. L'article que je viens de lire de toi dans U Quotidienne me prouve que tu vas mieux, car on n'écrit pas aussi bien quand on est indisposé. Ménage-toi, je t'en prie, pour ta famille et pour tes amis. Tu es jeune encore, et il te reste beaucoup de choses à faire.
J'ai reçu de Lyon un numéro de ^Indépendant qui m'apprend l'établissement d'une Académie provinciale dont tu es le président, et que, sur la présentation et celle de M. de Loy, j'en ai été nommé membre. Je ne puis qu'être très flatté de cette marque d'estime ; mais avant de donner mon adhésion, qu'on me demande, il est bon que je sache à quoi je m'oblige. Y a-t-il une rétribution à payer? Et de quelle somme est-elle ? Tu sais que j'ai beaucoup de charges et fort peu d'argent, et je ne voudrais pas m'engager au delà de mes moyens. Ensuite il m'est impossible de fournir un article pour les Mémoires de V Académie ayanl que je sois débarrassé de la, Biographie, Il est vrai que M. Michaud va maintenant un train de poste; mais il me faut encore sept ou huit mois avant d'être libéré tout à fait avec lui. Tu vois ma situation. J'attendrai ta réponse avant d'écrire à Lyon.
11 n'a pas été trouvé un seul livre chez ta mère. Si elle en a eu, elle les a distribués à ses amis, ou bien ils ont été soustraits avant l'apposition des scellés. Je me rappelle très bien le buste de ton père par Breton; mais je ne l'ai jamais vu chez elle, même quand elle
(1) Suit la lettre XG de Nodier, (ftec. Estignard, p. 189.)
demeurait rue du Clos. Il est probable qu'elle en aura fait présent. Elise pourrait te donner à cet égard quelques renseignements, et si tu tiens à le ravoir, je forai toutes les démarches nécessaires.
M. Magnin n'est pas venu me voir à son passage à Besançon. J'ai appris depuis que des nouvelles fâcheuses Tavaient forcé de reprendre brusquement le chemin de Paris. Mais je t'enverrais les deux brochures que tu réclames, sans aucune condition, si ces deux opuscules existaient dans notre bibliothèque publique.
Si je ne te parle pas dans mes lettres de Marie, ce n'est pas Faute de penser à elle et d'en parler même souvent ; car personne ici ne l'oublie. On m'a fait lire les jolis vers que lui adresse M™* Taslu, et avec son consentement nous nous proposons d'en enrichir un des premiers numéros de VAlbum» Elle doit être bien fière, à son âge, d'avoir pu mériter une telle preuve d'affection et de la part d'une telle femme! A l'avenir je ne mériterai plus d'être grondé par ta femme ni par ta Olle.
J'ai reçu l'envoi de M. Taylor, je te prie de l'en remercier. Notre exemplaire des Voyages en Normandie sera magnifique.
Bonjour, mon ami, mon frère. Viancin et Deis t'embrassent.