XXIII
40 novembre (1826).
Mon cher ami,
Je suis fort inquiet de ta santé. Donne-moi donc de tes nouvelles, ou prie Marie de m'écrire un mot pour me rassurer, et pour me dicter la conduite que je dois tenir à l'égard de l'Académie provinciale.
Le second volume de notre catalogue sera sous presse dans quelques jours. 11 contiendra, comine tu le sais, les sciences et les arts. Notre partie d'hisloire naturelle est bien pauvre, malgré toutes mes additions; c'est la classe où j'avais le moins de livres. J'ai écrit à M. Debure de m'en acheter quelques-uns dans les ventes qui se font maintenant à Paris. Il me tarde de savoir s'il a pu en obtenir quelques-uns.
M. Béchet est de retour de la campagne depuis le i" de ce mois.
(1) Suit la letiro XG do Nodier. (Rec. Estignard, p. 189,)
11 m*a fait une visite hier pour me demander le volume que lu lui as promis en échange de son Sophocle, Je lui ai répondu que tu étais malade et qu'aussitôt que tu pourrais revenir à tes livres, tu ne manquerais pas de lui faire passer quelques houquins. C'est uniquement pour l'acquit de ma conscience que je t'en parle. Songe à te guérir et à prendre un régime qui prévienne le retour des inflammations de l'estomac.
Il faut que tu sois malgré toi de l'Académie. Je viens d'écrire à Droz pour lui rappeler ce qu'il m'a dit à cet égard, il y a deux ans. Si tu ne peux pas faire les visites d'usage, c'est à lui de s'en charger. Si j'étais à Paris, je m'établirais ton fondé de pouvoirs, et j'assiégerais toutes les avenues du tripot. Il y a mille raisons qui devraient te faire désirer de siéger à l'Académie française ; mais tu n'as jamais voulu songer à tes intérêts.
Je fais toutes mes tendresses à Marie, qui m'a déjà sans doute pardonné de ne l'avoir pas nommée dans une de mes dernières lettres, ainsi que sa mère. Rappelle-moi au souvenir de Taylor. Je t'embrasse de cœur.
2 décembre 1826.
Mon cher ami.
Le chevalier Bard va passer l'hiver à Paris ; il veut que je te mande son arrivée en te priant de le recevoir comme une ancienne connaissance; il prétend que dans les derniers temps tu lui battais froid : ce sont ses propres expressions. Il désire donc que tu oublies les torts qu'il peut avoir eus à ton égard, promettant d'être plus circonspect à l'avenir. Tu trouveras le chevalier bien changé. D'abord il a rayé de son écu la devise singulière que tu lui avais, dit-il, donnée, et dont il n'avait pas deviné le double sens; et puis il n'est plus aussi occupé de lui, de sa prose, de ses vers, de ses ouvrages faits, de ceux qu'il médite, de ceux qu'il fait. Comme il a de l'esprit, je ne doute pas qu'il ne se corrige petit à petit de ses travers et qu'il ne devienne un chevalier parfait. Voilà ma commission faite.
J'attends avec impatience ton volume de vers, 'que j'ai fait demander aussitôt que j'en ai vu l'annonce dans le BeuchoL Joliet me charge de te prier de mettre enfin sous presse le Çazotte que tu promets depuis si longtemps. Je viens de découvrir un beau ma-
huscrit de la bibliothèque du cardinal de Granyelle. C'est le Phœnix de Vœrthusius, qui n'a point d'article dans la Biograpkiey mais qui en a un dans la Bibliothèque de Foppens. L'ouvrage est dédié au cardinal; le volume est magnifique. Si tu avais quelques manuscrits dont tu voulusses te défaire à des prix modérés, je te prie de me donner la préférence. Flavien t'en a rapporté un d'Angleterre, auquel tu ne dois pas tenir beaucoup et dont je m'accommoderais fort, non pour moi, car il y a bien longtemps que je ne tiens plus à rien de matériel, mais pour l'établissement dont tu as été un des fondateurs et que tu ne devrais pas négliger.
Mes amitiés à mère, Qlle et petite-fille, tante, nièce, cousine, enfin à tout ce qui est dans l'Arsenal, où je compte aller faire une excursion en avril prochain. A jamais tout à toi.