A MADEMOISELLE
ELISABETH SULKOWSKA.
Ma chère Elisabeth,
\'ous avez si bien su conserver la simplicité de Fenfance, que, malgré votre taille élancée et votre raison, je me souviens toujours, en vous voyant, du temps où une histoire de poupée me valait vos plus douces caresses.
C'est ce souvenir, ma chère enfant, qui m'a suggéré ridée de vous dédier ce livre.
Si j'ai recueilli avec intérêt les lettres de C/iarman'e et de Merveille y vous pouvez les lire sans crainte de compromettre votre dignité de jeune personne, en pensant au plaisir que j'éprouve à vous donner un nouveau témoignage de ma constante et bien tendre affection.
Julie GOURAUD,
UERVCILLB A SON AUIE.
5 novembre 18.... ChMeau des Roses.
rhh destinée des poupées n'est donc pas si différente de celle des hommes : nous voilà séparées, et peut-être pour toujours I Resterons-nous chacune à notre place sans nous donner signe de vie? Non : en cela, comme en bien d'autres choses, montrons-nous supérieures aux enfants. N'oublions jamais que nous sommes sœurs, sorties de la même fabrique, et qu'en nous voyant l'une à côté de l'autre, les nombreux visiteurs de Giroux ne pouvaient nous séparer dans leur admiration.
Peut-être devons-nous à cette heureuse rcssem-
blance, à ces charmes pareils, le privilège de n'avoir pas connu la jalousie.
Que ces jours d'intimité ont passé vite, ma clîère petite sœur!
Que veux-tu? Nous ne pouvions pas raisonna blement espérer d'être sur le même bâton toute notre vie! Laissons les regrets et songeons au bonheur inouï pour des poupées, de pouvoir prendre la plume et épancher notre cœur. Suppose, ma chérie, que nous soyons ensemble, il nous serait impossible de causer. Mais, dis-tu, il serait si doux de se voir I
Sans doute, ma chère amie; pourtant, croismoi, il y a bien du bonheur dans une lettre, qu'on l'écrive ou qu'on la reçoive. Sans compter que notre vie va être doublée par le seul fait de cette correspondance; car, semblables à ces auteurs d'histoires terribles ou merveilleuses, c'est la nuit que nOuS confierons à notre petite plume les peines et les plaisirs qui vont se succéder.
Allons! Que tu sois convertie ou non aux charmes de l'absence, je ne peux pas prolonger davantage mon exorde ; j'ai mille choses à te dire.
Je suis arrivée ici dans du coton rose. La femme de chambre, personne très-soigneuse, ayant reçu une forte impression de ma personne, persuada aisément à sa maîtresse que la mienne aurait plus de plaisir à me déballer qu'à me Voir sortir de la