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PRÉFACE

Notre littérature est si riche, et nous nous soucions si peu de la connaître, que nous en laissons tomber des parties entières. Entre autres lacunes de notre enseignement littéraire, en voici une dont il est difficile de ne pas être frappé. Nous savons et on nous répète avec raison que la littérature épistolaire n'a été nulle part plus brillante, plus variée, plus abondante qu'en France ; donc nous lisons quelquesuns des plus fameux recueils de lettres ; et il en est dans le nombre qui ne doivent leur réputation qu'à leur frivolité. Mais nous ignorons, d'une ignorance obstinée, toute une catégorie de lettres qui, incomparables pour la richesse des aperçus, pour la gravité et l'élévation de la pensée, valent aussi bien par la perfection

de la forme, par la délicatesse de lanalyse et l'agrément du style : ce sont les lettres de direction.

Nous y perdons doublement : d'abord parce que beaucoup de ces lettres sont par ellesmêmes des chefs-d'œuvre, ensuite parce que, sans elles, l'étude de notre développement littéraire devient incomplète.

Ce qui fait la principale grandeur de notre littérature classique, c'est sa connaissance de rhomme. Aucune littérature, nous pouvons le dire sans hésitation, n'enferme plus de vérité humaine. Jamais on n'avait pénétré aussi avant que l'ont fait nos écrivains du xvii^ siècle dans la partie durable, dans le fond commun de notre nature, et jusque dans les plus intimes replis du cœur. Depuis les moralistes jusqu'aux écrivains de théâtre, et depuis les poètes jusqu'aux romanciers, c'est par l'analyse psychologique que vaut leur œuvre. Les lettres de direction sont par essence le genre qui vit d'analyse ; et c'est pourquoi le xvii^ siècle devait y exceller.

Car il faut d'abord avoir pénétré la nature individuelle de celui ou de celle qu'on a entre-

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