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I. Lettre revue sur roriginal

AU MARaUIS DE BLAINVILLE I9I

qu'on est fort quand on ne croit plus l'être, et qu'on ne sent plus que la faiblesse et les bornes de son propre esprit ! Alors on est toujours prêt à croire qu'on se trompe et à l'avouer en se corrigeant ; alors on a l'esprit toujours ouvert à la lumière d'autrui ; alors on ne méprise rien que soi et ses pensées ; alors on ne décide rien, et on dit les choses les plus décisives du ton le plus simple et le plus déférant pour autrui ; alors on se laisse volontiers juger, on se livre sans peine, on donne droit de censure au premier venu. En même temps on ne juge de personne que dans le vrai besoin ; on ne parle qu'aux personnes qui le souhaitent, et en leur disant ce qu'on croit voir en elles d'imparfait, on le dit sans décision, plutôt pour n'user point d'une réserve contraire à ce que ces personnes souhaitent, que pour vouloir être cru, et pour se contenter dans sa critique.

Voilà, mon très cher malade, la santé que je vous souhaite dans l'esprit, avec une véritable guérison du corps. En attendant, souffrez avec humilité et patience. Dieu sait quelle joie j'aurais si je pouvais vous embrasser, et vous posséder ici. Mais j'entends l'orage qui gronde plus que jamais : il ne faut pas le renouveler par notre impatience. Attendez donc encore un peu : dès qu'on croira que vous pourrez venir sans danger, votre présence sera une grande consolation pour moi dans mes peines. En retardant ce voyage, je prends encore plus sur moi que sur vous. Rien n'est plus fort et plus sincère que la tendresse avec laquelle je vous suis tout dévoué.

F. A. D. C. Le mal de M"^" la D. de Mortemart m'alarme beaucoup. (VIII, 516.)

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