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Entière confiance en Dieu

27 février 1700.

Ne croyez point, s'il vous plaît, madame, que je manque de zèle pour vous aider dans vos besoins. On ne peut être plus touché que je le suis de tout ce qui vous regarde. Je vois vos bonnes intentions et la soif que Dieu vous donne pour toutes les vérités

I. C'était la femme du gouverneur de Cambrai allié lui-même à la famille des Salignac ; personne distinguée et d'une haute piété, mais tourmentée par le scrupule. Quand Fénelon prit la conduite de M^e de Montberon, la maladie était incurable ; le pieux archevêque montra ses profondes qualités de directeur. Jamais moraliste ne découvrit mieux les causes cachées de cette agitation d'une âme toujours mécontente d'elle-même : jamais prêtre ne déploya plus de patience, plus de condescendance envers cet esprit timoré. Nous n'avons pas moins de 225 It^ttres adressées à Mi"= de Montberon. 11 y a jusqu'à deux ou trois billets datés du même jour.

Cette correspondance ne laisse pas d'être un peu monotone, ne fallait-il pas répéter toujours les mêmes conseils ? Les remarquables et fines analyses morales, la variété et la clarté du style nous entraînent jusqu'à la fin ; mais nous sommes pris d'une profonde pitié à la vue de cette maladie qui jette le trouble dans l'âme, la tristesse dans la vie et détruit tout ressort d'activité physique. (Voyez Fénelon, directeur de conscience, Livre VI, ch. 3).

A LA COMTESSE DE MONTBEROX l^y

qui peuvent vous mettre en état de lui plaire. Si je suis réservé, ce n'est que par pure discrétion pour vous ' ; et comme je ne le suis que pour vous, c'est à vous à régler la manière dont il convient que je le sois. Du reste, j'aimerais mieux mourir que de manquer aux besoins des âmes qui me sont confiées, et surtout de la vôtre qui m'est très chère en Notre- Seigneur.

Votre piété est un peu trop vive et trop inquiète. Ne vous défiez point de Dieu : pourvu que vous ne lui manquiez point, il ne vous manquera pas, et il vous donnera les secours nécessaires pour aller à lui. Ou sa providence vous procurera des conseils au dehors, ou son esprit suppléera au dedans ce qu'il vous ôtera extérieurement. Croyez en Dieu fidèle dans ses promesses, et il vous donnera selon la mesure de votre foi. Fussiez-vous abandonnée de tous les hommes dans un désert inaccessible, la manne v tomberait du ciel pour vous seule, et les eaux abondantes couleraient des rochers. Ne craignez donc que de manquer à Dieu, et encore ne faut-il pas le craindre jusqu'à se troubler. Supportez-vous vous-même, comme on supporte le prochain, sans le flatter dans ses imperfections. Laissez là toutes vos délicatesses d'esprit et de sentiments ; vous voudriez les avoir avec Dieu comme avec les hommes. Il se salisse dans, ces merveilles un raffinement de goût et un retour subtil sur soi-même. Soyez simple avec celui qui

I. Fénelon craignait d'entraîner ses parents et ses amis dans la disgrâce où il était tombé lui-même a l'occasion du livre des Maximes.

aime à se communiquer aux âmes simples. Devenez grossière, non par vraie grossièreté, mais par renoncement à toutes les délicatesses que le goût de l'esprit donne. Bienheureux les pauvres d'esprit qui ont fait vœu de pauvreté spirituelle et qui n'ont jamais pour l'esprit que le nécessaire dans une continuelle mendicité et dans un abandon sans réserve à la Providence ! O que je serais ravi si je vous voyais négligée pour l'esprit, comme une personne pénitente l'est pour les parures du corps ! Je ne parle point à M""^ la Comtesse..., mais j'en suis très édifié. (VIII, 617.)

50. — Éviter l'activité inquiète dans le service de Dieu. Conseils pratiques .

3 mars 1700.

Si je n'ai point eu l'honneur, madame, de vous répondre plus tôt, c'est que je n'ai pas eu un moment de libre. Je prends la liberté de vous répéter que je ne suis réservé que par discrétion pour vous. Quoique vous n'ayez point de ménagements politiques pour votre personne, celle de M. le comte de Montberon et sa place en demandent.

Vous ne vous trompez pas, madame, en croyant qu'il ne suffit point d'avoir changé d'objet pour l'ardeur, et qu'il y a une ardeur inquiète qu'il faut modérer, même dans le service de Dieu, et dans la correction de nos défauts. Cette vue pourra beaucoup servir à vous calmer, sans relâchement dans votre travail. L'ardeur que vous mettez dans les meilleures

choses les altère et vous donne une agitation d'autant plus contraire à la paix de l'esprit de Dieu que vous prenez davantage sur vous par pure bienséance, pour la renfermer avec effort tout entière au dedans. Un peu de simplicité vous ferait pratiquer la vertu plus utilement, avec moins de peine.

J'approuve fort, madame, qu'on vous fasse communier tous les quinze jours. Ce n'est point trop pour une personne retirée, qui tâche de se renfermer dans ses devoirs, et qui s'occupe à la lecture et à la prière. Vous avez besoin de chercher dans le sacrement de vie et d'amour la nourriture, la consolation et la force pour porter vos croix et pour vaincre vos imperfections. Laissez-vous donc conduire sans vous juger vous-même, et n écoutez aucun scrupule pour vos communions.

A l'égard des confessions, je ne saurais vous en rien dire. Il n'y a que votre confesseur qui puisse vous parler juste là-dessus. Dieu ne permettra pas qu'il manque à votre besoin, si vous cherchez en simplicité ce que l'esprit de grâce demande de vous. Marchez avec une foi pleine et entière. Tachez de faire ce que le confesseur vous dira. Si vous êtes gênée, faites-le-moi savoir; je vous répondrai le mieux que je pourrai sur les doutes que vous me proposerez.

Je ne saurais vous dire des choses assez précises et assez proportionnées sur vos lectures et sur votre oraison. Je ne connais pas assez votre goût, votre attrait, votre besoin : une demi-heure de conversation me mettrait au fait ; après quoi, je pourrais vous

écrire et même vous entendre sur un billet d'une demi-page. Voyez là-dessus ce qui convient, sans vous engager à rien faire de trop par rapport aux conjonctures présentes.

A l'égard de vos habits, il me semble que vous devez avoir égard au goût et à la pente de M. le comte de iMontberon ; c'est à lui à décider sur les bienséances. S'il penche à l'épargne là-dessus, vous devez retrancher autant qu'il le croira à propos, pour payer ses dettes. S'il veut que vous souteniez un certain extérieur, faites par pure complaisance ce que vous croirez apercevoir qu'il veut, et rien au delà par votre propre goût ou jugement. S'il ne veut rien

cet égard, et qu'il vous laisse absolument à vousmême, je crois que le parti de la médiocrité est le meilleur pour mourir à vous-même. Les extrémités sont de votre goût. Une entière magnificence peut seule contenter votre délicatesse et votre hauteur raffinée. Une simplicité austère est un autre raffinement d'amour-propre : alors on ne renonce à la grandeur que par une manière éclatante d'y renoncer. Le milieu est insupportable à l'orgueil : on paraît manquer de goût, et se croire paré avec un extérieur bourgeois. J'ai ouï-dire qu'on vous a vue autrefois vêtue comme les sœurs de communauté. C'est trop en apparence, et c'est trop peu dans le fond. Un extérieur modéré vous coûtera bien davantage au fond de votre cœur. xMais votre règle absolue est de parler à cœur ouvert à M. de Montberon, et de suivre sans hésiter ce que vous verrez qui lui plaira le plus. (VIII, 617.)

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