‹ Lettres de directionChapitre 107 sur 163 · I. II Cor. III · texte numérisé non relu

I. II Cor. III

VOUS n'eussiez point résisté à Dieu pour vous écouter, vous n'auriez pas tant souffert : rien ne coûte tant que ces recherches d'un soulagement imaginaire. Comme un hydropique en buvant augmente sa soif, un scrupuleux, en écoutant ses scrupules, les augmente, et le mérite bien. Le seul remède est de se faire taire et de se tourner d'abord vers Dieu. C'est l'oraison, et non pas la confession, qui guérit alors le cœur. Travaillez donc à réparer le temps perdu ; car, franchement, je vous trouve un peu déchue et affaiblie : mais cet affaiblissement se tournera à profit; car l'expérience de la privation, de l'épreuve et de votre faiblesse portera sa lumière avec elle, et vous empêchera de tenir trop à ce que l'état de paix et d'abondance a de doux et de lumineux. Courage donc : soyez simple; vous ne l'êtes pas assez, et c'est ce qui vous empêche souvent de tout dire et de questionner.

Pour moi, je suis dans une paix sèche, obscure et languissante; sans ennui, sans plaisir, sans pensée d'en avoir jamais aucun; sans aucune vue d'avenir en ce monde ; avec un présent insipide et souvent épineux ; avec un je ne sais quoi qui me porte, qui m'adoucit chaque croix, qui me contente sans goût. C'est un entraînement journalier ; cela a l'air d'un amusement par légèreté d'esprit et par indolence. Je vois tout ce que je porte ; mais le monde me paraît comme une mauvaise comédie qui va disparaître dans quelques heures. Je me méprise encore plus que le monde : je mets tout au pis aller; et c'est dans le fond de ce pis aller pour toutes les choses d'ici-bas

que je trouve la paix. Il me semble encore que Dieu me traite trop doucement, et j'ai honte d'être tant épargné ; mais ces pensées ne me viennent pas souvent, et la manière la plus fréquente de recevoir mes croix est de les laisser venir et passer, sans m'en occuper volontairement. C'est comme un domestique indifférent qu'on voit entrer et sortir de sa chambre sans lui rien dire. Du reste, je ne veux vouloir que Dieu seul pour moi, et pour vous aussi, madame. Qu'estce qui suffira à celui à qui le vrai amour ne suffit pas? (VIII, 625,)

54. — Proportionner les pratiques de piété aux forces du corps.

28 janvier 1701.

Puisque vous êtes faible, madame, reposez-vous, et ne sortez point. Le bon saint" que nous aim<ans tant sera avec vous au coin de votre feu. Vous savez combien il s'accommodait à toutes les faiblesses des corps et des esprits. L'amour aime partout. La faiblesse du corps ne diminue point la force du cœur. L'amour n'est jamais si puissant que quand il se repose dans le sein du bien-aimé. Vous avez apparemment trop pris sur vous dans votre voyage; c'est un reste de courage naturel et de délicatesse de sentiment qui vous a menée au delà de vos forces corporelles. Les hommes pourront vous en tenir compte ; mais Dieu veut les choses moins belles et plus simples. Si vous sentez que votre langueur ne vous permette pas d'aller demain à la messe, renoncez-y bonne-

ment. Souvenez-vous que si saint François de Sales était au monde, et qu'il fût votre directeur, il vous défendrait d'y aller en ce cas. Il ne vous le défend pas moins du paradis. En quittant la solennité de sa fête, vous suivrez son esprit. Vous le trouverez dans la faiblesse et la simplicité, bien plus que dans une régularité forcée. Aimons comme lui, et nous aurons bien célébré sa fête. Si vous crovez pouvoir aller à l'église, n'y demeurez que le temps d'une messe ; mais défiez-vous de vous-même, et condamnez-vous à n'y aller pas, si peu que la chose vous paraisse douteuse, selon la première pente de votre cœur sans réflexion.

Bonsoir, madame, je n'ai pas eu un moment pour vous répondre plus tôt. Je vous irai voir dès demain, si je le puis. (VIII, 627.)

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