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Se défier de la vivacité de V imagination

3 mars 1701.

Il s'en faut bien, madame, que je ne sois rebuté. Je vous plains, et je ne songe point à vous gronder. Je n'ai d'autres peines que celles de ne pouvoir guérir les vôtres ; mais je voudrais que vous fussiez fidèle à faire ce qu'il m.e semble que Dieu demande de vous. Les choses que vous vous reprochez, et dont vous dites que vous avez horreur, ne sont que des faits sans malignité et sans aucune véritable conséquence pour le prochain, que vous dites en conversation. En vérité, est-ce là de quoi se troubler ? Ces bagatelles excitent vos scru-

pules;vos scrupules excités troublent votre oraison, vous éloignent de Dieu, vous dessèchent, vous dissipent, réveillent vos goûts naturels et vous mettent en tentation contre votre grâce. Voyez combien le remède est pire que le mal. Le mal n'est qu'imaginaire ; le remède est un mal réel.

Je ne m'étonne point que votre imagination trop vive, et une habitude de vous laisser trop aller à vos réflexions, qui n'a point été assez réprimée, vous fassent de la peine ; mais il serait temps de vaincre ces obstacles qui vous arrêtent dans la voie de Dieu. Au moins vous devez vous défier de votre imagination, sentir le mal qu'elle vous fait, reconnaître combien elle vous occupe de bagatelles et vous dérobe la vue des plus grandes choses, enfin être docile et demeurer ferme dans la pratique des conseils qu'on vous donne. Loin de vous abandonner, je vous persécuterai sans relâche. Je ne me décourage point pour tous vos scrupules ; ne vous découragez point de les vaincre. C'est de tout mon cœur que je vous conjure de communier demain sans vous confesser. Vous manquerez à Dieu si vous ne faites pas ce que je vous demande en son nom, et pour l'amour de lui. (VIII,

56. — Reconuaître ses fautes avec humilité, mais sans trouble.

Cambrai, 23 juin 1702.

En vérité, madame, je ne saurais vous exprimer toute ma douleur sur votre état. Les choses que vous

VOUS reprochez ne sont rien : ce n'est pas l'esprit de Dieu, mais le vôtre, qui les rappelle. Dieu ne donne point de ces retours inquiets. Lors même qu'il nous montre nos fautes, il nous les représente avec douceur ; il nous condamne et nous console tout ensemble. Il humilie sans troubler, et il nous tourne pour lui contre nous, de manière que nous avons la confusion de notre misère avec la paix la plus intime. Le Seigneur n est point dans V agitation ^

Je suppose que le goût de la conversation vous a un peu entraînée, que vous avez donné trop de liberté à votre esprit, que l'amour-propre a voulu prévaloir : en un mot, je suppose tout ce que la vivacité et la délicatesse de vos scrupules peut vous exagérer. Hé bien ! qu'en faut-il conclure ? Voulez-vous renoncer à toute société ? Voulez-vous fermer votre porte à vos meilleures amies qui ont besoin de vous, et à ceux mêmes de qui vous êtes convaincue que vous avez besoin pour aller à Dieu ? Voulez-vous rejeter les consolations mêmes, sans lesquelles vous ne pouvez raisonnablement espérer de guérir votre corps abattu et languissant ? Voulez-vous achever de vous épuiser dans une vie solitaire, qui mine votre tempérament et ne vous laisse aucune ressource ? On dit que saint Bernard prêchant avec un grand succès, il se sentit flatté de vaine complaisance, et fut sur le point de descendre de chaire. Mais l'esprit de Dieu lui fit connaître que c'était une subtile tentation de scrupule qui l'alarmait trop sur la tentation de vanité, et

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