‹ Lettres de directionChapitre 113 sur 163 · I. Job., I · texte numérisé non relu

I. Job., I

tain courage pour se passer de tout remède, serait un remède déguisé et une ressource de vie maudite. Il ne faut point chercher de remède pour consoler l'amour-propre : mais il ne faut pas cacher le mal. Dites tout par simplicité et par petitesse, puis laissezvous mourir. Ce n'est pas se laisser mourir que de retenir quelque chose avec force. La faiblesse est devenue votre unique partage. Toute force est à contretemps; elle ne servirait qu'à rendre l'agonie plus longue et plus violente. Si vous expirez de faiblesse, vous en expirerez plus tôt et moins rudement. Toute vie mourante n'est que douleur. Tous les cordiaux deviennent poison au patient frappé à mort, et attaché sur la roue pour y expirer. Que lui taut-il ? Rien que le coup de grâce: nul aliment, nul soutien. Si on pouvait l'affaiblir pour avancer sa mort, on abrégerait ses souffrances : mais on n'y peut rien, et il n'y a que la main qui l'a attaché et frappé, qui puisse le délivrer de ce reste de vie cruelle.

Ne demandez donc ni remèdes ni aliments, ni mort. Demander la mort, c'est impatience : demander des remèdes ou des aliments, c'est vouloir retarder l'œuvre de mort. Que faut-il donc ? Se délaisser, ne rien rechercher, ne rien retenir : dire tout, non par recherche de consolation, mais par petitesse et non résistance. Il faut me regarder non comme la ressource de vie, mais comme l'instrument de mort. De même qu'un instrument de vie serait mauvais, s'il ne vivifiait pas, un instrument de mort serait à contre-sens, s'il nourrissait la vie, au lieu de l'éteindre et de donner le coup de la mort. Soufîrez donc que

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je sois, OU du moins que je vous paraisse sec, dur, indifférent, impitoyable, importuné, dégoûté, plein de mépris. Dieu sait combien tout cela est contraire à la vérité, mais il permet que tout cela paraisse : et c'est bien plus par ces choses fausses et imaginaires, que par mon affection et mon secours réel, que je vous suis utile; puisqu'il s'agit, non d'être appuyé et de vivre, mais de manquer de tout et de mourir. (VIII, 660.)

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