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Souffrir les outrages avec humUité et en silence

Je suis touché, comme je dois l'être, de toutes vos peines; mais je ne puisque vous plaindre et prier Dieu qu'il vous console. \'ous avez grand besoin qu'il vous donne son esprit pour vous soutenir dans vos embarras, et pour tempérer votre vivacité naturelle dans des occasions si capables de Texciter. Pour la lettre qui regarde votre naissance, je crois que vous n'en devez parler qu'à Dieu seul, pour le prier en faveur de celui qui a voulu vous outrager. J'ai toujours entrevu ou cru entrevoir que vous étiez sensible de ce côté-là. Dieu nous attaque toujours par notre faible. On ne tue personne en le frappant sur les endroits morts, comme sur les ongles ou sur les cheveux, mais en attaquant les parties les plus vivantes, qu'on nomme nobles. Quand Dieu veut nous faire mourir à nous-mêmes, il nous prend toujours par ce qui' est en nous de plus vif, et comme le centre de la vie. Il proportionne ainsi les croix. Lais-

I. Cette personne, après avoir vécu dans le monde, entra vers la fin de sa vie, dans une communauté religieuse, pour travailler plus librement à son salut.

Féxelon. — Lettres de direction. 16

sez-vous humilier : le silence et la paix dans l'humiliation sont le vrai bien dans l'âme. On serait tenté de parler humblement, et on en aurait mille beaux prétextes ; mais il est encore meilleur de se taire humbleblement. L'humihté qui parle encore est encore suspecte : en parlant, l'amour-propre se soulage un peu.

Ne vous échauffez plus le sang sur les discours des hommes : laissez-les parler, et tâchez de faire la volonté de Dieu. Pour celle des hommes, vous ne viendriez jamais à bout de la faire; elle n'en vaut pas même la peine. Un peu de silence, de paix et d'union à Dieu doit bien consoler de tout ce que les hommes disent injustement. Il faut les aimer sans compter sur leur amitié. Ils s'en vont ; ils reviennent; ils s'en retournent; laissez-les aller; c'est de la plume que le vent emporte. Ne regardez que Dieu seul en eux; c'est lui seul qui nous console ou qui nous afflige par eux selon nos besoins.

Vous avez besoin de votre fermeté dans la situation où vous êtes ; mais aussi votre vivacité a besoin de mécomptes et d'obstacles. Possédez votre âme en patience. Renouvelez-vous souvent en la présence de Dieu, pour vous modérer, pour vous rapetisser, et pour vous proportionner aux petits. Il n'y a rien de grand que la petitesse, la charité, la défiance de soi-même, le détachement de son sens et de sa volonté. Toute vertu haute et roide est opposée à Jésus-Christ. Dieu sait combien je suis à vous en lui. (VIII, 529.)

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