Ps. LXXXIV
promptitudes du tempérament, ni les empressements ni les dépits de l'amour-propre ; on ne serait ni hautain, ni dur dans sa fermeté, ni mou, ni faible dans ses complaisances; on éviterait tout excès, toute indiscrétion, toute affectation, toute singularité : on ferait à peu près les mêmes choses qu'on fait, mais on les ferait beaucoup mieux, avec la consolation de les faire pour Dieu et sans recherche de son propre goût.
Il me semble, monseigneur, que vous pourriez lire les Epîtres de saint Paul à Timothée et à Tite, le Pastoral de saint Grégoire, les livres du Sacerdoce de saint Chrysostôme, quelques épîtres et quelques sermons de saint Augustin, les livres de la Considération de saint Bernard et quelques lettres aux évêques, la vie de saint Charles, les ouvrages et la vie de saint François de Sales. Vous savez, monseigneur, que, pour lire avec fruit, il faut plus songer à se nourrir qu'à contenter sa curiosité; il vaut mieux lire peu, afin qu'on ait le temps de peser, de goûter, d'aimer et de s'appliquer chaque vérité : on doit tâcher de tourner une lecture méditée en une espèce d'oraison. Vous pourriez ajouter à ces lectures de pure piété, celle du Concile de Trente et du Catéchisme Romain qui est une espèce de théologie abrégée. L'histoire de l'Église, bien écrite en français par M. l'abbé Fleury, est utile et agréable.
Enfin l'homme de Dieu, qui doit être prêt à toute bonne œuvre, a besoin de se nourrir fréquemment du pain descendu du Ciel pour donner la vie au monde : il faut donc se mettre en état, par un déta-
chement sans réserve, de recevoir un si grand d on. Un confesseur qui a la .lumière et l'expérience des choses de Dieu doit en régler les temps ; il doit avoir égard tout ensemble à la perfection d'une âme et à son besoin. Il ne doit pas accorder aussi souvent la communion aux commençants qu'aux parfaits. Mais quand une âme est docile à la grâce, qu'elle ne veut tenir à rien qui l'arrête dans sa voie, et qu'elle ne •cherche qu'à se soutenir avec fidélité, il ne faut pas seulement avoir égard aux vertus qu'elle pratique, mais il faut accorder aussi la communion au désir qu'elle a de vaincre ses défauts.
Pour ce genre de vie, il faut, monseigneur, réserver certaines heures de retraite, autant que les bienséances, les grandes occupations de votre état et le besoin de délasser votre esprit vous le permettront. Vous pouvez, en cet état, faire une épreuve sérieuse de vous-même et vous accoutumer peu à peu à la vie épiscopale ; car rien ne peut mieux vous y préparer que de la commencer par avance. Jésus-Christ a dit : A chaque jour suffit son mal ; le jour de demain aura asse^ soin de lui- même \ Il me semble, monseigneur, que vous pourriez ne songer maintenant qu'à vous préparer et qu'à profiter de la nouvelle dispense pour faire cette épreuve. Si, dans huit à dix mois, vous croyez n'avoir pas encore assez vidé votre cœur de tout ce qui est séculier et n'être pas encore assez dans l'esprit apostolique qui convient à l'épiscopat, vous pourrez alors représenter encore au Pape votre besoin.