‹ Lettres de directionChapitre 140 sur 163 · Sur le détachement du monde · texte numérisé non relu

Sur le détachement du monde

J'ai tort, madame, puisque vous êtes sûre de m'avoir fait l'honneur de m'écrire ; je suis charmé d'être confondu et de voir vos bontés. Mais votre santé trouble un peu ma joie : Dieu veuille que l'air de la campagne, un peu de promenade et un vrai repos d'esprit vous rétablissent parfaitement ! Pour moi, je ne suis plus qu'un squelette qui marche et qui parle, mais qui dort et qui mange peu ; mes occupations me surmontent et je ne me couche jamais sans laisser plusieurs de mes devoirs en arrière. Un vaste diocèse est un accablant fardeau à soixante-trois ans. J'ai beaucoup trop d'affaires, et vous n'en avez peut-être pas assez pour éviter l'ennui; mais la sagesse consiste à savoir s'amuser. Trompez-vous vous-même, niiadame, inventez des occupations qui vous raniment. Les jours sont longs, quoique les années soient courtes ; il faut accourcir les jours en se traitant comme un enfant ; cette enfance est une sagesse profonde. Souvenez-vous que vous ne feriez dans le plus beau monde rien de plus soUde que ce que vous faites dans la langueur et dans l'obscurité de votre solitude;

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