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Confier ses peines. Converser avec Dieu

Rien n'est meilleur que de dire tout. On ouvre son cœur; on guérit ses peines en ne les gardant point ; on s'accoutume à la simplicité et à la dépendance, car on ne réserve que les choses sur lesquelles on craint de s'assujettir ; enfin on s'humilie, car rien n'est plus humiliant que de développer les replis de son cœur pour découvrir toutes ses misères; mais rien n'attire tant de bénédiction.

Ce n'est pas qu'il faille se faire une règle et une méthode de dire avec une exactitude scrupuleuse tout ce qu'on pense : on ne finirait jamais et on serait toujours en inquiétude de peur d'oublier quelque chose. Il suffit de ne rien réserver par défaut de simplicité et par une miauvaise honte de l'amour-propre qui ne voudrait jamais se laisser voir que par ses beaux endroits : il suffit de n'avoir nul dessein de ne dire pas tout selon les occasions ; après cela, on dit plus ou moins sans scrupule, suivant que les occasions et les pensées se présentent.

Quoique je sois fort occupé, et peut-être souvent fort sec, cette simplicité de grâce ne me fatiguera jamais; au contraire, elle augmentera mon ouverture et mon zèle. Il ne s'agit point de sentir, mais de vouloir. Souvent, le sentiment ne dépend pas de nous; Dieu nous l'ôte tout exprès pour nous faire sentir notre pauvreté, pour nous accoutumer à la croix par la sécheresse intérieure, et pour nous purifier en nous tenant attachés à lui sans cette consolation sensible. Ensuite, il nous rend ce soulagement de temps en temps, pour compatir à notre douleur.

Soyez avec Dieu, non en conversation guindée, com.me avec des gens qu'on voit par cérémonie et avec qui on fait des compUments mesurés, mais comme avec une bonne amie qui ne vous gêne en rien et que vous ne gênez point aussi. On se voit, on se parle, on s'écoute, on ne se dit rien, on est content d'être ensemble sans se rien dire; les deux cœurs se reposent et se voient l'un dans l'autre, ils n'en font qu'un seul, on ne mesure point ce qu'on dit, on n'a soin de rien insinuer ni de rien amener : tout se dit par simple sentiment et sans ordre; on ne réserve, ni ne tourne, ni ne façonne rien; on est aussi content le jour qu'on a peu parlé que celui qu'on a eu beaucoup à dire. On n'est jamais, de la sorte, qu'imparfaitement avec les meilleurs amis, mais c'est ainsi qu'on est parfaitement avec Dieu quand on ne s'enveloppe point dans les subtilités de son amourpropre. Il ne faut point aller faire à Dieu des visites pour lui rendre un devoir passager, il faut demeurer avec lui dans la privante des domestiques, ou, pour

mieux dire, des enfants. Soyez avec lui comme mad. votre fille est avec vous : c'est le moyen de ne s'v point ennuyer. Essayez-le avec cette simplicité et vous m'en direz des nouvelles. (VIII, 550.)

<S2. — Simplicité à ouvrir son cœur. Voir ses déjaiUs sans découragement.

Il ne taut point délibérer pour savoir si vous devez tout dire. On ne peut rien faire de bon, que par une entière simplicité et par une ouverture de cœur sans réserve. Il n'y a point d'autre règle, que celle de ne rien réserver volontairement par la répugnance que l'amour-propre aurait à dire ce qui lui est désavantageux. D'ailleurs, il serait hors de propos de s'appliquer, pendant l'oraison, aux choses qui se présentent pour les dire ; car ce serait suivre la distraction. Il suffit de dire dans les occasions, avec épanchement de cœur, tout ce qu'on connaît de soi. Je comprends bien qu'un certain trouble de l'amour-propre fait que diverses choses, que l'on comptait de dire, échappent dans le moment où l'on en doit parler ; mais, outre qu'elles reviennent un peu plus tard, et qu'on ne perd pas toujours les choses importantes que l'on connaît de soi-même, de plus Dieu bénit cette simplicité, et il ne permet pas qu'on ne fasse point connaître ce que sa lumière nous montre en nous de contraire à sa grâce. Le principal point est de ne pas subtiliser par les réflexions, et de dire tout sans façon, selon la lumière qu'on en a, quand l'occasion

vient. Il n'y a que les enveloppes de l'amour-propre qui puissent cacher le fond de notre cœur. Ne vous écoutez point vous-même; alors vous vous ouvrirez sans peine, et vous parlerez de vous avec facilité, comme d'autrui.

Tout ce que vous m'avez mandé de votre oraison est très bon. J'en remercie Dieu, et je vous conjure de continuer. N'oubliez jamais cette bonne parole de votre première lettre : J'expérimente que la grâce ne me manque point quand je désespère bien de moi. Celle-ci est encore excellente : Je sens que la croix m'attache à Dieu. Enfin en voici une troisième que je goûte fort : // me semble que Dieu ne veut pas que f examine tant mes dispositions, quil demande que je m'abandonne à lui. Tenez-vous dans cet état, et revenez-}' dès que vous apercevrez que vous en êtes déchue.

La seconde lettre marque que cet état est altéré. li faut le rétablir en laissant doucement et peu à peu tomber vos réflexions, qui ne vont qu'à vous distraire et à vous troubler. Les tentations de vaine complaisance ne doivent pas vous empêcher ni de me parler, ni de m'écrire. Il ne faut point s occuper curieusement de soi; mais il faut dire simplement tout ce que la lumière de Dieu en fait voir.

Je ne m'étonne point de ce que Dieu permet que vous fassiez des fautes, dans le temps même des ferveurs et du recueillement, où vous voudriez le moins en faire. La Providence qui permet ces fautes est une des grâces que Dieu vous fait en ce temps-là ; car Dieu ne permet ces fautes, que pour vous faire sentir votre impuissance de vous corriger par vous-même.

Qu'y a-t-il de plus convenable à la grâce, que dp vous désabuser de vous-même, et de vous réduire à recourir sans cesse en toute humilité à Dieu? Profitez de vos fautes, et elles serviront plus, en vous rabaissant à vos propres yeux, que vos bonnes oeuvres en vous consolant. Les fautes sont toujours fautes; mais elles nous mettent dans un état de confusion et de retour à Dieu qui nous tait un grand bien.

Je ne m'étonne point que vous ayez des saillies de chagrin, mais il faut se taire dès que l'esprit de grâce avertit et impose silence. Alors c'est résister à Dieu, contrister le Sainr-Esprit, que de continuer à suivre son chagrin. La crainte de déplaire à Dieu devrait vous retenir plus que la crainte de déplaire aux créatures. Quand vous avez fait une faute par amourpropre, n'espérez pas que l'amour-propre la répare par ses dépits, par sa honte, et par ses impatiences contre soi-même. Il faut se supporter en se voyant sans se flatter dans toute son imperfection. Il faut vouloir se corriger par amour pour Dieu, sans se soulever contre son imperfection par amour-propre. 11 vaut bien mieux travailler paisiblement à se corriger, que de se dépiter à pure perte sur ses misères. Il faut retrancher partout les retours de sagesse pour soi, et surtout en confession. Mais Dieu permet qu'on trouve la boue au fond du cœur jusque dans les plus saints exercices. (Mil, 550.)

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