La conversion est une œuvre de patience
Pour la personne dont vous me parlez, vous n'avez qu'à faire ce que je m'imagine que vous faites, qui est de l'attendre, de ne la pousser jamais, de la laisser presser intérieurement à Dieu seul, de lui dire ce que Dieu vous donne quand elle vient à vous; de le lui dire doucement, avec amitié, support, patience et consolation. Elle aura des inégalités, des irrésolutions, des défiances, des tentations contre vous : mais Dieu ne la laissera point sans achever son ouvrage, et c'est à vous à la soutenir. Les opérations de la grâce sont douloureuses. On vient jusques au bord du sacrifice de toutes les choses du monde, et on recule souvent d'horreur avant que de s'y précipiter. Ces hésitations si pénibles sont les fondements de ce que Dieu prépare. Plus on a été faible, plus Dieu donne sa force. Voyez l'agonie du jardin, où Jésus-Christ est triste jusqu'à la mort, et demande que le caUce d'amertume soit détourné de lui : cette faiblesse est suivie du grand sacrifice de la croix.
Pourvu que vous ne poussiez jamais trop cette personne, elle reviendra toujours à vous, et ces retours vous donneront une force infinie.
Il ne faut souvent qu'une demi-parole, qu'un regard, qu'un silence, pour achever la détermination d'une âme que Dieu presse. Quand vous ne pourrez lui parler, donnez-lui quelque bonne et courte lecture à faire, ou un moment d'oraison à pratiquer. Si son
esprit est trop peiné pour les exercices, demeurez en silence avec elle ; de temps en temps dites deux mots pour la calmer; souffrez d'elle tout ce que l'humeur et l'esprit de tentation lui feront faire, et qu'elle vous retrouve ensuite bonne et ouverte comme auparavant. Il n'y a que l'infidélité qu'il ne faut jamais lui passer ; mais pour les saillies qui échappent, il faut les supporter. Si vous pouviez lui faire voir quelque personne d'expérience et de grâce qui vous aidât, ce serait un soulagement pour elle et pour vous ; mais si vous n'avez personne qui convienne, ou bien si elle ne peut s'ouvrir qu'à vous seule, il faut que vous portiez seule tout le fardeau. (VIIÎ, 554.)