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Œuvres complètes, t. VII, p

IXTRODUCTIOX I3

Le principe de la dévotion, c'est l'amour de Dieu. Les religions antiques, et même la judaïque, eurent un culte tout extérieur. Athènes et Rome ne connurent que des rites, des cérémonies officielles, des pompes du Capitole. i^ui songeait à la rénovation du cœur? On citerait inutilement les Perse, les Cornutus, les Marc- Aurèle. Le stoïcisme fut une petite église fermée dont la doctrine était réservée à une élite intellectuelle. Le peuple ne s'aperçut pas de cette mâle philosophie, qui, malgré ses défauts, enfanta des modèles de courage.

Le Christ transforma le monde : à l'égoïsme, il opposa la charité ; à l'orgueil, la fraternité ; à la haine, l'amour. Le sacrifice du cœur succéda à l'holocauste des bœufs et des génisses ; un culte en esprit et en vérité remplaça les purifications légales; la religion de l'amour naissait.

Oublieux des préceptes du Christ et de l'esprit qui les anime, les hommes revinrent bien des fois à cette religion extérieure; et même dans ce xvii^ siècle profondément chrétien, ils étaient nombreux ceux qui s'acquittaient des devoirs religieux comme on s'acquitte d'une fonction de l'État. C'est à eux que s'adressaient les Bourdaloue et les Bossuet quand ils tonnaient contre ces chrétiens qui se contentent de « l'écorce et des grimaces ». La crainte n'est-elle pas le seul sentiment que les jansénistes aient connu?

Cette religion d'écorce et de crainte, Fénelon ne

pouvait s'en contenter. Pour lui, le fondement de la vie chrétienne, ce ne sont pas seulement les sacre-r. ^ ments et les pratiques extérieures, ce sont les affections et les préparations intérieures; la nouvelle loi' est toute de charité, toute d'amour et d'amour surnaturel. Être chrétien, c'est travailler à transformer son âme et à la transformer par l'amour. La vraie religion pour le savant directeur, c'est Famour divin renouvelant Thomme, c'est la charité devenue l'âme de l'âme. C'était comprendre l'Évangile dont tous les préceptes se résument en un mot : Aimer Dieu. .

L'amour est bien supérieur à la crainte; la crainte paralyse l'élan de la volonté, l'amour aide à l'action. « On n'est point gêné en ne faisant que des choses qu'on aimeàfaire. Quand on fait une chose pénible avec un grand amour, ce grand amour adoucit la peine et fait qu'on est content de la souffrir. On ne voudrait pas être soulagé en manquant à l'amour dont on est rempli : on se fait même un plaisir de se sacrifier au bien-aimé'. »

L'amour qui opère ces grandes révolutions n'est pas cet amour imparfait qui se confond avec l'espérance; mais cet amour noble et désintéressé, l'amour de Dieu pour lui-même, l'amour pur. Quand on aime quelqu'un non pour le bien qu'il nous fait ni pour le bien qu'on en espère, mais pour lui-même, les forces grandissent et croissent. Tout est possible à l'amour, mais plus il est désintéressé, plus il est puissant. Ici-bas, un tel amour ne peut êtie que

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