Suivre Dieu; avantages des croix
Je m'en tiens à ce que vous dites, qui est que vous résistez sans cesse à la volonté de Dieu. L'impression qu'il vous donne est d'être occupée de lui, mais les réflexions de votre amour-propre ne vous occupent que de vous-même. Puisque vous con- ' naissez que vous seriez plus en repos, si vous ne vouliez pas sans cesse, par vos efforts, atteindre à une oraison élevée, et briller dans la dévotion, pourquoi ne cherchez-vous pas ce repos ? Contentez-vous de suivre Dieu, et ne prétendez pas que Dieu suive vos goûts pour vous flatter. Faites l'oraison comme les commençants les plus grossiers et les plus imparfaits, s'il le faut : accommodez-vous à l'attrait de Dieu et à votre besoin. Il est vrai qu'il ne faut pas se troubler quand on sent en soi les goûts. corrompus de l'amour-propre. Il ne dépend pas de nous de ne les sentir point; mais il n'y faut donner aucun consentement de la volonté, et laisser tomber ces sentiments involontaires, en se tournant d'abord
simplement vers Dieu. Moyennant cette conduite, il fliut communier, et il faut même communier pour la pouvoir tenir.
Si vous attendiez à communier que vous tussiez parfaite, vous n'auriez jamais ni la communion ni la perfection; car on ne devient parfait qu'en communiant, et il faut manger le pain descendu du ciel pour parvenir peu à peu à une vie toute céleste.
Pour vos croix, il faut les prendre comme la pénitence de vos péchés, et comme l'exercice de mort à vous-même qui vous mènera à la perfection. O que les croix sont bonnes ! O que nous en avons besoin ! Eh! que ferions-nous sans croix? nous serions livrés à nous-mêmes, et enivrés d'amour-propre. Il faut des croix, et même des fautes, que Dieu permet pour nous humilier. Il faut mettre tout à profit, éviter les fautes dans l'occasion, et s'en servir pour se confondre dès qu'elles sont faites. Il faut porteries croix avec foi, et les regarder comme des remèdes très salutaires. Craignez la hauteur ; défiez-vous de ce que le monde appelle la bonne gloire; elle est cent fois plus dangereuse que la plus sotte. Le plus subtil poison est le plus mortel. Soyez douce, patiente, compatissante aux faiblesses d'autrui, incapable de toute moquerie et de toute critique. La charité croit tout le bien qu'elle peut croire, et supporte tout le mal qu'elle ne peut s'empêcher devoir dans le prochain. Mais, pour être ainsi morte au monde, il faut vivre avec Dieu ; et cette vie intérieure ne se puise que dans l'oraison. Le silence et la présence de Dieu sont la nourriture de l'âme. (VIII, 582.)