I. Confess.y lib. VIII, cap. xii, n
lire, parce qu'il n'en avait plus besoin, et qu'une lumière de paix s'était répandue dans son cœur ». Quand Dieu nourrit au-dedans, on n'a pas besoin de la nourriture extérieure. La parole du dehors n'est donnée que pour procurer celle du dedans. Quand Dieu, pour nous éprouver, nous ôte celle du dehors, il la remplace par celle du dedans pour ne nous abandonner pas à notre indigence. Demeurez donc en silence et en amour auprès de lui. Occupez-vous de tout ce que l'attrait de la grâce vous présentera dans Foraison, pour suppléer à tout ce qui vous manque du côté de la lecture. O que Jésus-Christ, parole substantielle du Père, est un divin livre pour nous instruire. Souvent nous chercherions dans les livres de quoi flatter notre curiosité, et entretenir en nous le goût de l'esprit. Dieu nous sèvre de ces douceurs par nos infirmités; il nous accoutume ci l'impuissance, et à une langueur d'inutilité qui attriste et qui humilie Tamour-propre. O Texcellente leçon ! quel livre pourrait nous instruire plus fortement ? Ce que je vous demande très instamment, est de ménager vos forces avec simplicité et de recevoir dans vos maux les soulagements qu'on vous offre, comme vous voudriez qu'un autre à qui vous les offririez les reçût dans son besoin. Cette simplicité vous mortifiera plus que les austérités que vous regrettez et qui vous sont impossibles. Au reste, Dieu se plaît davantage dans une personne accablée de maux, qui met sa consolation à n'en avoir aucune, pour le contenter, que dans les personnes les plus occupées aux œuvres les plus éclatantes. Sur qui jetterai-je mes regards de complaisance,
dit le Seigneur % si ce n'est sur celui qui est pauvre , petit, et écrasé intérieurement ? Leurs lumières, leurs sentiments, leurs œuvres soutiennent les autres ; mais Dieu porte ceux-ci entre ses bras avec compassion. Pleurez sans vous contraindre les choses que vous dites que Dieu vous ordonne de sentir : mais j'aime bien ce que vous appelez votre stupidité: elle vaut cent fois mieux que la délicatesse et la vivacité de vos sentiments sublimes, qui vous donneraient un soutien flatteur. Contentez-vous de ce que Dieu vous donne, et soyez également délaissée à son bon plaisir dans les plus grandes inégalités. Encore une fois, mxénagez votre corps et votre esprit : l'un et Tautre €st abattu. Au reste, je réponds à votre lettre le lendemain de sa réception, c'est-à-dire le 25 décembre, quoiqu'elle soit datée du 30 d'août. Je n'oublierai pas devant Dieu la personne que vous me recommandez, et je serai jusqu'à la mort intimement uni à vous avec zèle en Xotre-Seigneur. (VIII, 457.)