‹ Lettres de directionChapitre 156 sur 163 · A LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEX, CARMELITE · texte numérisé non relu

A LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEX, CARMELITE

97. — Sov^rir patiemment les maux et suivre fat trait de la grâce.

25 décembre 171 1.

Je voudrais, ma très honorée sœur, être à portée de vous témoigner plus régulièrement par mes lettres combien je vous suis dévoué. Ce que Dieu fait ne

I . Nièce du marquis de Dangeau, elle s'appelait dans le monde Guichard de Perny. Protestante, elle fut convertie par Bossuet et Fénelon, elle continua d'être en correspondance avec ce dernier. Entre plusieurs lettres que Fénelon lui écrivit, les historiens religieux distinguent celle du 10 mars 1696 sur la contemplation et les divers états de la perfection chrétienne. Cette lettre fut hautement approuvée par Bossuet, un an après les conférences d'Issy. (Cf. t. VIII, p. 449 dus Œiii'res complètes.)

ressemble point à ce que les hommes font. Les sentiments des hommes changent; ceux que Dieu inspire vont toujours croissant, pourvu qu'on lui soit fidèle. On ne peut être plus touché que je le suis de vos maux : je leur pardonne de vous empêcher de faire des exercices de pénitence. Les maux qu'on souffre ne sont-ils pas eux-mêmes des pénitences continuelles, que Dieu nous a choisis, et qu'il choisit infiniment mieux que nous ne les choisirions? que voulons-nous, sinon l'abattement de la chair et la soumission de l'esprit à Dieu? A l'égard de vos lectures, je ne saurais les regretter, pendant qu'il plaît à Dieu de vous en ôter Tusage. Tous les livres les plus admirables mis ensemble nous instruisent moins que les croix. Il vaut mieux d'être crucifié avec Jésus-Christ, que de lire ses Souffrances : l'un n'est souvent qu'une belle spéculation, ou tout au plus qu'une occupation aftectueuse; l'autre est la pratique réelle et le fruit solide de toutes nos lectures et oraisons. Souffrez donc en paix et en silence, ma chère sœur : c'est une excellente oraison que d'être uni à Jésus sur la croix. On ne souffre point en paix pour l'amour de Dieu, sans faire une oraison très pure et très réelle. C'est pour cette raison qu'il faut laisser les livres; et les livres ne servent qu'à préparer cette oraison de mort à soimême. Vous connaissez l'endroit où saint Augustin, parlant du dernier moment de sa conversion \ dit qu'après avoir lu quelques paroles de l'apôtre, il quitta le livre, « et ne voulut point continuer de

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