‹ Lettres de directionChapitre 159 sur 163 · I. Isai., Lxvi · texte numérisé non relu

I. Isai., Lxvi

ment comme des convulsions, et qu'elle crut que tous les os de son corps étaient déboités. « Apprenez, ditelle, par mon exemple, à ne rien craindre quand vous vous donnez à Dieu. » En effet, cette première horreur fut suivie d'une paix et d'une sainteté qui ont été la merveille de ces derniers temps.

J'aime mieux que vous dormiez huit heures la nuit, et que vous payiez Dieu pendant le jour d'une autre monnaie. Il n"a pas besoin de vos veilles au delà de vos forces; mais il demande un esprit simple, docile et recueilli, un cœur souple à toutes les volontés divines, grand pour ne mettre aucunes bornes à son sacrifice, prêt à tout faire et à tout souffrir, détaché sans réserve du monde et de soi-même. Voilà la vraie et pure immolation de l'homme tout entier, car tout le reste- n'est pas l'homme; ce n'est que le dehors et l'écorce grossière.

Humiliez-vous avec les mages devant Jésus enflint. En donnant votre volonté, qui n'est pas à vous, et que vous livreriez au mensonge si vous la refusiez à Dieu, vous ferez un don plus précieux qu'en donnant l'or et les parfums de l'Orient. Donnez donc, mais donnez sans partage et sans jamais reprendre. O qu'on reçoit en donnant ainsi, et qu'on perd quand on veut garder quelque chose. Le vrai fidèle n'a plus rien : il n'est plus lui-même à lui-même.

Vous ne devez point vous embarrasser de vos défauts, pourvu que vous ne les aimiez pas, et qu'il n'y en ait aucun que vous ayez un certain désir secret, d'épargner. Il n'y a que ces réserves qui arrêtent la grâce, et qui font languir une âme sans

Féxelon, — Lettres.de direclion. 20

avancer jamais vers Dieu. Si vous abandonnez sans réserve toutes vos imperfections à l'esprit de Dieu, il les dévorera comme le feu dévore la paille ; mais avant que de vous en délivrer, il s'en servira pour vous délivrer de vous-même et de votre orgueil. Il les emploiera à vous humilier, à vous crucifier, à vous confondre, à vous arracher toute ressource et toute confiance en vous-même. Il brûlera les verges après vous en avoir frappée, pour vous faire mourir à l'amour-propre. Courage ! aimez, souffrez, soyez simple et constante dans la main de Dieu. (VIII, 4éi.)

99. — A une religieuse. Conseils sur V obéissance et la simplicilé.

17 février 1695.

Je suis ravi d'apprendre par vous-même, que vous êtes dans l'obéissance, et dans la paix de Dieu qui en est inséparable. Dieu aura soin de tout, et vous ne devez chercher que sa volonté. Ne tenez qu'à lui seul; vous trouverez en lui tout ce qui sera selon son véritable esprit. Souvenez-vous que la voie de foi et de détachement, que vous avez tant voulu suivre, n'est solide qu'autant qu'elle nous détache des personnes, des livres, des secours, en un mot de tout ce qui n'est point Dieu et sa volonté. Les grâces que vous avez reçues vous rendraient bien coupable, si vous vous entêtiez d'une chose qui doit par ellemême préserver de tout entêtement. Obéissez donc comme un petit enflmt. Je ne vous demande que ce

que je désire pour moi-même. Je me croirais un démon, et non pas un prêtre, si je n'étais pas dans le désir d'être aussi simple, docile et petit, que je vous conjure de l'être. Obéissez donc, encore une fois. Montrez que les justes sont, comme dit l'Écriture % une nation qui 71 est qu amour et obéissance. Taisez-vous le plus que vous pourrez. Ce silence ne doit point être une dissimulation; ce doit être recueillement, défiance de vous-même, renoncement à vos propres lumières, docilité pour celles d'autrui. Souvenezvous que vous manquez à Dieu toutes les fois que vous hésitez à lui sacrifier toutes les consolations dont vous êtes privée. Le service de Dieu ne consiste ni en paroles, ni en sentiments vagues, ni en affections sensibles, ni en belles ima2:inations, ni en grandes pensées, mais en bonnes œuvres. Se taire, obéir, se contraindre, renoncer à son goût aussi bien qu'à sa volonté dans toutes les occasions les plus difficiles; ne se décourager ni se flatter; embrasser la croix, et compter qu'on ne trouve Dieu que par elle : voilà, madame, la vérité du royaume de Dieu au dedans de nous. C'est l'adoration en esprit et en vérité. Observez votre règle; elle est le pur Évangile pour vous. Écoutez vos supérieurs; ils sont^ pour vous Dieu même.

Êtes- vous sur la terre pour vous contenter ? Jésus- Christ, dit saint Paul% n'a point voulu se plaire à luimême. Eh ! qui êtes-vous pour le vouloir ? Vous cherchez la volonté de Dieu ; et quand la ferez-vous

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