I. Jean., XXI, iJ
choses que vous aurez pu faire. On le connaît mal quand on se le dépeint comme celui à qui son serviteur disait : Je sais qm vous êtes austère, et que vous vouJe^ moissonner ce que vous nave:{ pas seiué ^ . On trouve partout quand on gouverne, des esprits indociles et qui refusent de porter le joug. Si vous voulez gagner à Dieu vos inférieurs, ne vous mettez point d'abord dans l'esprit un projet de régularité trop exacte. Vous n'en viendriez pas à bout sur des esprits qui ne sont point accoutumés à porter ce joug. Mais faites-vous aimer, et faites sentir que vous aimez Dieu. Accoutumez ceux que vous gouvernez à vous montrerleurs imperfections avec confiance : montrezleur un cœur de père, et une condescendance qui aille aussi loin que les règles essentielles le permettront; attendez un chacun selon son besoin. Conduisez-les, non par des décisions générales, mais en vous proportionnant au besoin d'un chacun. Il faut se taire tout à tous par un discernement de grâce, et supporter les faibles pendant qu'on perfectionne les forts. On voit môme souvent le bout de son autorité ; si on la voulait pousser trop loin, on révolterait la multitude.
Il faut avoir égard à l'état où l'on a pris les inférieurs, et se souvenir des indispositions où l'on les a trouvés, pour se contenter de peu. Ce n'est pas qu'on rabatte rien de la loi de Dieu, ni des règles de son état; maison tolère ce qu'on ne saurait empêcher, on attend, on espère, on montre de loin le but, on
I, Matth., XXV, 24.
tâche d'encourager ceux qui n'osent même le regarder ; on les accoutume peu à peu à faire les premiers pas. Dieu donne la bénédiction à cette conduite douce et patiente. C'est l'œuvre de la foi, où l'on travaille dans les ténèbres, sans voir le fruit de sa peine. On ne sent dans les inférieurs que mollesse, murmure, division, mécompte, traverses ; mais parmi toutes ces épines, qui couvrent toute la face de la terre, il croît un peu de bon grain, et c'est pour ce bon grain que Dieu nous met à tant d'épreuves. Je souhaite fort que vous ayez le cœur en paix dans vos fonctions, et que, faisant le bien que l'état des choses vous permet de faire, vous attendiez sans trouble que Dieu dispose les esprits à vous laisser faire un bien plus parfait et plus étendu. Il faut laisser raisonner chacun selon ses préjugés. Après avoir tâché de dire la vérité et de la développer, il faut attendre qu'elle fosse ellemême ce que nous ne pouvons pas exécuter, qui est de persuader les hommes et de se fliire aimer d'eux. Faites donc ce que vous pourrez au jour la journée, et ne prétendez pas procurer la gloire de Dieu plus qu'il ne la veut. Contentez-vous du pain quotidien de sa volonté : que voulez-vous de plus ? lisez, mais préférez l'oraison à la lecture des livres de science. O que je souhaite que vous comptiez pour peu la science qui enfle, et que vous ne viviez que de la charité qui édifie ! Amortissez la curiosité et l'esprit naturel par le recueillement et par l'occupation familière de la présence de Dieu : apaisez douce- ' ment votre imagination trop vive, pour écouter Dieu. C'est dans la prière seule que vous ^trouverez
le conseil, le courage, la patience, la douceur, la fermeté, le ménagement des esprits. C'est là que vous apprendrez à gouverner sans trouble. C'est dans le silence, que Dieu vous ôtera votre esprit pour vous donner le sien. Il faut qu'il soit lui seul tout en toutes choses. Quand Dieu sera tout en vous, il atteindra d'un bout à l'autre avec force et douceur. Priez donc pour toutes choses. Vous ne sauriez trop prier. Si vous décidez et si vous agissez sans prière, votre propre esprit vous agitera beaucoup, vous attirera bien des contradictions, vous causera des doutes et des incertitudes très pénibles, et vous vous épuiserez à pure perte : mais, si vous êtes fidèle à la prière, votre purgatoire se changera en un paradis terrestre, et vous ferez plus de bien en un jour dans la paix, que vous n'en faites en un mois dans le trouble. Ne songez point à la distance des lieux. Ceux qui sont intimement unis en Dieu se trouvent sans cesse ensemble, au lieu que ceux qui habitent la même maison sans habiter le cœur de Dieu sont dans un éloignement infini sous un même toit. Je suis, etc. (VIII, 443.)
TABLE DES MATIERES
Préface v
Introduction i
1 II est doux de servir Dieu 23
2 Bonheur de se donner à Dieu 28
3 Dangers de la mollesse et de l'amusement 33
4 Conseils pour la conduite intérieure et extérieure. ... 44
5 Conseils pieux à un militaire 48
6 Sur un scandale qui venait d'éclater dans le monde. . . 52
7 Dérober quelques heures au monde pour nourrir la
piété 55
8 Se réserver des heures de solitude ; supporter les im-
portunités 58
9 Éviter les airs de mépris ; supporter les défauts du
prochain 61
10 Contre la crainte excessive de goûter les plaisirs inno-
cents 62
1 1 Ne point s'appuyer sur les créatures 64
12 Ne point ajourner sa perfection 66
13 Éviter la prévoyance inquiète de l'avenir; vanité des
biens de la terre 71
14 Comment les passions s'entrechoquent, moyen de
conserver la paix 76
1 5 Peinture de la vie de la cour . 78
314 TABLE DES MATIERES
16 Exhortation à la piété et à la connaissance de soi. . . . 81
17 Que l'amour de Dieu doit être notre règle en toutes
choses 84
18 Imiter saint Louis 90
19 C'est dans l'adversité que doit éclater le courage des
princes 93
20 Conduite du duc de Bourgogne à la mort du dau-
phin 98
A MADAME DE MAINTENOX
21 Ménager sa santé pour le service de Dieu 100
22 Avis sur la pratique de la mortification 102
23 Sentiments de Fénelon à l'égard du roi 107
24 Conduite à tenir avec le duc de Bourgogne. 1 10
25 Avis sur le duc de Bourgogne 112
26 La piété par l'amour 114
A LA DUCHESSE DE BEAUVILLIERS
27 Consolation sur la mort de son époux 117
28 Même sujet 118
29 Même sujet 118
30 Eviter le partage entre Dieu et le monde 120
3 1 Confiance en Dieu 1 3 ^
A LA MARQ.UISE d'aLÈGRE
32 Bonheur des souffrances 156
TABLE DES MATIERES
33 Union à Dieu parmi les embarras extérieurs 138
34 Souhaits à l'occasion de la fête de la Pentecôte 144
35 La soumission à la volonté de Dieu, seul moyen de
réformer la nôtre 146
36 Éviter une exactitude trop minutieuse dans les affaires. 148
37 Contre l'esprit subtil et minutieux 153
38 Temps et manière de faire ses exercices de piété. ... 155
39 Consolations sur la perte d'un de ses fils 160
40 Se permettre les divertissements attachés à son état. . 164
41 Souffrir avec abandon. 172
42 De l'esprit de paix. 174
AUX DUCHESSES DE MORTEMART
43 L'amour-propre empêche la connaissance de soi. . . . 176
44 Conseils pour amender son âme 181