‹ Lettres de directionChapitre 18 sur 163 · Luc, XVII · texte numérisé non relu

Luc, XVII

les idées vivantes ont la plus grande efficacité. Fénelon met dans l'esprit et dans le cœur de ses correspondants, Dieu, le Christ, la vie divine qui nous attend, l'immortalité.

Comment l'àme se nourrit-elle de ces idées actives? Il n"y a qu'un moyen : loraison.

L'oraison consiste dans l'application de l'esprit à une vérité pour exciter les affections et les résolutions de l'âme : d'abord nous la considérons pour nous en convaincre jusqu'à émouvoir le cœur et ébranler la volonté, c'est la méditation; puis nous désirons, nous aimons, nous demandons le bien proposé. C'est l'oraison proprement dite. L'esprit ne doit donc travailler que dans la mesure où cela est nécessaire pour mettre le cœur en mouvement : il faut imposer silence à l'esprit dès que le cœur est échauffé pour agir. Ce résultat est d'autant moins laborieux que l'âme est plus habituée au recueillement intérieur.

L'esprit n'est pas toujours assez fertile pour trouver les idées qui préparent le cœur à l'amour. Le livre est un appui nécessaire, la lecture prépare la parole intérieure de Dieu. « Vous connaissez l'endroit où saint Augustin, parlant du dernier moment de sa conversion, dit qu'après avoir lu quelques paroles de l'apôtre, il quitta le livre et ne voulut pas continuer de Ure, parce qu'il n'en avait plus besoin et qu'une lumière de paix s'était répandue dans son cœur' ».

Fénelon considère la méditation comme le premier pas dans l'amour de Dieu. Connaître Dieu, c'est

I. Voyez ci-après, Lettre 97e, Fénelon, — Lettres de direction. 2

l8 FÉNELON, LETTRES DE DIRECTION

déjà l'aimer. « La méditation ordinaire est votre partage, trop heureux que Dieu vous y admette; ...donnez à chaque vérité le temps de jeter une profonde racine dans le cœur, car il n'est pas seulement question de savoir, l'essentiel est d'aimer'. »

La méditation n'est qu'un moyen pour arriver à l'amour; quelle joie si le cœur pouvait se mettre à aimer dès son élévation à Dieu ! mais il ne faut pas vouloir entrer dans la terre promise avant de marcher au désert. Quels ineffables colloques nous promet Fénelon ! « Que vous serez heureux si vous apprenez ce que c'est que l'occupation de l'amour ^ ! »

L'oraison renouvelée chaque jour finit par donner un besoin immense de l'objet aimé. Dieu devient la vie même de l'âme qui se transfigure et n'est plus qu'un avec lui.

La pratique donne à l'âme une habitude delà vertu. Sans doute les efforts ne disparaissent pas, mais la volonté grandit. L'athlète n'espérait pas vaincre sans déployer ses forces, sans lutter, mais, par des exercices répétés, il fortifiait ses muscles et préparait la victoire de l'arène.

Et pour finir, s'il fallait faire le portrait du dévot

d'après Fénelon, peut-être pourrait-on parler ainsi :

Le dévot ne vit pas à l'écart des autres hommes;

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