‹ Lettres de directionChapitre 28 sur 163 · Lettre revue sur l'original · texte numérisé non relu

Lettre revue sur l'original

2. Cette lettre paraît avoir été adressée en 1689 au duc -de Montfort, fils aîné du duc de Chevreuse. Les éditeurs ne nous ont transmis qu'un texte tronqué ; nous reproduisons la lettre d'après le manuscrit que nous avons trouvé au château de Dampierre. Le duc de Montfort fut tué au combat de Bellikeim, près de Landau, le 19 septembre 1704. Fénelon envoya à cette occasion, au duc de Chevreuse, plusieurs lettres admirables de grâce et de délicatesse. Une est imprimée (éd. Gaume, VIII, 591); nous en avons découvert deux autres à Dampierre.

Féxelox. — Lettres de direction. 3

l'écouter jamais. Sitôt qu'on l'écoute et qu'on marchande avec elle, tout est perdu. Elle fait même autant de mal selon le monde que selon Dieu. Un homme mou et amusé ne peut jamais être qu'un pauvre homme ; et s'il se trouve dans de grandes places, il n'y sera que pour se déshonorer. La mollesse ôte à l'homme tout ce qui peut faire les qualités éclatantes. Un homme mou n'est pas un homme; c'est une demi-femme. L'amour de ses commodités l'entraîne toujours malgré ses plus grands intérêts. Il ne saurait cultiver ses talents, ni acquérir les connaissances nécessaires dans sa profession, ni s'assujettir de suite au travail dans les fonctions pénibles, ni se contraindre longtemps pour s'accommoder au goût et à l'humeur d'autrui, ni s'appliquer courageusement à se corriger.

C'est h paresseux de l'Ecriture ^ qui veut et ne veut pas; qui veut de loin ce qu'il faut vouloir, mais à qui les mains tombent de langueur dès qu'il regarde le travail de près. Que faire d'un tel homme ? il n'est bon à rien. Les affaires l'ennuient, la lecture sérieuse le fatigue, le service d'armée trouble ses plaisirs, l'assiduité même de la cour le gêne. Il faudrait lui faire passer sa vie sur un lit de repos ou sur une chaise de commodité. Travaille-t-il ? les moments lui paraissent des heures. S'amuse-t-il ? les heures ne lui sont plus que des moments. Tout son temps lui échappe, il ne sait ce qu'il en fait ; il le laisse couler comme l'eau sous les ponts. Demandez-lui ce qu'il a fait de sa

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