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Sur un scandale qui venait d' éclater dans le monde

10 décembre 1686.

J'apprends, madame, que le scandale qui vient d'éclater renouvelle de justes peines que des aventures semblables vous ont causées. J'y prends une véritable part, et je m'intéresse à tout ce qui vous touche. Ce qui me fâche le plus dans ces affaires malheureuses, c'est que le monde, qui n'est que trop accoutumé à juger mal des gens de bien, conclut qu'il n'y en a point sur la terre. Les uns sont ravis de le croire, et en triomphent malignement ; les autres en ont troublés, et, malgré un certain désir qu'ils

I. La comtesse de Gramont, née Hamilton, fut élevée à Port- Royal des Champs ; et toute sa vie elle resta l'amie de cette fameuse maison. Dame du palais de la reine, ce fut vers l'âge de quarante-cinq ans qu'elle commença de se confier à Fénelon alors aumônier des Nouvelles Catholiques. Pendant onze ans (1686-1697) cette femme dont l'éducation première avait été soignée, mais que la cour avait quelque peu dissipée, accepta la forte direction du pieux abbé. Il semble bien que les résultats furent heureux, et que cet esprit hautain et fier s'accoutuma vite aux sérieuses idées chrétiennes. Après la mort de M. de Gramont, elle se retira de la cour. Ses dernières années furent uniquement pour Dieu. Dans sa solitude elle vécut saintement. (Voyez Fénelon, directeur de conscience. Livre VI, ch. 2.)

auraient de se tourner vers le bien, ils demeurent cloignés de la dévotion par leur défiance de tous les dévots. On s'étonne de voir un homme qui a fait semblant d'être bon, ou, pour mieux dire, qui ayant été véritablement converti dans la solitude, est retombé dans ses inclinations et dans ses habitudes dès qu'il a été exposé au monde. Ne savait-on pas que les hommes sont fragiles, que le monde est contagieux, que les gens faibles ne peuvent se conserver qu'en fuvant les occasions ? Qu'v a t-il donc de nouveau ? Voilà bien du bruit pour la chute d'un arbre sans racines et attaqué de tous les vents. Après tout, le monde n'a-t-il pas ses hvpocrites de probité tomme de dévotion ? Les faux honnêtes gens doiventils nous faire conclure qu'il n'v en a point de véritables ?

Quand le monde triomphe d'un tel scandale, il montre qu'il ne connaît guère ni les hommes ni la vertu. On doit être affligé de ce scandale ; mais il n'est permis d'être surpris de rien, quand on connaît à fond la misère humaine, et à quel point le peu de bien que nous faisons est en nous comme une chose empruntée. Que celui qui est debout tremble, de peur de tomber; que celui qui est par terre, croupissant dans la boue, ne triomphe point de voir tomber un de ceux qui avaient paru se soutenir. Notre confiance n'est ni dans les hommes fragiles, ni en nous-mêmes, aussi fragiles que tout le reste : elle est en Dieu seul qui est l'immuable vérité. Que tous les hommes montrent qu'ils ne sont que des hommes, c'est-à-dire néant, men-

songe et péché ; qu'ils se laissent entraîner par le torrent de l'iniquité, la vérité de Dieu n'en sera point affaiblie, et le monde n'en sera que plus abominable, pour avoir corrompu ceux qui cherchaient la vertu.

Pour les hypocrites, le temps les démasque, et ils se démentent toujours par quelque côté. Ils ne sont hypocrites que pour jouir du fruit de leur hypocrisie. Ou leur vie est molle et amusée, ou leur conduite est intéressée et ambitieuse. On les voit se ménager, flatter, faire divers personnages. La sincère vertu est simple, unie, sans empressement, sans mystère, elle ne se hausse ni ne se baisse ; elle n'est jalouse ni de réputation, ni de succès. Elle fait le moins mal qu'elle peut ; elle se laisse juger, et se tait ; elle est contente de peu ; elle n'a ni cabale, ni dessein, ni prétention. Prenez-la, laissez-la, elles est toujours la même. L'hypocrisie peut imiter tout cela, mais très grossièrement. Quand on s'y trompe, c'est ou défaut d'attention, ou défaut d'expérience de la véritable vertu. Des gens qui ne se connaissent point en diamants, ou qui ne les regardent pas d'assez près, peuvent en prendre de faux comme s'ils étaient fins : mais il est pourtant vrai qu'il y en a de fins, et qu'il n'est point impossible de les discerner. Ce qui est vrai, c'est que, pour se confier aux gens qui paraissent vertueux, il faut avoir reconnu en eux une conduite simple, solide, constante et éprouvée dans les dangers, éloignée de toute affectation, mais ferme et vigoureuse dans l'essentiel. (VIII, 593.)

7, — Dérober quelques heures aux embarras du monde pour nourrir la piété. Ne pas se décourager.

2 octobre 1869.

Je crois, madame, que vous avez deux choses à faire, lune dans vos affaires et l'autre sur vous-même. La première, qui regarde vos affaires, consiste dans le soin que vous devez prendre de dérober au monde un peu de temps pour vos lectures et pour vos prières. Il me semble que je vois tous vos embarras, tant je me les représente fortement : mais, après tout, il faut que les affaires viennent chacune en leur rang, et que celle du salut soit comptée pour la première. Que diriez-vous d'une personne qui ne trouverait point de temps pour manger et pour dormir ? Le temps donné aux nécessités de la vie, lui diriezvous, est le temps le mieux employé pour les affaires mêmes. Si votre santé succombe, comment agirezvous ? et à quoi servira votre travail, si la vie vous manque pour en recueillir le fruit ? Je vous dis de même, madame : si vous laissez votre à me s'épuiser et tomber en défaillance faute de nourriture, à quoi aboutiront non seulement les conversations, mais encore les affaires qui paraissent les plus solides, les plus indispensables et les plus pressés ? Mar//;^, Marthe, vous vous empresse:^, et vous vous trouble::^ pour beaucoup de choses! Marie, que vous voyez recueillie et immobile, a choisi la meilleure part qui ne lui sera jamais ôtée !

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