AU DUC DE BEAUVILLIERS IO
si exposée. Je le trouvais à plaindre, et je lui souhaitais une plus abondante miséricorde pour le soutenir dans une si redoutable prospérité. Je priais de bon cœur saint Louis, afin qu'il obtînt pour son petitfils la grâce d'imiter ses vertus. Je me représentais avec joie le Roi humble, recueilli, détaché de toutes choses, pénétré de l'amour de Dieu, et trouvant sa consolation dans l'espérance d'une gloire et d'une couronne infiniment plus désirable que la sienne ; en un mot, je me le représentais comme un autre saint Louis. En tout cela, je n'avais, ce me semble, aucune vue intéressée ; car j'étais prêt à demeurer toute ma vie privé de la consolation de voir le Roi en cet état, pourvu qu'il y fût. Je consentirais à une perpétuelle disgrâce, pourvu que je susse que le Roi serait entièrement selon le cœur de Dieu. Je ne lui désire que des vertus solides et convenables à ses devoirs. Voilà, mon bon duc, quelle a été mon occupation de la fête d'hier. J'y priai beaucoup aussi pour notre petit Prince, pour le salut duquel je donnerais ma vie avec joie. Enfin je priai pour les principales personnes qui approchent du Roi, et je vous souhaitai un renouvellement de grâce dans les temps pénibles où vous vous trouvez. Pour moi, je suis en paix avec une souffrance presque continuelle. En faisant un éclat scandaleux, on ne m'aigrira point, s'il plaît à Dieu, et on ne me découragera point. On ne me fera point hérétique en disant que je le suis. J'ai plus d'horreur de la nouveauté, que ceux qui paraissent si ombrageux : je suis plus attaché à l'Eglise : je ne respire. Dieu merci, que sincérité et soumission sans réserve.
IIO FÉNELOX, LETTRES DE DIRECTION
Après avoir représenté au Pape toutes mes raisons, ma conscience sera déchargée ; je n'aurai qu'à me taire et à obéir. On ne me verra point, comme d'autres l'ont fait, chercher'des distinctions pour éluder les censures de Rome. Nous n'aurions pas eu besoin d'y recourir, si on avait agi avec moi avec l'équité, la bonne foi et la charité chrétienne qu'on doit à un confrère. Je prie Dieu qu'il me détrompe si je me suis trompé; et si je ne le suis pas, qu'il détrompe ceux qui se sont trop confiés à des personnes passionnées.
Je suis en peine de la santé de la bonne duchesse : priez pour moi. J'écrirai à notre Prince sur divers morceaux de l'histoire. (VII, 214.)