‹ Lettres de directionChapitre 77 sur 163 · Ps. xxxiv · texte numérisé non relu

Ps. xxxiv

nir sur le penchant d'un précipice où nous roulons déjà de nous-mêmes ? C'est votre seule grâce, ô mon Dieu; c'est vous seul, ô Jésus, qui avez vaincu le monde, et en nous, et hors de nous, en répandant des douceurs infiniment plus grandes que celles qui nous séduisent. Mais cette grâce, mon cher seigneur, ne se communique, dans la voie ordinaire, que par la prière fréquente et par les sacrements. Un pauvre dont les besoins sont continuels, et qui n'a ni force ni adresse pour y remédier de lui-même, n'a d'autre ressource que de prier continuellement, et de s'adresser à ceux qui peuvent remplir ses devoirs. Faut-il donc s'étonner que Jésus-Christ et les apôtres nous ordonnent de prier continuellement et sans relâche ? Quand il n'y aurait pas un précepte de le faire, notre faiblesse nous devrait suggérer cette pratique. Mais, par malheur, on ne sent pas même ces besoins, quoiqu'ils soient si pressants et si importants. Pour peu que nos forces corporelles s'affaiblissent, nous le sentons promptement et bien vivement; la moindre altération dans la tête ou dans le cœur nous avertit que nous avons besoin du médecin et du remède : mais souvent nos forces spirituelles sont presque entièrement épuisées avant que nous connaissions notre mal. On attribue à un premier mouvement, à une légère négligence, à une petite faiblesse, ce qui est souvent l'effet et la marque d'une passion dominante et d'un cœur corrompu. On aime le monde, et ce qui est dans le monde par une vraie affection, et Ton s'imagine qu'on n'a que des vues passagères qui ne laissent nulle impression dans le cœur. Qui

est-ce qui peut discerner, mon cher seigneur, l'impression passagère que fait le monde sur une âme exposée à son commerce dangereux, d'avec l'affection permanente qu'il imprime? Qui est-ce qui peut discerner si c'est par nécessité et avec répugnance qu'il sert à la vanité, ainsi que parle l'Écriture ', ou si c'est de bon gré et avec plaisir ?

Que faire dans cette incertitude terrible ? S'humilier, gémir, prier, soupirer incessamment avec Jésus-Christ. Averte ociilos meos, ne videant vanitatem : in via tua vivifica me-. C'est une excellente prière pour une âme engagée dans la cour, comme David, c'est-à-dire plongée dans le milieu des attraits du monde. O mon Dieu, vérité souveraine et souverainement aimable, détournez mes yeux de la vanité qui les environne de toutes parts ; et parce que leur mobilité naturelle les fait tourner incessamment vers les objets qui se présentent et qui éclatent, fixez-les, ô mon Dieu, en vous présentant vous-même et vous faisant sentir avec cette force qui fait que les grands objets attirent uniquement notre attention et notre vue. Mais ne vous contentez pas. Seigneur, de détourner une fois mes yeux de la vanité : hélas ! je rechercherais bientôt avec empressement ces misérables, mais agréables objets dont vous m'avez ôté la vue; faitesmoi entrer uniquement dans cette voie de justice et de sainteté, où la vanité ne se présente plus à ceux qui vous aiment : in via tua vivifica me : mettezmoi dans cette voie, où l'on ne voit, où l'on n'entend,

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